Décès de l’ex première dame du Bénin: Rosine Soglo conduite à sa dernière demeure

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(Les hommages de Léhady, Galiou, Madougou, Éric Houndété, Boni Yayi…)

Décédée le 25 juillet 2021 à Cotonou, l’ex première dame du Bénin et doyenne d’âge de l’Assemblée nationale, Rosine Vieyra Soglo a été conduite à sa dernière demeure ce samedi, 11 septembre 2021. Les derniers hommages lui ont été rendus au siège de l’association « Vidolé ». Ceci, à la faveur d’une cérémonie marquée par la présence de plusieurs figures de la politique et surtout de l’ancien Président du Nigeria, Olushegun Obasandjo…

Des témoignages émouvants, au parcours politique, ainsi que les actions menées en faveur des populations démunies et de l’enfance malheureuse, un hommage inédit a été rendu à l’amazone des temps modernes, Rosine Soglo. « Mémé » comme on l’appelle affectueusement a donc rejoint sa dernière demeure avec les hommages mérités. Les obsèques qui ont démarré depuis quelques jours, ont été relayés sur plusieurs canaux afin de permettre au public de tout savoir sans se déplacer, la pandémie du Covid-19 obligeant. Des dispositions ont été également prises pour une retransmission en direct au siège de l’association Vidolé. Usagers de la route et riverains n’ont donc pas hésité à s’arrêter pour rendre hommage à cette figure marquante de l’histoire contemporaine du Bénin, de l’Afrique et du monde. Plusieurs personnalités ont également honoré de leur présence ladite cérémonie. Il s’agit entre autres de Me Marie-Elise Gbèdo, Bruno Amoussou, Vicentia Bocco, Alassane Tigri, Éric Houndete. Dans sa célébration eucharistique, l’évêque d’Abomey a salué également les œuvres de l’illustre disparue avant d’intercéder afin qu’elle soit accueille dans le paradis céleste. A l’en croire, celle qui a achevé son pèlerinage terrestre à 87 ans, a fait preuve d’abnégation dans de multiples combats menés. Feue Rosine Soglo est présentée comme une icône du social de proximité avec son soutien aux nouveaux nés notamment des triplés, les femmes démunies, l’enfance malheureuse. L’ancien Président de la République, Nicéphore Dieudonné Soglo, déclaré récemment positif au Covid-19, était également présent avec à ses côtés, le Président Olushegun Obasandjo. Alors que Léhady Soglo n’a pu être présent, Galiou Soglo était quant à lui, présent. Notons qu’après la cérémonie à Cotonou, le corps a été déporté au Ghana pour être incinéré. Ceci, conformément à la volonté de la défunte, selon le porte-parole du comité d’organisation des obsèques. Les cendres de l’ex première dame seront donc ramenés pour être enterrés au Bénin.

Des hommages et adieux à une femme exceptionnelle…

Le Président du Parti « Les démocrates », Éric Houndété a exprimé sa tristesse quant au vide créé par cette disparition inattendue alors que le peuple béninois espérait l’avoir encore longtemps. Selon Éric Houndete, Rosine Vieyra Soglo est une femme de caractère, politiquement engagée, professionnellement irréprochable, ayant démontré son attachement au social avec la création de l’association Vidolé. Il est question, pour Éric Houndété, de témoigner pour une mère qui a eu une grande attention pour les enfants et un faible pour les femmes.  « Consciente du déséquilibre entre hommes et femmes en politique, elle avait beaucoup combattu…. Son dynamisme et pragmatisme ont permis au Président Nicéphore, de s’appuyer sur une machine politique pour gouverner le pays. On se souviendra longtemps de la victoire éclatante de la RB aux législatives de 2015 » a-t-il témoigné. Eric Houndété s’est incliné devant le parcours de celle qui aura siégé au parlement durant six législatures consécutives. Pour avoir contribué à la création de « Les démocrates », le parti entend poursuivre le combat qui a été le sien. « Il arrive l’ultime moment de retourner la chair à la terre », le moment où on ne retrouve plus celle qu’on aime, regrette l’opposant politique. Et de lancer aux fils de la regrettée : « Séchez donc vos larmes. Vous n’êtes pas les seuls dans cette épreuve, tout le peuple compatit ».

Galiou Soglo : « fierté d’être ton fils, maman »

Présent aux côtés de sa mère durant ces derniers jours, Galiou Soglo s’est dit honoré de voir sa maman s’éteindre dans ses bras. « Ma mère restera dans les mémoires comme une œuvre » a-t-il déclaré avant de saluer la mémoire d’une femme de conviction avec un franc parler, intrépide et déterminée, ne sacrifiant rien ou presque à ses principes et ses valeurs. « Maman tu as mené le bon combat, celui de la dignité et du courage…Quelle fierté d’être ton fils, maman », a témoigné Galiou Soglo.

Léhady Soglo : « Ton héritage te survivra »

Loin du pays depuis de longs mois, l’ancien maire de Cotonou, Léhady Soglo n’a pu assister aux derniers hommages rendus à sa mère. Dans une vidéo projetée ce samedi, Léhady Soglo a rendu un vibrant hommage à celle qui lui aura tout appris. « Il m’est difficile de m’exprimer en ce jour si sombre…Le lien qui m’unissait à maman était très fusionnel. Elle m’a tout donné, l’amour, la sécurité, l’attention, la présence. Elle m’a appris à regarder vers l’avant, à croire, à me battre, et aujourd’hui encore, je sens m’étreindre son souffle puissant.  J’ai appris et j’ai aimé partager l’amour et l’abnégation de cette Femme devenue personnage public, mère d’une nation.

Ma très chère Maman, le respect des principes de la démocratie, la préservation des libertés fondamentales, l’indépendance de la justice, la liberté de la presse, toutes ces valeurs qui ont nourri ton engagement politique et social, sont aujourd’hui mises à mal. C’est pour cela que je n’ai pas pu te voir au cours des 4 dernières années, exilé que je suis. C’est pour cela encore que je ne suis pas à tes côtés au moment où tu vas effectuer ton dernier voyage. Quelle tristesse, quelle douleur que de ne pas être là pour t’accompagner dans ta dernière demeure !

J’ai perdu et, je le sais, tout un peuple a perdu avec moi une mère. Une mère sincèrement et viscéralement animée par la recherche de ce qu’il y a de meilleur, de simplement nécessaire pour ses enfants. Elle ne cherchait jamais à protéger son image ou à la promouvoir. Assumant tous les risques, allant à l’essentiel avec courage, pour revendiquer ce qui doit être et pour dire la vérité. Quelle foi il faut pour oser la dire, et parfois dans les heures les plus inquiétantes, pour oser la penser !

Quand le peuple se sent épié et manipulé, quand tout contribue à ôter à chacun sa dignité et son autonomie, comme nous avons besoin de ta voix qui jamais, ne faiblissait !  Malgré le poids des ans, malgré les vexations, malgré la cécité qui te faisait penser que tu n’étais plus indispensable, Maman, la vérité de ton combat politique et du bon sens hurlait encore plus ta légitimité.  Tu disais tout avec droiture, directement : tes mots se gravant dans le marbre tant ils étaient incisifs et faisaient écho, dans nos langues, aux paroles vivantes des ancêtres que tu as désormais rejoins. Ton héritage te survivra ! » a-t-il témoigné. Et de se prononcer contre une quelconque vengeance contre qui que ce soit. « Je n’éprouve aucune rancune, aucune amertume. Cette épreuve est la volonté de Dieu…Ma très chère Maman, toi qui m’as donné la vie intercède auprès de Dieu pour qu’Il apaise nos cœurs. Qu’Il les adoucisse toutes les fois où nous avons des raisons de nous venger. Que Dieu nous insuffle son esprit de pardon, d’amour et de paix. Adieu Maman ! Non ! Je dirai plutôt au revoir…Les morts ne sont pas morts. Et toi non plus Rosine Vieyra Soglo ! » conclut Léhady Soglo.

Amissétou Affo Djobo :  » Maman, tu m’as adoptée »

L’ancienne député, Amissétou Affo Djobo, de son lieu d’exil, a tenu également à rendre hommage à celle qui l’a adoptée comme sa fille. « Il m’est particulièrement difficile de devoir aujourd’hui prendre la parole pour te dire au revoir, pour dire au revoir à notre maman, à notre ICONE AFRICAINE, maman chérie, Rosine VIEYRA SOGLO.

Je prends la parole aujourd’hui en ma double qualité de fille et de femme politique.

Maman et moi, nos chemins se sont croisés au mois de septembre 1994. Alors, que mes amis, Docteur Yacouba FASSASSI, Jacob AKINOCHO et d’autres avions porté sur l’échiquier politique national le parti : Campagne pour la Moralité et la Démocratie (CMD), parti dans lequel j’étais l’un des vices présidents.

 Plus tard, soit plus de 10 ans après notre première rencontre, nous nous sommes retrouvées au parlement à la 5ème législature et depuis nos relations étaient devenues celles d’une mère et de sa fille. Maman, tu m’as adoptée… La question de l’émancipation et de l’autonomisation de la femme en général et de la femme béninoise en particulier était pour toi capitale. Puisque tu n’arrêtais pas de rappeler que sans la participation des femmes, le développement serait un combat vain.

 Eprise de justice et d’équité, tu étais ouverte et accessible à toutes et à tous sans distinction ethnique, religieuse ou sociale. Tu avais l’écoute pour tous et toutes.

Engagée et combattante jusqu’à ton dernier souffle, tu n’as jamais cessé de me donner des conseils et de me soutenir dans mon engagement politique, toutes choses qui me donnaient confiance en moi et me propulsaient en avant…Par ma voix, tous les membres du Cadre National de Concertation, qu’ils soient détenus dans les prisons du Bénin, en exil ou en clandestinité te disent UN GRAND MERCI…  Jusque dans mon exil tu étais présente avec ton amour maternel et tes précieux conseils. Nous nous parlions souvent. Jusqu’à ce dimanche 18 juillet 2021, où, comme d’habitude j’ai appelé et juste après les salutations d’usage, tu me dis, je te cite : Amy, ma chérie (comme tu m’appelais), JE VEUX TE DIRE QUE JE T’AIME et tu l’as répété 3 fois, j’ai voulu continuer de te parler ; mais tu m’as repris la parole pour me passer le message qui te tenait à cœur : un message de mère à fille. Et tu continuas en ces termes : je sais que toi tu m’aimes et tu me le dis souvent, mais moi je ne te l’ai pas souvent dit, alors, je veux que tu saches que moi aussi je t’aime. » Ce message, Maman est désormais gravé dans mon cœur et mon âme.  Merci Maman pour tant d’amour…Mais, j’étais à mille lieux de penser que c’était la dernière fois que j’entendrai ta voix devenue très douce avec le poids de l’âge… Maman chérie, tu nous manques déjà et il sera impossible de remplir ce grand vide que tu laisses. A cette occasion où nous devons te dire au revoir, le temps ne pourra jamais suffire pour parler de toi… C’est toute l’Afrique qui célèbre aujourd’hui ton combat pour la démocratie inclusive et pour l’émancipation de la femme africaine.  Tu as tracé le chemin et tu nous as montré la voie.  Nous allons l’entretenir et la faire prospérer.

 Maintenant, tu peux être sûre de Là-Haut où tu te trouves désormais, que le flambeau que tu as allumé sera dignement porté et sa flamme brulera sans plus jamais s’éteindre pour éclairer et guider les générations présentes et futures du Bénin. Je te fais la promesse ici, de porter et de contribuer à pérenniser ton combat » a témoigné Amissetou Affo Djobo.

Reckya Madougou : « Je peine à faire ton deuil »

Depuis son séjour carcéral, Reckya Madougou a également rendu hommage à Mémé Rosine Vieyra Soglo. « …Une souveraine concomitamment reine et héroïne de cœur. Celle qui fut honorée de son diadème de Première dame, garda pour autant les épines indispensables à la survie de la rose dans l’hostilité. La bienheureuse maman Marie, notre mère céleste a sans doute influencé, comme à l’état civil, notre maman nationale, la bienveillante Rose Marie Honorine. Nos compatriotes défavorisées, ces autres héroïnes de la précarité, les braves porteuses de grâces gémellaires ou multiples, ne me démentiront assurément pas, tant la fondation Vidolé mise sur les fonts baptismaux par Rosine Vieyra Soglo leur aura sauvé la vie…Que diantre maman Rosine me manque ! Je peine à faire son deuil, tant elle fut présente jusqu’à ses derniers jours dans l’épreuve que je traverse, toute en Espérance. Plusieurs fois par semaine, elle téléphonait à ma première héroïne, ma vaillante mère, pour s’assurer de mon état de santé physique et mentale, la soutenir et m’envoyer des vibrations positives. Ses mots d’indignation et d’encouragements que l’opinion publique a abondamment relayés au lendemain de mon interpellation musclée le 03 Mars 2021, retentissent en boucle dans mes méninges comme un testament. En vérité, ces deux dernières années, maman Rosine m’a confié à plusieurs reprises, qu’elle se sentait prête à rejoindre Son Seigneur. Mais l’intrépidité de cette combattante hors pair a voilé ma lucidité quant à ses 87 printemps, maligne maintenait la sienne vivace et tenace relativement au présent et au futur de notre patrie le Bénin. Elle s’en est allée demeurant très lucide dans sa lutte pour l’équité, la démocratie et la liberté » témoigne l’opposant Reckya Madougou. Selon elle, Mémé Rosine Soglo est une femme très cultivée, tête bien faite, et digne. « Combattante historique de la discrimination de l’autre côté de l’Atlantique, n’avait-elle pas clamé qu’« il faut vivre sa vie en essayant d’en faire un modèle pour les autres » ? Union priante  pour Maman Rosine » poursuit Reckya Madougou.

Boni Yayi « Femme de lumière »

L’ancien Président de la République, Dr Boni Yayi a reconnu également la perte que constitue la disparition de Rosine Soglo. « …Tu as tour à tour été avec une rare dextérité mère et femme politique. Mère d’une extraordinaire affection, tu as donné à notre belle Patrie deux fils Liady et Galiou qui l’ont servie avec dévouement à des niveaux les plus élevés.

Femme combattante, tu as lutté de toutes tes forces contre l’avilissement et l’infériorité de la femme béninoise et africaine. Tes combats ont contribué à leur émancipation et élévation.

Femme politique, c’est dans l’arène politique injustement chasse gardée de la gente masculine que tu as le plus déployé ton génie à la surprise générale.

Tes capacités d’analyse, de négociation et tes répliques lors des débats ont fait de toi depuis la Conférence nationale à nos jours, l’une des personnalités politiques incontournables et des plus avisées sur la scène politique nationale et notamment au Parlement que tu as animé sans désemparer et de main de maître.

Femme de vision, intellectuelle et honnête tu as été la première, contre toutes les oppositions à fonder un Parti politique, la puissante et redoutable Renaissance du Bénin dont tu as pris la tête.

Femme exceptionnelle, femme de lumière aux multiples charismes, ton départ constitue une grosse perte pour notre pays.

Cependant, au regard de ton leadership politique, j’invite le peuple béninois et particulièrement les femmes et les jeunes à transformer leur douleur en courage et énergie pour poursuivre le combat pour la renaissance de notre Patrie qu’elle a mené sans répit.

Grande dame, je m’incline avec un profond respect devant ta mémoire. Puisse le Seigneur de miséricorde t’accueillir dans sa lumière éternelle » a déclaré Boni Yayi.

Aziz BADAROU

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