La Microassurance comme vecteur de développement et d’accélération du taux de pénétration de l’assurance en Afrique

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En dépit du potentiel et du dynamisme économique du continent africain, illustré par l’évolution de son taux de croissance depuis les années 2000, l’émergence d’une classe moyenne, et les avancées technologiques, le taux de pénétration de l’assurance reste très faible en Afrique. Ce taux oscille autour des 6% et la part de marché de l’Afrique relative aux primes d’assurance émises à l’échelle mondiale reste très faible (1,31% en 2018), alors qu’elle pèse pour 15 % de la population mondiale. Le continent compte environ 1,5 milliard d’habitants et sa croissance démographique est telle que sa population devrait doubler d’ici 2050, selon les Nations Unies.

En dépit de l’émergence d’une classe moyenne, plus de 60% de cette population vit avec moins de 2 dollars par jour. Cette tranche majoritaire à faible revenu, est très souvent exclue des produits classiques d’assurance, à cause de leur faible pouvoir d’achat, mais aussi de leur mauvaise perception ou connaissance de l’assurance, due aux préjugés et aux mauvaises pratiques de certains acteurs du secteur.
La micro-assurance est un mécanisme de protection des personnes pauvres contre les risques de leur vie
quotidienne (maladie, accident, décès d’un membre de la famille, catastrophe naturelle…) en échange du
paiement de primes adaptées à leurs besoins, à leur faible niveau de revenus et à leur niveau de risque. Elle cible principalement les populations rurales, les travailleurs à faible revenu des pays en développement,
particulièrement ceux travaillant dans le secteur informel qui sont souvent mal servis ou exclus par le système d’assurance traditionnel. Très dynamique, le secteur de la micro-assurance a connu une croissance spectaculaire au cours des dernières années, et a produit beaucoup de résultats encourageants. En Afrique, le nombre d’individus couverts par la microassurance était estimé à 14,7 millions en 2009, dont 8,2 millions en Afrique du Sud (The Landscape of Microinsurance in Africa, BIT, 2010). En dehors de ce pays, la croissance a atteint près de 13 % par an, essentiellement grâce au développement de la couverture de la branche Vie en Afrique de l’Est. Bien que le nombre total de souscripteurs sur le continent ne dépasse probablement pas les 25 millions, la micro-assurance décolle véritablement dans plusieurs pays, dont l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya et le Zimbabwe, grâce à l’effet combiné d’innovations réglementaires et technologiques.

En terme de croissance, la microassurance couvre aujourd’hui, plus d’un demi-milliard de risques, contre 135 millions en 2009, en grande partie grâce à l’implication des gouvernements nationaux, la souscription automatique ou couverture obligatoire pour certains risques, l’efficacité des systèmes de paiement notamment le paiement mobile, l’amélioration progressive de la qualité des services, l’action combinée des acteurs tels que les organismes internationaux qui mobilisent des fonds, les institutions de microfinances (IMF), des organisations non gouvernementales (ONG) et bien d’autres. En 2011, 33 des 50 plus grandes compagnies d’assurance du monde offraient de la microassurance, contre seulement 07 en 2005. Le nombre de personnes à faible revenu couvertes par une assurance santé en Afrique est passé du simple au double de 2014 à 2017. Au Sénégal, le nombre de contrat en microassurance est passé de 351 104 en 2015 à 1 278 393 en 2019, soit une progression de 72%, le chiffre d’affaire réalisé est passé de 1,618 milliard de FCFA en 2018 contre 1,731 milliard de FCFA en 2019. Cette croissance est en partie attribuable à l’émergence de canaux de distribution alternatifs, notamment les détaillants, les entreprises de services publics, les coopératives et les syndicats, les institutions de microfinance (IMF), les organisations non gouvernementales (ONG), mais surtout les canaux digitaux à travers opérateurs de téléphonie mobile et les entreprise Finetech et Assurtech qui offrent de nouveaux points d’accès pour atteindre plus facilement le marché des personnes à faible revenu.

En terme d’impact, l’assurance qui joue un rôle économique et social, justifie d’un impact positif sur la vie des pauvres et, plus largement, sur leur communauté. L’assurance santé par exemple a contribué à réduire les dépenses des ménages et accroître l’utilisation des services de santé. Ainsi au Bénin, pour aider les ménages pauvres à gérer les coûts liés aux prestations de santé dans la partie Nord du pays, l’assureur NSIA Assurances en partenariat avec l’ONG Catholic Relief Services (CRS) ont développé un produit de micro-assurance santé au profit des communautés rurales dans le Nord du pays, le succès de ce projet a entrainé comme perspective, une extension de l’initiative à d’autres Départements du Bénin. Au Cameroun, l’assureur SAAR Assurances en partenariat avec l’ONG ADAF (Appropriate Development for Africa Foundation) partenaire technique du réseau de microfinance MC2 (Mutuelle Communautaire de Croissance), a lancé le produit d’assurance santé « MC2 Santé » destiné aux personnes vulnérables, vivant en zone rurale, Les assurés sont les clients disposant d’un compte d’épargne dans l’une des agences du réseaux MC2 et c’est à partir des intérêts générés par leurs épargnes que sont payés les primes de souscription au produit MC2 Santé garantit la prise en charge de l’assuré dans un centre hospitalier agréé ou le remboursement des frais médicaux en cas de maladie. Toujours au Cameroun, l’assureur ACTIVA s’est engagé dans la micro-assurance mobile en lançant Activa Makala, une offre dédiée à prévenir les incapacités temporaires ou permanentes des populations à faible niveau de revenus. Les assurés versent des primes mensuelles allant de 600 francs CFA à 1000 francs CFA, en contrepartie de la couverture incluant également une assistance personnelle et une couverture des dépenses du ménage en cas d’incapacité permanente. Les versements de primes et règlements de sinistres se font via Orange Money, le portemonnaie électronique de l’opérateur Orange Money. L’assurance de biens quant à elle, a permis aux petits entrepreneurs de prendre plus de risques et d’investir davantage pour booster leur activité et améliorer ainsi leurs conditions de vie. En outre, diverses études démontrent un lien de causalité entre le développement du secteur de l’assurance et le développement économique national, l’assurance permettant de chiffrer les risques et de soutenir l’entrepreneuriat. Un développement social et économique significatif est en effet impossible sans assurance, car la notion de risque est inhérente à toute activité/investissement et à tous les niveaux de l’économie, qu’on soit dans le secteur informel ou non.
Malgré les progrès récents, le secteur de l’assurance en général et la microassurance en particulier dans de nombreux pays n’a pas réalisé son potentiel. Des millions de ménages pauvres n’ont toujours pas accès à des produits d’assurances de qualité. La réticence des assureurs à entrer dans les marchés émergents a des conséquences importantes sur le secteur de l’assurance lui-même, ainsi que sur l’économie africaine et mondiale. Un ensemble de facteurs et de défaillances du marché entrave encore le développement des marchés d’assurance inclusifs.
• Une progression inégale : la micro-assurance se développe rapidement dans des pays comme l’Inde, l’Afrique du Sud, servant des dizaines de millions de ménages à faible revenu. Dans beaucoup d’autres pays en développement, la portée reste faible. Il est urgent d’accélérer le développement de nombreux autres marchés.
• Insuffisance d’analyse statistique : Dans plusieurs pays et marchés d’assurance africains, bien que les
données statistiques soient disponibles et régulièrement publiés, ceux de la micro-assurance ne font pas
souvent l’objet de publication et d’analyse. Pourtant, ces données sont importantes pour ressortir la situation
et l’évolution de ce secteur, pouvant susciter l’intérêt de nouveaux acteurs et des opportunités d’amélioration pour son développement.
• Partage d’expérience : les expériences et enseignements les plus probants sur les marchés matures sont lents à parvenir jusqu’aux autres opérateurs. En conséquence, le développement du marché prend beaucoup de temps, car les praticiens répètent souvent les mêmes erreurs.
• Réglementation et politiques : sur de nombreux marchés et dans de nombreux pays, l’environnement
réglementaire n’est pas fait pour permettre l’introduction de produits innovants ou de nouveaux types de
canaux de distribution, ce qui constitue un véritable frein pour tous les acteurs. Dans la zone CIMA, après
l’étude réalisée en 2011 pour faire un état des lieux de la micro-assurance dans les états membres, un
ensemble de textes et de reformes ont été engagé pour rendre l’assurance accessible aux personnes à faible revenu. Ces réformes ont conduit en 2012 à la révision du code CIMA, avec le règlement du 05 avril 2012 portant réglementation des opérations de Micro-assurance dans les États membres de la CIMA, devenu le Livre VII du code.

Par Romaric Cyrille TEGUO, (tegsromaric@gmail.com), Assureur et Consultant en SI & Managemen

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