Les Tp ‘’Poly-Rythmo de Cotonou’’: L’épopée des ‘’Beatles’’ béninois

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C’est, sans conjecture, l’orchestre mythique du Bénin des années 70. Ce groupe a dominé la scène musicale béninoise et a régné sans partage sur le microsillon du pays et de la sous-région jusqu’au  début des années 90.

 

Poly-Rytmo est né de la scission en 1968 au sein de l’orchestre “Sunny Black Band de Cotonou” du Dr Achille Johnny.

Melomè Clément et  Lohento Eskill avaient conduit le mouvement. Reclus pendant 2ans pour s’entraîner, ils ont recruté les virtuoses du monde musical de Cotonou et fait une entrée triomphale sur scène avec des instruments nouveaux pour l’époque, surtout la batterie à sept caisses, jouée de façon spectaculaire par Yehouessi Léopold. Ils ont introduit également de nouvelles façons de jouer les guitares et les instruments, de se mouvoir sur scène dans une chorégraphie parfaitement construite. Chaque membre de l’orchestre était, à lui tout seul, une attraction. Le groupe Poly-Rythmo a enrichi le style musical béninois de l’époque, en y important le Jerk, l’afrobeat, le soukous, la rumba exécutée à la congolaise, avec une panoplie d’instruments modernes, soutenus par une acoustique nouvelle. Chaque membre sur scène avait son micro.

Dans un concert du Poly-Rythmo, il y avait donc d’abord les riches instruments à regarder avant même le début du spectacle. C’était un orchestre multi-rythmes. Les membres, c’était Melomè Clément alias Méloclem, guitariste et chef d’orchestre, Lohento Eskyl, le lead vocal, Zoundegon  Bernard alias Papillon, guitare solo, piano/orgue, Loko Pierre, trompettiste, Adjanohoun Maximus pour la guitare rythmique, Bentho Gustave, l’as de la guitare basse, le batteur Yehouessi Léopold, les chanteurs Ahéhéhinnou Vincent, Amènoudji Vicky, Mathurin aux congas. Un peu plus tard s’y ajouteront Agbemadon Paul Gabo, chanteur, Koné (doyen) saxophoniste Malien.

À leur apogée, vers la fin de la décennie 70, l’orchestre a pris le nom de “Tout Puissant Poly-Rythmo de Cotonou”. Il a représenté brillamment le Bénin en 1977 au Festival des arts et de la culture (Festac) de Lagos.

Les meilleurs répertoires béninois sur la période révolutionnaire sont signés par cet orchestre qui a fini par être adopté par le pouvoir politique de l’époque. Peu s’en fallait, “L’aube nouvelle”, l’hymne national du Benin, allait être remplacé par… “Sois Fière Terre Béninoise”, joué en boucle sur les ondes de la radio nationale, La Voix de la Révolution, pour réveiller le peuple et les militants de la révolution.

Pour toutes les vedettes internationales devant se produire à Cotonou, se faire accompagner par le Poly-Rythmo était quasi obligé quand on voulait avoir un impact sur le public. Quant aux artistes locaux, c’est en se faisant accompagner par Poly-Rythmo que leurs albums avaient la chance de monter au hit-parade. C’était le seul orchestre disposant des musiciens et des instruments aux normes internationales.

L’album illustrant cette puissance musicale du “Tout puissant Poly-Rythmo” a été lancé dans les bac-offices en 1982 avec le tube phare “Yemalin” . Quand on écoute ce morceau, ainsi que d’autres titres comme “Aguéchiéka”, “Reggae is your food” , on admet que le groupe est un concentré de compétences musicales au plus haut niveau.

L’inégalable Papillon s’y est illustré en maître à l’orgue et au piano, comme s’il avait senti que ce serait sa dernière fois. Et effectivement, malheureusement, il tire sa révérence en cette année-là même.

Dans la salsa “Yémalin”, la partition piano de Papillon n’a pu jamais être reprise à l’identique par ses remplaçants. Aucun musicien de l’orchestre n’a pourtant fait un conservatoire de musique moderne. Cependant, les talents étaient là, immenses, reconnus et salués partout dans la sous-région. Qui étaient-ils ? Simplement un ensemble de passionnés, de self-made-men, de virtuoses de la musique béninoise. Le groupe a eu l’intelligence de se construire autour d’une organisation interne solide qui lui a permis de survivre à ses pères fondateurs dignement représentés aujourd’hui par Ahéhéhinnou Vincent et Bentho Gustave.

 Aristide Gbogbohoundada

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