Accueil des vestiges patrimoniaux au palais de la République: Le peuple Béninois fier de se réapproprier les âmes des ancêtres

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(Une solennité historique sans précédent…)

Le Bénin est officiellement et définitivement entré en possession d’une partie des trésors royaux d’Abomey illicitement déportés vers la France pendant la période coloniale. Les 26 œuvres tant attendues par les populations béninoises ont regagné le palais de la Marina dans la liesse populaire, mercredi 10 novembre 2021.

 

A 17h, après l’entrée et l’installation des membres du gouvernement et de son chef, le Président Patrice Talon, des rois venus de divers horizons, des autorités institutionnelles et consulaires ainsi que d’autres invités de marque, de l’intérieur du palais  de la république s’est fait entendre une clameur entremêlée des bruits des motocyclettes grosses cylindrées, des Gyrophares et les cris assourdissant de la population appuyée par l’ambiance musicale des camions podium.  C’est l’arrivée officielle du cortège des biens culturels longtemps attendus qui s’est ainsi annoncée dans une ambiance festive, empreinte de solennité comparable à nulle autre pareille. L’entrée au palais des trois camions portant les vestiges est marquée par douze coups de canon solennellement tirés par les hommes en arme comme pour retenir l’attention de tous les participants à la cérémonie mais aussi pour laisser un tampon de distinctif à la fête. Selon le ministre du tourisme de la culture et des arts « les vingt-six œuvres sont bel et bien arrivées sur le territoire et sont dans les caisses embarquées dans les trois camions frappés à l’effigie des images des trésors royaux». Mais symboliquement, au vu et au su  de tout le beau monde qui était à la présidence de la République, c’est la caisse contenant le trône du Roi Guézo qui est sortie et présentée à l’assistance. Une présentation qui a été couronnée par des chantonnements diversifiés des litanies des puissants rois d’Abomey, de Porto Novo et le grondement des tambours sacrés des royaumes   du Nord Bénin. La cerise sur le gâteau est l’exécution de l’hymne nationale fièrement repris en liesse avec à la clé, des acclamations en signe de joie et d’allégresse. Tout ceci pour témoigner cette solennité méritée à ces reliques entre temps sacrées mais qui ont subi à travers le temps et l’espace, le sort de transformation en objet d’art. Par ailleurs, la cérémonie a été ponctuée par une exécution majestueuse des chants et danses royaux, comme pour dire bienvenu chez vous à ces patrimoines qui ont passé plus d’un siècle en terre étrangère hors de la ruine des palais royaux provoquée par les pilleurs à travers la période coloniale. Du Ballet national, au chœur polyphonique des enfants du Bénin, en passant par la troupe de danse Adjogbo de Porto-Novo et le conservatoire des danses royales d’Abomey, tout est mis à contribution pour faire vivre de façon mémorable, ce moment de communion patriotique. « Je ne suis pas le tout premier à entamer cette démarche de faire revenir les vestiges au pays. Je pense bien qu’en 1965 avant moi, certains auteurs écrivains du Dahomey, à travers leurs écrits, ont déjà lancé ce cri. Mais aujourd’hui nous avons posé des actes, nous avons agi et nous sommes venus à ce résultat dont je suis fier. Ce retour est le témoignage de ce que nous existons, de ce que nous avons fait de grandes œuvres, de ce que nous avons connu la grandeur. Notre passé, aussi diversifié soit-il constitue aujourd’hui notre patrimoine commun. Le Bénin est riche de son identité. Et ma fierté et mon bonheur, j’en suis sûr, sont partagés par tous », laisse entendre le Chef de l’Etat, le Président Patrice Talon dans son discours magistral pour afficher au monde entier, sa satisfaction de cette noble mission accomplie avec intelligence, délicatesse et une grande diplomatie. A l’en croire, avec cette restitution, le mur du tabou de la rétention des biens culturels est rompu et tombé. Ainsi le Bénin tourne résolument ses pas vers une aventure à plusieurs épisodes qui favorisera dans les jours à venir, le retour du reste des vestiges encore gardés hors des frontières.

La suite du processus…

Les biens seront installés à la présidence, dans des salles préparées pour la circonstance, pour une période d’acclimatation qui va couvrir environ deux à trois mois. Elles sont accessibles à tout le peuple. Donc elles peuvent déjà commencer par être visités à partir du 15 janvier 2022 en attendant que le musée de l’épopée des amazones d’Abomey et le Fort de Ouidah ne soient complètement  achevés pour leur exposition définitive.

Les grands absents à la fête…

Le clergé béninois notamment les évêques qui siègent à la Conférence épiscopale ont brillé par leur absence à la manifestions. Aucun d’eux n’a honoré de sa présence la fête. Et dans les têtes, mille et une questions ont taraudé les esprits. Des critiques éparpillées dans la foule ont tenté même de voir la chose de travers. « N’est-ce pas là un grand signal pour dire à Patrice Talon nous ne sommes plus de mèche avec toi ? Est-ce que cette absence sifflante n’est pas par hasard le roucoulement d’une colère inavouée ? Ne doit-on pas y voir l’expression d’une lorgne ? » Autant d’interrogations dont les réponses sont diversement interprétées par les uns et les autres dans la grande masse. L’ancien président de la République Nicéphore Dieudonné Soglo n’était pas aussi de la partie. Les raisons restent jusque-là pur mystère. Mais tout comme son alter ego Boni Yayi qui, dès lors, avait annoncé son indisponibilité en adressant un message de félicitation à son successeur, Nicéphore Soglo a choisi marquer l’événement par le bruit de son silence. Un état de choses qui n’a pas manqué d’attirer l’attention des participants qui ont dû se résumer à leur propre interprétation.

 

Teddy GANDIGBE

Les temps forts en images…

En présence du roi d’Abomey

L’arrivée au palais  de la république des camions contenant les trésors

Moment d’extase pendant l’exécution des danses royales

Exposition de la caisse contenant le trône du roi Guézo

Ils ont dit…

Sa Majesté la Reine Kpodégbé d’Allada

(Nous pensons que ce qui s’est passé, ne se passera plus jamais…)

« Je suis satisfaite comme tous les béninois et comme tous les africains en général. Vous savez, c’est un acte qui n’est pas simplement symbolique, c’est un acte qui revêt un caractère sacré. Les biens qui sont revenus sont partis d’un palais royal. Alors les rois se doivent de faire leur purification. Et nous pensons que ce qui s’est passé, ne se passera plus jamais. Les œuvres qui sont parties à l’époque étaient sacrées. Et les rois au temps jadis ont subi l’abus. Mais aujourd’hui, nous ne pouvons plus subir qui que ce soit. Aujourd’hui nous devrons œuvrer pour que les objets sacrés restent dans les palais »

Sa Majesté  dada Zéhè d’Agonlin

(C’est l’âme de nos ancêtres et de notre peuple qui est de retour…)

« C’est l’âme de nos ancêtres et de notre peuple qui est de retour.  Et pour avoir réussi à faire revenir ces vestiges, nous remercions le Chef de l’Etat pour son leadership hors pair qui a permis à notre peuple d’accueillir aujourd’hui ces trésors. Nous prions notre Dieu et les mânes de nos ancêtres pour qu’ils continuent toujours à guider les pas du Président de la République, afin qu’il poursuive cette mission et continue de nous faire de bonnes choses comme celle qui nous a réuni aujourd’hui »

Sa Majesté le Roi de Kika

(La jeunesse doit prendre un exemple aujourd’hui…)

« Je pense que la jeunesse doit prendre un exemple aujourd’hui. Parce qu’elle semble être laissée à elle-même en ce qui concerne la tradition. Et ces œuvres qui viennent de fouler le sol béninois après tout ce temps passé hors des frontières, sont la preuve que les rois ont accompli des  choses et ont laissé de repères dont les jeunes doivent s’inspirer »

Sa Majesté Dada Kpodégbé d’Allada

(C’est quelque chose qui me donne, moi, une joie particulière…)

« Disons les choses en terme clair, ce sont des objets volés. Et si aujourd’hui le Président Patrice Talon a réussi cette noble et grande mission de les ramener au bercail, cela ne peut que faire notre fierté. Et j’en profite aussi pour remercier le Président Macron qui a bien voulu que les choses se passent telle qu’elles se sont passées. C’est quelque chose qui me donne, moi, une joie particulière. Ce que nous avons vu maintenant, c’est le trône du roi Guézo. Et symboliquement le trône représente le souverain donc ce n’est pas n’importe quoi. Et ces objets qui sont pillés et désacralisés mais qui aujourd’hui ont retrouvé leur terre d’origine, nous les rois, nous allons nous réunir pour procéder à leur purification pour le bien être des fils et filles du Bénin »

 

Propos recueillis et transcris par Teddy GANDIGBE    

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