Un mois après les violences préélectorales: Bantè entre anxiété et méfiance

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Avec les morts, les blessés et les dégâts matériels enregistrés au sein de sa population, Bantè a été l’une des communes du Bénin ayant fait l’actualité aux plans national et internationale pendant la période préélectorale. Un mois après le scrutin présidentiel qui s’est déroulé sur fond de violentes manifestations, Matin Libre fait une descente sur le terrain pour investiguer, toucher du doigt la réalité. L’Ambiance dans la ville, le bilan post échauffourées, et le micmac à la mairie avec les arrestations de conseillers communaux et la suspension du désormais ex-maire, seront le menu d’une série de productions.  

 

Bantè, dans le département des Collines, à environ 300 kilomètres de Cotonou, du jeudi de Ramadan et d’Ascension jusqu’au week-end, la commune s’est animée relativement.  Ateliers, bars, restaurants, écoles, divers services de l’administration publique et autres commerces ouvrent normalement. Les gens vaquent à leurs occupations. Dans la rue, ça circule et même dans les champs, ça travaille. Selon plusieurs habitants, c’est le quotidien depuis le dégagement, par l’armée, des voies barricadées et surtout le retour au calme des armes. Visiblement un mois après l’élection présidentielle du 11 avril 2021, la vie a repris à Bantè. « Je ne me mêle pas de la politique, donc je ne peux pas me prononcer par rapport à comment les choses se sont passées. Mais, on a dû quitter notre maison, ma famille et moi, pendant cette période-là. On était en congé. On est parti et on est revenu après, quand les choses se sont calmées », relate Alphone Sossou, Directeur de l’Ecole primaire publique groupe A (et B) d’Akpassi, un des neufs arrondissements que compte la commune. Même son de cloche chez dame Diane Akpo, responsable d’un restaurant, toujours dans Akpassi, qui confie que la veille des violences, son mari, ses enfants, les filles serveuses du bar et elle-même se sont repliés sur leur commune d’origine, Savalou. Ce n’est qu’après quatre jours qu’ils sont revenus et elle a repris ses activités. « Quand nous avons rouvert, ce n’est plus la même affluence. La clientèle a chuté, on ne vend plus comme avant ; beaucoup auraient quitté la commune », se plaint-elle, dépitée. Dans l’arrondissement de Gouka, par contre, même si dame Pélagie Ganfon, responsable d’une buvette est encore sous le choc de la fusillade au portail d’un fils à son époux, tué par les militaires lors des échauffourées ; ce qui a entraîné la fermeture sur deux semaines de la buvette, elle ne se lamente pas pour autant après la réouverture. Elle a fait savoir que les clients viennent.  « Au début, quand on a repris, il y avait assez d’absents, mais au compte-gouttes ils sont revenus. Maintenant l’effectif est au complet, tout va bien dans toutes les classes. Tous les enseignants sont aussi présents. (…) », a déclaré le Directeur de l’Epp Akpassi, groupe A, faisant ainsi l’état des lieux dans son école qui a également le groupe B. Au sujet de l’état d’âme qui est le sien après ces violences, Alphonse Sossou affiche une sérénité inouie. « Moi je n’ai plus peur puisque je me suis dit c’est passé. Les élections sont passées, on n’a plus à avoir peur », a-t-il confié. Cap après sur le Collège d’enseignement (Ceg) 1 de Bantè, dans l’arrondissement central. Vendredi 14 mai, entre 10h30 et 11h, les élèves étaient en plein devoir ; d’autres croisés dans la cour avaient fini et rentraient. Ils nous aident à vite repérer la direction de l’établissement. En l’absence du directeur, c’est le censorat qui était ouvert. Nous nous y dirigeâmes quand le censeur s’est pointé au seuil de la salle des professeurs, quelques copies de devoir et épreuves disposées sur une table devant, à l’intérieur. En plus du censeur, dans la salle, un enseignant très concentré, comme un élève qui compose, répond à peine à notre salutation. Les présentations entre temps effectuées, l’objet de notre visite exposé, le censeur dit n’ayant pas plein pouvoir pour nous fournir les informations sur la reprise des cours dans ce collège après les violences de la période électorale. Il s’excusa et se retira, le temps d’aller appeler au téléphone le directeur par rapport à la conduite à tenir. Quelques minutes plus tard, il revient et nous demande, de façon courtoise tout de même, si nous avions d’abord pris par la Direction départementale en charge de l’enseignement secondaire. Pour couper court à un dialogue de sourds qui pourrait naître, nous regagnâmes tranquillement le grand portail du collège, prenant ainsi congé de notre interlocuteur. Loin du labyrinthe administratif duquel on ne serait peut-être pas encore sorti,  Jacob Worou, un jeune natif de la commune, se prêta à l’exercice même s’il a fallu d’abord s’expliquer et rassurer. « Le calme est revenu, mais pas trop parce que beaucoup se méfient maintenant. Beaucoup n’arrivent même plus à parler, à prononcer le nom du chef de l’Etat, certains ont dû quitter la commune », a-t-il indiqué. « Nous, on a peur maintenant hein ; même pour manger c’est un peu difficile, on n’arrive pas à sortir, on n’a pas le cœur aisé puisque le décès de notre frère nous a découragés à Akpassi », raconte ensuite  Job Y., un autre jeune.

Un détachement de l’armée encore présent

 Comme constat de l’ambiance qui prévaut dans la commune de Bantè, à côté de la vie qui a repris sur fond d’interpellations de présumés auteurs, instigateurs et complices des violences, il y a qu’à Gouka, devant la Clcam à 100 m du complexe scolaire, un blindé appelé char par certains y est positionné. Non loin de là, sur le même alignement dans l’enceinte d’un vaste terrain clôturé, une ‘’base militaire’’. Plusieurs tentes y sont dressées avec d’autres blindés qui y seraient parqués. Si de l’extérieur les tentes, elles, sont visibles une fois sur la montée de la voie, il est par contre difficile voire impossible d’apercevoir les blindés. Cependant, au commissariat de l’arrondissement de Bantè, tout passager depuis le goudron peut voir une autre ‘’base militaire’’ avec un blindé et une dizaine de tentes dans la cour où les militaires sont aux aguets.  Des patrouilles aussi bien diurnes que nocturnes sont faites tous les jours par l’armée et la police, selon plusieurs sources rencontrées sur place. Nous en avons été d’ailleurs témoin, vendredi autour de 9h 15 devant l’Internat du complexe scolaire Saint Michel d’Akpassi, à environ 3,5 kms de l’arrondissement central. Dans un pick-up blanc, armes au point et assis dos à dos derrière, ils sont passés, venant de leur base. Ça regardait de part et d’autre du goudron. Toutes choses qui participent de l’état d’anxiété et de méfiance dans lequel vit aujourd’hui Bantè. En témoignent subséquemment les difficultés rencontrées sur le terrain pour avoir des interviewés et aborder certains angles de sujets.

Jacques BOCO

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