Hypertension artérielle: Des chiffres glaçants d’un tueur silencieux

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Un adulte sur deux qui consulte en médecine générale est hypertendu. C’est dire toute l’importance de cette pathologie. Un véritable problème de santé publique…

 

Elle s’accompagne moins souvent de symptômes. L’hypertension artérielle (Hta) constitue pour beaucoup de spécialistes, un pôle d’intérêt essentiel. Au Bénin, le quart de la population adulte est concerné. Les plus jeunes ne sont pas pour autant épargnés. Avec l’alimentation trop riche en graisse, en sel et la sédentarité, de plus en plus de sujets jeunes sont portés vers le mal. Alors qu’elle peut être évitée, elle est encore trop fréquente et pose un véritable problème de santé publique par sa prévalence et ses complications. Ceci, non seulement dans les pays industrialisés, mais aussi dans les Pays en développement aux dires du Docteur Ulrich Gbatcho, médecin généraliste.

‘’Dans la région africaine, 20 millions de personnes seraient affectées’’

Pour comprendre ce qu’est l’Hypertension artérielle, rappelle-t-il, il faut d’abord savoir ce qu’est la tension ou la Pression artérielle. «La Pression artérielle (Pa) correspond à la force exercée par le sang contre les parois des artères, un peu comme la pression de l’eau dans la tuyauterie d’une maison. Cette pression est exprimée par deux valeurs (ex : 120/80 millimètres de mercure – mm Hg). La valeur la plus élevée correspond à la pression lorsque le cœur bat (systole) alors que la valeur la plus basse correspond à celle où le cœur se repose entre deux battements (diastole). Chez un même individu, la pression artérielle fluctue d’un moment à l’autre au cours de la journée. Elle monte ou descend souvent, en fonction des activités pratiquées ou de l’absence d’activité. La pression artérielle est plus basse durant la nuit du fait du repos. L’hypertension artérielle est définie par une pression artérielle de 140/90 mm Hg et plus dans la population en générale», explique Ulrich Gbatcho. Au-delà de ces valeurs, le risque de complication cardiovasculaire augmente progressivement. Elle touche, selon lui, environ 20% de la population mondiale et est inégalement répartie selon les continents et selon les pays. Sa fréquence est estimée à 15% en France, 20% aux Etats-Unis, 18% en Chine. Dans la région africaine, 20 millions de personnes seraient affectées. Ici aussi, son taux de prévalence estimé, varie également selon les pays. «Le neurologue consacre une grande part de ses activités aux conséquences neurologiques encore trop souvent dramatiques de l’Hta. L’endocrinologue aussi juge la nécessité de la normalisation des chiffres tensionnels chez le patient diabétique. Néphrologue, ophtalmologue, aussi bien que nutritionniste sont aussi concernés par la prise en charge de l’hypertension artérielle. On note des cas particuliers chez la femme enceinte, le sujet âgé, et le sujet diabétique. Hypertension et grossesse ne font pas bon ménage notamment au troisième trimestre de la grossesse car elle est dangereuse pour elle-même ainsi que pour son bébé. On parle d’Hta chez la femme enceinte lorsque la Tension artérielle (Ta) est supérieure ou égale à 130/80 mm Hg. Sur un autre plan, l’Hta systolique isolée est plus fréquente chez le sujet âgé où l’on assiste à une élévation de la pression artérielle systolique sans élévation de la tension diastolique (PAS ≥ 140 et PAD < 90). La grande fréquence de cette forme d’Hta chez le sujet âgé fait que l’on a longtemps considéré à tort qu’elle ne nécessitait pas de traitement. Il est recommandé de la prendre en charge au même titre que l’Hta systolo-diastolique afin de réduire l’incidence des évènements cardiovasculaires, de l’insuffisance cardiaque, des Accidents vasculaires cérébraux (Avc), et le risque de démence chez le sujet âgé de 60 et plus. Par ailleurs, près de la moitié des diabétiques présente une Hta avec complications artérielles, rénales ou cardiaques. 80% des diabétiques qui reçoivent un traitement contre l’Hta sont mal contrôlés. En cas de diabète, l’objectif tensionnel est plus bas. L’Hta chez le diabétique est définie par une Ta supérieure ou égale à 130/80 mm Hg», souligne le généraliste.

‘’30% de la variabilité interindividuelle de la pression artérielle est due à l’hérédité’’

Contrairement à la majorité des autres problèmes de santé, l’Hta, affirme Dr Ulrich Gbatcho,    s’accompagne moins souvent de symptômes. Elle est une maladie sournoise qu’on nomme souvent le «tueur silencieux». C’est pourquoi, il est important de voir régulièrement son médecin. «Le plus souvent, il n’y a aucun signe particulier. Néanmoins, il existe des signes non spécifiques : maux de tête, difficultés de concentration, vertiges, douleur dans la poitrine, essoufflements, troubles visuels (flou visuel, sensation de papillons volant devant les yeux), bourdonnements d’oreilles, saignement de nez, fatigue. Dans la plupart des cas, on ne retrouve aucune cause à l’hypertension, on parle d’Hta essentielle ou primaire qui représente 95% des cas. Une cause peut être retrouvée dans seulement 5% des cas (dont certains sur lesquels on ne peut pas agir). On parlera dans ce cas d’Hta secondaire dont la cause pouvant être : une maladie des reins, une hyperactivité des glandes surrénales ou d’autres troubles endocriniens, la grossesse chez certaines femmes, certains médicaments. Aussi, plus on vieillit, plus la pression artérielle augmente, car nos artères ont tendance à se rigidifier avec l’âge. Plus les artères sont rigides, plus la tension est élevée. L’Hta atteint plus d’hommes que de femmes. Chez les femmes, l’hypertension peut se développer à trois moments-clés : lors de la prise de la première pilule contraceptive, lors de la grossesse et à l’occasion de la ménopause. Si l’un de vos parents est hypertendu, le risque de le devenir à votre tour est multiplié par deux. La prédisposition génétique joue un rôle important dans le développement de la maladie : 30% de la variabilité interindividuelle de la pression artérielle est due à l’hérédité. Il est donc impérieux que les individus ayant des géniteurs hypertendus se fassent suivre par un médecin. Prendre du poids est souvent accompagné d’une élévation de la pression artérielle qui peut mener à une véritable hypertension. L’obésité abdominale est présente chez plus d’un hypertendu sur deux en particulier avant l’âge de 50 ans. Certains facteurs renforcent l’Hta. L’association de ceux-ci entre eux ne fait qu’augmenter la gravité de la maladie. On a le manque d’activité physique. En effet, le mode de vie sédentaire joue un rôle important dans l’élévation de la pression artérielle. Chez les patients sédentaires, le risque de développer une Hta est de 20-25%. Le sel est aussi un facteur important. L’Oms recommande des apports inférieurs à 6 g de sel par jour.  La pression artérielle ne s’élève pratiquement pas au cours de la vie dans les populations à faible consommation sodée (2 g/24 h de chlorure de Na). Elle s’élève par contre dans celles ayant une forte consommation sodée. Chaque gramme de sel consommé en dehors de la normale entraîne une élévation des chiffres tensionnels très considérable pour les patients hypertendus. Elle constitue un motif de consultation très fréquent à cause de l’inconfort qu’elle entraîne : tachycardie, dyspnée, céphalée, vertige, épistaxis voire Avc pour ne citer que cela. La majeure partie du sel (70 %) absorbé est «cachée» dans des mets aussi divers que le pain, les fromages, les surgelés, les conserves, la charcuterie, les soupes. L’excès de sel ne provient donc pas forcément de la cuisine ou de la salière posée sur la table. Comme autres facteurs, nous avons le tabac. Il produit des substances qui abîment les artères et favorisent le dépôt de graisse dans ceux-ci. Continuer à fumer lorsque l’on est hypertendu multiplie fortement le risque d’accident cardiovasculaire; l’alcool : sa consommation excessive fait monter les chiffres de la pression artérielle et peut même rendre inefficaces certains médicaments antihypertenseurs; l’isolement social : un mode de vie précaire lié aux difficultés de la vie contribue à un renfermement sur soi. Ses conséquences négatives sur l’hygiène de vie renforcent l’hypertension le stress; la colère; le mauvais sommeil; le déni de la maladie; sont à prendre en considération s’agissant toujours des facteurs», énumère-t-il.

‘’Elle a une responsabilité directe dans 40 % des Avc’’

Pour Ulrich Gbatcho, il est impératif de traiter l’hypertension, car elle favorise les accidents cardio et cérébraux-vasculaires. Elle contribue aussi au développement de maladies graves, sources de handicap. «L’hypertension artérielle est la première cause de l’accident vasculaire cérébral. L’obstruction d’une artère cérébrale par une plaque d’athérome peut être fatale ou laisser de graves séquelles, comme l’hémiplégie. L’hypertension peut aussi être responsable de collections de sang dans le cerveau, avec d’importantes séquelles handicapantes. Elle a une responsabilité directe dans 40 % des Avc. L’infarctus du myocarde, l’artérite des membres inférieurs, l’insuffisance cardiaque, l’angine de poitrine, la maladie d’Alzheimer, l’insuffisance rénale, les troubles visuels, sont aussi des conséquences», fait-il savoir. Poursuivant, il a confié que l’Hta est une maladie au long cours.  Il s’agit d’un état définitif que le patient doit gérer tout au long de son existence. Elle est source de lourdes conséquences aussi bien pour l’individu malade que pour la collectivité. Le dépistage précoce et l’éducation sont, alerte le médecin, à la base de la prise en charge de cette pathologie. Ils permettent de prévenir et de retarder les complications tardives. Aussi, sauf contre-indication particulière, il est recommandé, selon ses propos, à tous les hypertendus de bouger. La pratique d’un sport peut entraîner une diminution des chiffres de Pa, à condition que l’activité physique soit pratiquée de façon régulière et en dehors de toute compétition. Une grande majorité de la population ignore qu’elle est hypertendue, alors qu’il suffit de faire mesurer sa pression artérielle pour s’en rendre compte. Sonne ainsi l’hymne pour que la pression artérielle soit régulièrement contrôlée.

Cyrience KOUGNANDE

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