Covid-19: La vaccination est-elle risquée pendant la grossesse ?

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Les autorités françaises promeuvent désormais la vaccination dès le premier trimestre de grossesse. Les études publiées jusqu’à présent montrent que, si le vaccin n’est pas contre-indiqué pour les femmes enceintes, le Covid-19, lui, l’est.

Devant les caméras de télévision, Olivier Véran se désinfecte les mains avant d’enfiler maladroitement un gant violet. « Un ministre qui en vaccine un autre, je ne crois pas que ce soit très courant », s’amuse le ministre de la santé, avant d’injecter à Olivia Grégoire sa deuxième dose de vaccin contre le Covid-19. Enceinte de cinq mois, la secrétaire d’Etat à l’économie sociale, solidaire et responsable est venue avec l’ancien neurologue promouvoir la vaccination des femmes enceintes, mardi 27 juillet, à l’hôpital parisien Necker.

Le 20 juillet, lors de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, Olivier Véran avait déjà ouvert la voie à une vaccination des femmes enceintes dès le premier trimestre de grossesse. Jusque-là, les injections n’étaient conseillées aux futures mères qu’à partir du deuxième trimestre de grossesse, celles-ci étant considérées comme un groupe à risque de formes graves. « Il n’y a aucun argument pour considérer qu’une vaccination plus précoce présenterait un danger pour l’embryon/le fœtus », appuie le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale dans un avis daté du 21 juillet. De fait, plusieurs études et rapports de pays différents vont dans ce sens.

 

Que disent les données recueillies jusqu’ici ?

Dans le cas des vaccins, il faut noter qu’un effet indésirable, quelle que soit sa gravité, ne se déclare quasiment jamais des mois ou des années après. « Les effets indésirables des vaccins surviennent dans les deux premières semaines, exceptionnellement le premier mois. Il n’y a aucune maladie clinique survenant à distance », a ainsi rappelé Brigitte Autran, professeure à la Sorbonne et membre du comité scientifique sur les vaccins Covid-19, dans les colonnes du Figaro.
En France, le suivi des femmes enceintes vaccinées est assuré par les centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) de Lyon et Toulouse. S’ils recommandent de surveiller plusieurs désagréments comme des contractions utérines douloureuses – sans que le lien avec le vaccin soit à ce jour établi – leurs observations sont rassurantes. Ils précisent qu’aucun « risque lié à la vaccination ne peut être conclu » parmi les 111 signalements liés à une grossesse reçus du début de la campagne vaccinale (à la fin de décembre), au début de juillet.
Selon les deux organismes, les fausses couches spontanées, qui représentent l’essentiel des signalements, ne peuvent être attribuées aux injections de vaccin contre le Covid-19, en raison de la fréquence de ces interruptions de grossesse en règle générale, et à cause aussi de la proportion importante de femmes plus susceptibles de les développer parmi les cas recensés (obésité, âge supérieur à 35 ans…).

 

Etudes israélienne et américaine

Ces résultats viennent corroborer ceux obtenus en Israël, l’un des premiers pays à lancer une campagne de vaccination étendue. Une équipe de chercheurs de la caisse d’assurance-maladie Maccabi s’est penchée sur les effets de la vaccination chez les femmes enceintes. Ils ont examiné un échantillon de 15 000 personnes, dont la moitié a été vaccinée pendant la grossesse avec la formule de Pfizer (ARN messager), entre la fin de décembre et la fin de février 2021. D’après cette étude de cohorte rétrospective, l’incidence du SARS-CoV-2 était plus réduite dans le groupe des femmes vaccinées, sans qu’il soit constaté de conséquences négatives du vaccin sur le déroulement de la grossesse. Seulement quelques dizaines d’effets secondaires sans gravité ont été signalés.
En avril, une publication américaine s’appuyant sur les données des CDC (Centers for Disease Control and Prevention, les centres pour le contrôle et la prévention des maladies) observait également, à travers les remontées volontaires de 35 000 femmes enceintes vaccinées avec les produits de Pfizer et de Moderna, que les effets secondaires des injections restaient globalement peu intenses et semblables à ceux des femmes non enceintes. Cinq mille de ces femmes ont participé à un suivi plus poussé : le déroulement de leurs grossesses était similaire à ce qui était observé avant la pandémie.

 

Ces données sont-elles fiables ?

Comme pour toutes les études scientifiques, il faut considérer les résultats prudemment, en prenant en compte le fait que toute méthodologie a ses limites, par exemple la taille de l’échantillon (parfois restreint), la date de l’étude (en l’occurrence, on manque encore de données sur les femmes vaccinées au premier trimestre de leur grossesse), ou encore des biais liés au comportement des participantes (vaccinées, elles peuvent être tentées de moins se tester).
En outre, la recherche prend du temps, et les données scientifiques devraient être consolidées dans les prochains mois. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a ainsi lancé, dans les premiers jours de mai, une étude destinée à surveiller la « sécurité d’emploi chez les femmes enceintes » des vaccins contre le Covid-19. Pfizer a prévu des essais cliniques de phase 2 et 3 pour évaluer « la sécurité, la tolérabilité et l’immunogénicité » de son produit chez les futures mères. Des données réclamées par les médecins et chercheurs depuis plusieurs mois.
En vertu du principe de précaution, les femmes enceintes sont très souvent absentes des essais cliniques, en particulier pendant les premiers mois de grossesse. En France (mais c’est aussi le cas dans de nombreux pays), les femmes en âge de procréer, et a fortiori enceintes, sont exclues des essais exigés pour l’autorisation de mise sur le marché et ce n’est qu’après quelque temps d’utilisation en « vie réelle » que peuvent émerger des informations sur des risques fœtaux, note la pédiatre et pharmacologue Elisabeth Leca sur le site du Vidal, dictionnaire de référence pour les professionnels de santé.
A la mi-février, la généticienne Diana W. Bianchi, coautrice d’un billet publié dans le Journal de l’Association médicale américaine, dénonçait ce paradoxe : non intégrées dans les essais cliniques, les futures mères sont désormais « autorisées à recevoir le vaccin de leur médecin ou d’autres professionnels de santé, mais sans avoir le même niveau d’information dont ont bénéficié les patientes non enceintes ».

 

Que sait-on actuellement ?

Ce qui est sûr, et documenté par plusieurs études, c’est que contracter le Covid-19 quand on est enceinte expose à des risques de formes graves et de complications. En effet, les femmes enceintes sont plus sensibles aux formes sévères du Covid : une revue systématique de littérature scientifique, incluant 192 études (et confirmée par des rapports ultérieurs), a mis en évidence que, sur un large échantillon de femmes infectées par le SARS-CoV-2, celles enceintes avaient des risques supérieurs d’être concernées par une forme grave du Covid-19.
Au Royaume-Uni, les admissions de femmes enceintes à l’hôpital pour cause de Covid-19 sont en augmentation et elles semblent être plus sévèrement touchées par le variant Delta. Les données de surveillance obstétrique révèlent que, parmi les femmes enceintes hospitalisées entre mai et juillet, une sur sept est admise en soins intensifs. Cette proportion était d’une sur dix pendant la période où le variant Alpha (anciennement appelé « variant anglais ») dominait.
Par ailleurs, développer le Covid-19 quand on est enceinte peut avoir des conséquences importantes sur l’évolution de la grossesse, à cause notamment de la réaction immunitaire qui se déclenche au niveau du placenta, a montré une étude menée en début d’année. Cette réaction permet à l’organisme de s’opposer à l’infection mais, en même temps, elle fragilise le placenta, ce qui peut entraîner des risques plus grands de prééclampsie, une complication se manifestant par une hypertension artérielle et des problèmes rénaux.
Les accouchements prématurés sont un autre risque majeur, survenant soit de façon spontanée car liés à cette réaction immunitaire, soit par déclenchement pour essayer de soigner la mère. Côté berceau, il semble que les nourrissons des femmes dont le test est positif aient plus de risques de développer des complications nécessitant parfois une hospitalisation. Les cas de transmission de la mère au fœtus pendant la grossesse sont, quant à eux, exceptionnels – en général, il s’agit de contamination pendant l’accouchement ou juste après la naissance.

 

« Les bénéfices dépassent les risques »

La conclusion, tirée par l’ensemble des autorités sanitaires, est qu’il est plus risqué, pour une femme enceinte, de contracter le Covid-19 que d’être vaccinée. « L’OMS, ainsi que les sociétés savantes d’obstétrique et de gynécologie estiment que les bénéfices dépassent les risques potentiels », résume l’Inserm.
Le Centre de référence sur les agents tératogènes (CRAT), un organisme public de conseil sur les médicaments, recommande d’utiliser de préférence un vaccin à ARN messager, car il ne contient pas de forme atténuée du virus (comme ceux à vecteur viral), de préférence avant les cinq mois de grossesse (et après 10 semaines d’aménorrhée) afin que la femme enceinte soit protégée pendant la période a priori la plus à risques (par rapport au Covid) qui correspond au dernier trimestre.

lemonde.fr

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