Directives Africaines sur les Politiques d’Assainissement (ASPG): Une opportunité pour accélérer les progrès vers l’ODD6 dans les pays

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Malgré les efforts consentis par les gouvernements et les principaux acteurs du développement, le taux d‘accès des populations à un assainissement amélioré en Afrique de l’ouest est encore faible. A moins de dix ans de l’échéance des Objectifs de Développement Durable (ODD), le Conseil des Ministres Africains en charge de l’Eau (AMCOW) a entrepris en 2017, un processus d’élaboration de Directives africaines pour des politiques d’assainissement adéquates et efficaces. Un véritable coup de pouce à saisir par les pays pour établir des priorités et allouer les ressources conséquentes afin d’éradiquer la défécation à l‘air libre et atteindre l’accès universel.

 

Selon les données de l’UNICEF et de l’OMS (JMP 2017), en Afrique de l’Ouest, 70% des populations ont accès à une eau de base à domicile, seulement 33% ont accès à des installations sanitaires de base, 35% ont accès à des installations de base pour le lavage des mains à domicile et 25% pratiquent la défécation à l’air libre. Cette situation est exacerbée en Afrique de l’ouest, notamment dans des pays confrontés à de graves crises politiques et sécuritaires. Dans le rapport « Afrique : quand les défis de l’eau et de l’assainissement rencontrent le Covid 19 en Afrique de l’ouest et centrale » publié le 28 avril 2020 par l’organisme humanitaire Solidarités International, on estime qu’au Mali, plus de 1,4 millions de personnes ont besoin d’une assistance d’urgence en eau, hygiène et assainissement, et 1,9 millions de personnes au Burkina-Faso et au Cameroun. Dans des pays connaissant des déplacements massifs dus aux attaques terroristes comme au Burkina Faso qui compte plus d’un million de déplacés internes, les conditions de l’accès à l’eau et à l’assainissement se détériorent et les infrastructures sont sous pression dans les zones d’accueil. A cela, il faut ajouter la pandémie du Covid-19 en cours qui cause une crise sanitaire et économique mondiale creusant davantage les inégalités en matière d’accès à l’eau et à l’assainissement en Afrique de l’ouest.

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Depuis plusieurs décennies, les pays de l’espace francophone en Afrique de l’ouest restent confrontés à une crise de l’assainissement. Plusieurs facteurs expliquent cette « impuissance » des États à répondre à cette crise qui n’est pas sans conséquence sur les populations surtout les plus pauvres et les plus marginalisées. Au nombre de ces facteurs qui conduisent à une mauvaise qualité de services d’assainissement, les politiques d’assainissement sont pointées du doigt. Car, à cause d’un manque d’approche holistique, d’actions coordonnées et de clarté, les politiques d’assainissement ne répondent pas à l’urgence que constitue cette crise.

Vers des politiques d’assainissement efficaces

Prévues pour être lancées le 10 juin 2021, le processus de développement des ASPG a débuté en 2017.  En collaboration avec l‘Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Centre pour la Sécurité et la Coopération sur l’Eau (CWSC), Speak Up Africa et l’appui technique et financier de la Fondation Bill et Melinda Gates (BMGF), le Conseil des Ministres Africains chargés de l’Eau (AMCOW) a décidé de renforcer les efforts faits dans les pays en les incitant, à revisiter les politiques d’assainissement ayant montré leurs limites.

Les lignes directrices ambitionnent ainsi, de contribuer à l’atteindre les objectifs de la Déclaration de Ngor et les ODD. Elles invitent pour ce faire, les pays africains à améliorer le cadre juridique de l‘assainissement qui comportent un ensemble d‘orientations visant à renforcer la création d’un environnement favorable pour l‘assainissement en Afrique.

Ainsi, les Directives africaines pour l’élaboration de politiques d’assainissement (ASPG) constituent un cadre qui fournira des orientations aux pays sur ce qui est une politique d‘assainissement idéale. Pour le Secrétaire Exécutif du Conseil des Ministres Africains chargés de l’Eau (AMCOW), Dr Canisius Kanangire, « ces lignes directrices sont destinées à faciliter la prise de décision basée sur des données probantes à fort impact ». Il soutient que pour AMCOW, il s’agit de soutenir les pays à « promouvoir des politiques et des processus décisionnels basés sur des données de qualité dans le secteur de l’eau et de l’assainissement, accompagnés d’un suivi et d’une évaluation solides ». Les pays africains devraient s’aligner sur ces lignes directrices pour enfin, accorder à l’assainissement, une attention particulière.

Pour l’heure, dans certains pays pilotes, une étude réalisée a permis d’évaluer les politiques d’assainissement et de mettre en lumière, les gaps de financement pour atteindre l’accès universel. Les résultats de ces études pilotes sont connus et rendus aux autorités compétentes pour les convaincre de la nécessité et de l’urgence de passer à l’action. Pour l’expert sénégalais en assainissement et membre du comité scientifique du forum mondial de l’eau, Dr Pape Samba Diop, « l’avènement de ces directives est salutaire et devrait permettre de mieux faire ressortir le lien entre l’assainissement et la santé afin de mobiliser les ressources conséquentes » pour financer ce secteur longtemps laissé-pour-compte dans les budgets des différents pays. Car, explique-t-il, « investir 1Francs dans l’assainissement permet de réduire de 500 Francs les dépenses de santé liées aux maladies hydriques ».  L’application de ces directives est attendu de tous les acteurs pour donner un souffle nouveau ou sonner la renaissance du secteur. Parce que conclut l’expert sénégalais en assainissement, Dr Pape Samba Diop, « les investissements en matière d’assainissement sont bénéfiques et ne devraient pas être vus comme une solution par défaut ».

 

Accélérer les progrès dans les pays

Il n’y a pas de doute. Les nouvelles directives constituent un véritable raccourci pour aider les gouvernements et les parties prenantes à, non seulement prioriser l’assainissement mais aussi, allouer les ressources conséquentes pour répondre à la crise de l’assainissement. Elles font référence et s’appuient sur les engagements d‘AfricaSan et eThekwini en matière d‘assainissement et d‘hygiène, la Déclaration de Charm el-Cheikh, la Déclaration de Ngor, les Orientations de l‘OMS en matière d‘assainissement ainsi les Objectifs de développement durable (ODD).

 Les ASPG ont aussi l’avantage de renforcer les efforts d‘assainissement actuels tout en étant adaptés à chaque pays. Des consultations nationales avec les parties prenantes sur l’ensemble du continent sont organisées dans 29 pays, avec tous les acteurs clés impliqués dans le secteur de l’assainissement. Pour AMCOW, ces réunions sont l’occasion de « souligner l‘importance de politiques d’assainissement claires et de sensibiliser les acteurs aux ASPG ». Notons que les directives ciblent principalement les décideurs, les responsables de la mise en œuvre des politiques d’assainissement au sein des États membres, les responsables des portefeuilles d‘assainissement, d‘eau, de finance et d‘éducation. Également, les parlements, les autorités locales, les Oorganisations de la société civile et les Ppartenaires techniques et financiers constituent des cibles clés.

Les Lignes directrices pour l’élaboration de politiques d’assainissement (ASPG) offrent donc une occasion aux pays d’accélérer les progrès pour que personne ne soit laissé de côté.

 

Alain TOSSOUNON

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