Engagement artistique et identité: Une prose à mi-parcours

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Voici l’une des meilleures choses qu’il soit arrivé au milieu de la création artistique et culturelle béninoise en cette année d’angoisse virale : la parution du livre « Engagement Artistique et Identité – Entretiens avec des artistes africains au parcours édifiant ». Un essai d’Éric Azanney publié aux éditions Savane du continent.

 

« Je n’en suis qu’au tiers de son volume, c’est-à-dire que j’ai terminé l’échange approfondi mené avec M. Ousmane Alédji par Eric Azanney. L’essayiste, en discussion intelligente avec son vis-à-vis, par ailleurs, de même statut a su obtenir de ce dernier un consentement à ouvrir l’accès à quelques méandres – pas moindres – de sa stature. Mais pour cerner totalement certaines vérités que voulait taire l’interviewé, il revient au lecteur de faire un pas : savoir déchiffrer par lui-même un parcours littéraire et théâtral qui pose en premier une équation mathématique : l’âge d’un homme public qui en a au moins deux sur internet. Mystère ! Avec un peu d’attention, tout lecteur devrait se tirer du puzzle avec plein d’images logées comme moi dans le casier des imaginaires propres où se sédimente LA CULTURE.

Il y a l’ART et le parcours-modèle certes, mais il y a aussi et surtout des confessions de compagnonnages artistiques féconds bénino-béninois d’un côté, bénino-franco-belges de l’autre. Puis, il y a foison de leçons d’histoire sur ses origines, des notions de géographie précoloniale du Bénin méridional, la dure réalité des frontières-barrières entre pays africains, des idées de géopolitique mondiale, etc. que livre par petits bouts un créateur, Ousmane Alédji, ayant subi Mathieu Kérékou par deux fois, qui s’est fait révéler grâce à Nicéphore Soglo, qui s’est mis au service de Patrice Talon et qui se souhaite un destin à la Wolé Soyinka, « s’impliquer politiquement en se gardant d’atteindre le seuil du dérangeant ».  Il y a dans ce que Eric Azanney amène Ousmane Alédji à dire dans son essai, les convictions d’un homme qui se voit sans détour en Africain, « un homme debout dont le propre est de marcher », dit-il. En échos, l’injonction de Frantz Fanon : Marcher tout le temps pour sortir de la nuit noire. Parler de soi, se montrer authentique, au-delà des mystères. Parler des siens au monde que l’on a préalablement pensé. Lui dire à cette machine-monde avec la plus grande sérénité, comme Césaire, Gide et Fanon avant que l’altérité est une chance et que toutes les vies se valent absolument. Lui montrer à ce système-monde, moins naïvement que Lumumba, Sankara et d’autres encore en activité que ses « captifs », ceux des leaders africains qui s’offrent en spectacle, « la chaîne au cou » ne sont qu’avatars de ses propres folklores auxquels bien d’africains ne s’identifient guère.  Voilà une lecture du dimanche matin qui déchire le voile de la grisaille qui nous vole notre part du soleil de tous les jours. Je fais donc une pause après m’être abreuvé de tant de savoirs, d’engagements et blindé par un pari optimiste, une foi tenace face à l’avenir.  Eric Azanney m’a fait dédicataire privilégié de son livre. J’en suis ému jusqu’au trognon. Voilà ce que cela fait d’avoir des frères d’esprit. Ils inscrivent votre nom au fronton des sculptures de pierre qu’ils taillent souverainement à la gloire des icônes. En l’occurrence, il s’agit d’Ousmane Alédji, de Sylvestre Amoussou et de Dominique Zinkpè. »

 

Arcade A.

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