Entretien avec l’expert en eau et assainissement, Félix Adégnika: L’assainissement de base n’est pas encore à la place qui devrait lui revenir dans l’agenda de développement du Bénin

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Dans le cadre de son plaidoyer pour la priorisation du sous-secteur de l’Hygiène et de l’Assainissement de Base (HAB) mené avec l’appui de Nieyl, le Cadre de Concertation des Acteurs Non Etatiques pour l’Eau et l’Assainissement (CANEA) a élaboré une note d’état des lieux et de l’évolution du sous-secteur ces dix dernières années. Dans cet entretien, l’expert Félix Adégnika revient sur les principaux enjeux et défis du sous-secteur relevés par cette note et parle de l’importance de relever le positionnement institutionnel pour le développement du Bénin. 

 

Quelle appréciation faites-vous de la place qu’occupe le sous-secteur de l’Hygiène et de l’Assainissement de Base (HAB) dans l’agenda de développement du Bénin ?

La place du sous-secteur HAB dans l’agenda de développement est mitigée. Nous avons encore quelques insuffisances. Le gouvernement de la rupture a fait de gros efforts pour construire de nouvelles Stations de Traitement des boues de vidange à Calavi, Sèmè-Podji et prochainement à Parakou. Mais les défis sont nombreux. L’assainissement de base n’est pas à la place qu’il faut ou qui devrait lui revenir dans l’agenda de développement au niveau du Bénin.

Est-ce à dire que la question de l’HAB ne figure pas encore parmi les priorités de développement du Bénin ?

Nous pouvons le dire. Rien qu’à voir tous les documents et plans de développement du Bénin. Vous n’allez pas voir HAB. C’est toujours sous-entendu. Ce n’est pas explicitement dit. On vous dira que si on parle de l’eau, on parle aussi de l’assainissement. Si cela est clair, il faut écrire noir sur blanc Eau, Hygiène et Assainissement.

Sur les dix dernières années, le sous-secteur HAB est passé d’une direction à un simple service au niveau du Ministère de la santé. Heureusement, depuis 2020, il y a eu la création de l’Agence Nationale des Soins de Santé Primaire (ANSSP) au sein du Ministère de la santé. Mais là encore, c’est une Agence qui comporte 9 autres directions. Finalement, le sous-secteur devient presque illisible dans cette agence. Il n’y a pas d’actions importantes et il n’y a pas un financement qui accompagne. Depuis une dizaine d’années, on est autour de 150 millions de francs CFA de financement interne du gouvernement pour un besoin estimé à 3,5 milliards de francs.

Dans l’état des lieux que le CANEA a réalisé, quels sont les principaux défis auxquels le sous-secteur HAB est confronté ?

Il faut relever le profil institutionnel du sous-secteur en se basant sur les retours d’expérience. Tous les pays francophones ont un ministère de l’eau et de l’assainissement ou ministère de l’hydraulique et de l’assainissement ou bien ministère de la santé et de l’hygiène publique. Quand c’est dit comme cela, les actions suivent. En Inde qui compte plus de 1,3 milliards d’habitants, ils sont arrivés à mettre fin à la défécation à l’air libre sans augmenter le budget en 36 mois en mettant à contribution tous les ministères. Nous pouvons nous inspirer de son expérience.

Que fait la société civile active dans le secteur ou le CANEA pour contribuer à relever ces défis ?

Nous n’avons que deux armes : le plaidoyer et le lobbying. Le Bénin a signé plusieurs accords internationaux pour dire que nous devons augmenter de 100% le financement chaque année pour le sous-secteur et relever le positionnement institutionnel dans le cadre de l’organisation Water and Sanitation for All (SWA) à Washington en 2012. Ensuite, en 2015, le Bénin a signé la Déclaration de N’Gor au Sénégal à l’occasion de la 4e Conférence africaine sur l’assainissement (sommet Africasan4), mais on n’a pas avancé. Il est temps de passer à l’action.

Face à ces défis, est-ce qu’il y a des perspectives qui donnent espoir à la société civile que la situation va changer?

Il y a des perspectives heureuses. La première c’est l’écoute du gouvernement actuel. Nous pensons qu’ils nous écoutent et analysent tout ce que nous disons et j’ai bon espoir qu’ils comprendront que nous ne sommes pas là pour seulement critiquer mais pour attirer leur attention sur ce que notre pays peut gagner de l’investissement dans le sous-secteur HAB. La deuxième perspective, c’est qu’il y a des guichets aujourd’hui où on peut aller chercher l’argent pour financer le sous-secteur mais on ne s’active pas. Pour l’Aide Publique au Développement consacré au sous-secteur, le Bénin fait partie pratiquement des derniers pays parce qu’il occupe la 11e ou la 16e place sur 20 pays qui bénéficient de financement. Il y a un gros financement qui nous attend au niveau du Fonds pour l’Hygiène et l’Assainissement. Le Bénin est déjà pré-qualifié mais on n’a pas soumis une proposition. Ce n’est pas encore tard mais nous devons vite travailler à décrocher ce financement pour donner un nouveau souffle au sous-secteur dans notre pays pour le bien-être et le développement de notre pays.

 

Propos recueillis par Alain TOSSOUNON

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