Bénin/Etat des lieux situation pré et post électorale: Me Baparapé : « les arrestations se poursuivent, même après la prestation de serment »

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(Le président de l’Odhp décrit les « conditions de vie exécrables » des détenus) 

 

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Que dire des conditions de détention et des prochaines comparutions de ceux et celles qui ont été arrêtés pendant et après l’élection présidentielle très contestée du 11 avril 2021 au Bénin ? Ces préoccupations ont constitué la charpente de l’émission 100% Bénin de Sikka Tv, jeudi 10 juin 2021. Sur le plateau, Aboubakar Baparapé, Avocat et président de l’Organisation pour la défense des droits de l’homme et des peuples (Odhp).

« Arrestations pré et post électorales 2021: Quel état des lieux ? », c’est le thème de l’émission. Et, à propos, Me Aboubakar Barapé souligne : « 1-Les arrestations se poursuivent de plus bel, 2-Ceux qui sont arrêtés dans ce cadre ont des conditions de vie très exécrables, pire qu’au temps du Prpb ; troisième, Reckya, depuis son arrestation le 3 mars, ce n’est que tout récemment après le passage de Me Vey, son Avocat, qu’elle a été programmée. Pour les autres, c’est flagrant délit à des dates différentes. Voilà l’état des lieux ». Abordant les conditions de détention, le président de l’Odhp affirme : « Pour ce qui est détenus politiques, ils sont enfermés dans des cellules exigües d’à peine 32 m2 où ils sont au moins quarante. Pour les autres détenus, ils peuvent au moins recevoir leurs parents, circuler dans la cour de la prison. Mais pour les autres, ils sont enfermés 24h sur 24 à l’intérieur. Vous pouvez le vérifier ». L’Avocat et invité sur l’émission 100% Bénin de Sikka Tv s’est voulu on ne peut plus clair : « J’ai écrit au Garde des sceaux à ce sujet par rapport au cas de Madame Reckya, qui avait été brutalisée dans sa prison où le régisseur et son gardien en chef  ont investi leur cellule féminine, les ont fouillées au corps, ont confisqué son réfrigérateur pendant qu’elle était en carême, son micro-ondes, son ventilateur, etc. Donc on lui a confisqué tous ces appareils autorisés légalement par le directeur général de la prison, qu’à l’époque j’avais apprécié ici. Mais jusqu’à présent, en tout cas jusqu’à avant-hier, on ne lui pas restitué ses appareils. Il a fallu, au détour de sa crise, parce que l’excès de chaleur tout ça, elle avait perdu connaissance. Dieu merci, elle s’est rétablie. J’avais même appris qu’elle aurait demandé  une évacuation sanitaire. Ce en quoi elle s’est inscrite en faux. Et le gouvernement s’est saisi de ça. D’ailleurs mon cher confrère Orounla avait dit dans ses envolées que si son dossier était solide, que le gouvernement était prêt à l’examiner avec bienveillance. Donc c’est pour dire que si elle est prête à partir, nous sommes prêts à l’accompagner. En tout cas, de la bouche de Madame Réckya, elle dit qu’elle n’a jamais demandé à qui que ce soit une évacuation sanitaire, que c’est pour l’exiler. Avant-hier j’ai eu l’occasion de la rencontrer. On dit mais ce que vous avez confisqué, remettez lui ça, remettez ça au moins à sa maman qui fait des va et vient. Mais c’est toujours gardé ». Dans le cas d’espèce, Me Baparapé expose les démarches administratives qu’il a menées mais visiblement sans suite : «  J’ai écrit au Garde des sceaux pour poser le problème en tant que président de l’Odhp, de toutes les situations dont les détenus ont saisi l’Odhp. Leurs Avocats aussi nous ont saisis. Et c’est à ce titre que j’ai écrit au Garde des sceaux pour dire non, vous-même en tant qu’Avocat, avant, vous avez eu une cliente très célèbre, Madame Zoubé qui avait été enfermée pour tentative d’empoisonnement. Mais il était sur tous les médias à l’époque, on l’a soutenu. (…) Tu vois le régisseur, il te dit moi je ne veux pas d’histoire, c’est des instructions que j’ai reçues. Tu vois le directeur général de la prison, il te dit, Ah c’est des instructions que nous avons reçues. Mais les instructions-là viennent de qui ? De la Chancellerie, donc supposons que c’est le Garde des sceaux. Si ce n’est pas ça, il n’a qu’à dégeler la situation. (…) Les situations de ce genre, ce n’est pas des conciliabules qu’il faut faire. Je fais la navette…, je suis un ancien prisonnier, donc je souffre dans ma peau, je sais de quoi il s’agit …».

Cas de Aïvo, Hountondji, Ogou, Tamègnon et cie

« D’abord, j’ai déjà parlé de dame Reckya. Pour l’instant, elle se porte relativement bien. Mais pour le cas de ceux qui sont en prison ici, à Cotonou, Joel Aïvo, le ministre Hountondji, Thibaut Ogou, et ces jeunes, ils sont tous ensemble ; plus de 32, mais dans un enclos de moins de 30 m2, enfermés 24heures sur 24. C’est quand leurs parents arrivent qu’il y a remise de repas, 5 minutes. Les gardes sont là, des fois vous n’atteignez même pas les 5 minutes. Mais ce n’est pas possible. Pas d’échange… », décrit Me Aboubakar Baparapé. Très sûr de lui-même, il lance un défi aux autorités pénitentiaires. « Si c’est faux, le régisseur de la prison civile de Cotonou n’a qu’à venir sur le plateau me démentir parce que je les ai rencontrés eux-mêmes, le dimanche dernier. A Ouidah, j’ai rencontré la dame Gariath Sacca. Elle est très malade, elle souffre de l’avitaminose… Monsieur le journaliste, vous avez affaire à un ancien bagnard, J’ai fait cinq ans à Ségbana donc je parle en connaissance de cause. Et pour que je parle, j’ai fait le tour des prisons avant que je n’écrive au Garde des sceaux autour de toutes ces situations…», martèle l’invité de Sikka Tv.

Estimation des arrestations

« C’est des centaines. C’est au-delà de 300 en tout cas, aujourd’hui », répond le président de l’Odhp. « Pourquoi je crie ? Parce que la personnalité du détenu en matière pénale est importante. Dame Reckya, on ne peut pas la traiter comme une vulgaire gangster, une vulgaire terroriste… C’est des droits internationalement reconnus par les Nations Unies. Je n’ai pas parlé de l’ancien Directeur général de la Sogema, même situation aussi. La femme de Houdou Ali, ancien ministre est venue me voir en pleurs : Maître, faites quelque chose. Je ne peux même pas parler à mon mari. Une vieille qui vient s’agenouiller  dans votre cabinet pour vous demander de faire quelque chose, vous allez vous taire ? C’est émouvant ! », confie l’Avocat.

Des dates d’audiences fixées ?

Sur la question, le président de l’Odhp explique : « Normalement, en flagrant délit, c’est la comparution immédiate. Cest la loi qui le dit. Mais je ne sais pas pourquoi, dès qu’on les présente au niveau du procureur, en dehors de Mme Reckya et M. Sacca Georges qui sont mis à la commission d’instruction de la Criet (Cour de répression, des infractions économiques et du terrorisme), tout le reste c’est les flagrants délits. Joel Aïvo va passer le 15 juillet. Certains de mes clients, vont passer le 27 juillet, d’autres vont passer le 9 août. Donc il faut voir, c’est depuis avril qu’on les arrêtés et puis c’est quatre mois, trois mois après qu’on va les juger…. Nous avons introduit une demande de rapprochement de date au procureur spécial… Ce n’est qu’une demande, on souhaite qu’elle soit favorablement accueillie »

« Les élections ainsi que les (…) querelles (…), c’est désormais du passé »

Le 23 mai, dans son discours, à l’investiture pour son second mandat, le chef de l’Etat a déclaré : « Les élections ainsi que les incompréhensions ou les querelles qu’elles génèrent, c’est désormais du passé. Dans la cohésion, tous ensemble, mettons-nous au travail pour consacrer définitivement le redressement de la grande nation que nous sommes, la fierté du grand Peuple que nous avons toujours été ». Invité à donner son point de vue sur ce pan du discours, Me Aboubakar Baparapé dit être tenté de se réjouir parce que comparativement au propos de Patrice Talon qui se confiait avec fermeté à Rfi, quelques semaines plus tôt, les lignes semblent bouger. Cependant, il dit être réticent à cause de certains faits  qui noircissent sa gouvernance. Il a illustré ses propos par des engagements pris, des promesses faites mais non respectées. « Donc, c’est par rapport à tout ça là que nous nous sommes dit, ah nous la prenons comme tel. Mais connaissant l’homme, il ne faudrait pas se réjouir très tôt. Il faut le laisser poser des actes concrets avant que nous ne puissions dire, enfin voilà quelqu’un qui respecte sa parole. Et on est prêt à l’accompagner dans ce sens. », a-t-il laissé entendre. Le fondement de la réticence de Me Baparapé et de l’Odhp réside, entre autres, en ce que les interpellations se poursuivent malgré cette déclaration solennelle du chef de l’Etat. «  Pendant que le chef de l’Etat a fait une déclaration aussi lumineuse, aussi rassurante, aussi apaisante, mais en sourdine on continue d’arrêter. Même aujourd’hui, là où je suis, je devais être à la Criet parce qu’il y a le responsable des étudiants du nord qui est actuellement à la Criet. Je devais l’assister. On est allé l’arrêter. Les arrestations depuis la prestation de serment ont continué de plus bel. Aujourd’hui, c’est des centaines. Avant on disait, 120, 125 ou 130. Mais aujourd’hui, c’est des centaines. Et tous les jours, on en arrête, en lien avec les événements (violences pré-électorales)… », dénonce le praticien du droit.*

 

JB

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