Bénin/Une opposante en prison: Reckya Madougou, seule face à son destin

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44 jours déjà que Reckya Madougou a été interpellée et incarcérée à la maison d’arrêt d’Akpro-Missérété. Candidate désignée du parti “Les Démocrates” à l’élection présidentielle du 11 avril dernier, elle portait la voix de l’opposition et les préceptes d’une nouvelle manière de gouverner. Mais depuis son arrestation, l’engouement de départ autour d’elle a cédé à  une indifférence. Surtout de la part de son parti “Les Démocrates”. Matin Libre a fait le constat.

 

A force de le constater, on est bien tenté de s’interroger si Reckya Madougou n’est pas seule face à son destin. Du moins à la lumière non seulement de l’inactivisme du parti dont elle devrait en toute légitimité défendre les couleurs au scrutin du dimanche dernier, mais aussi au niveau de l’indifférence de certains de ses membres. Puisqu’on le sait ! Son interpellation fut à tout point de vue spectaculaire. Et son incarcération vue d’ailleurs par la presse internationale et bien d’observateurs comme une machination politique. N’empêche, l’ancienne Garde des Sceaux et ministre de la Justice est en détention provisoire depuis lors. Certes, l’accusation avance des faits d’association de malfaiteurs et de terrorisme. Et même si aucune preuve matérielle n’a encore été avancée de façon concrète à l’opinion publique, rien n’est fait jusqu’ici par le parti “Les Démocrates” pour soutenir et laver l’honneur de Reckya Madougou.

Tenez ! Depuis qu’elle a été mise sous mandat de dépôt, le parti “Les Démocrates” n’a jamais, dans une stratégie collective et offensive, défendu l’innocence de l’ancienne conseillère du chef de l’Etat togolais. Exit les communiqués-valises ! Selon des sources informées et recoupées, depuis le soir de son incarcération, le parti est resté amorphe sur son sort. Des 78 membres des organes dirigeants du parti, seulement quelques-uns ont manifesté personnellement leur engagement et plutôt leur amitié pour la nouvelle situation de Reckya Madougou. Un des responsables de premier plan du parti s’était rendu à son domicile familial dans un quartier de Cotonou après son incarcération, nous indique des sources externes. Une heure après, il a, sous un prétexte peut-être légitime mais à la limite fallacieux, faussé compagnie à la famille. Depuis lors, il n’a plus remis pied et ne s’est plus d’ailleurs informé de la situation de la candidate de son parti, ni auprès de la famille, encore moins de l’appareil judiciaire.

Certes, des contacts au niveau de l’établissement pénitencier d’Akpro-Missérété informent de sa présence au lendemain de l’incarcération de Reckya Madougou. Mais, toujours est-il que la présence d’une des figures importantes du parti a fait défaut dans la mobilisation souhaitée au profit de la candidate exclue. En dehors de cette dernière, c’est l’attitude même du parti qui est mise en cause. Selon nos informations, à ce jour, aucune stratégie, aussi bien d’un point de vue de déploiement politique que de la communication, n’a nullement été retenue pour soutenir ou plaider pour la libération de la candidate. En dehors de quelques épars communiqués, le parti “Les Démocrates” n’a entrepris aucune action d’envergure entrant dans le cadre d’une plaidoirie politique pour la libération de celle dont le dossier d’accusation est, en toute évidence, vide. Du moins, c’est ce qui est constaté.

Si cette attitude, à la limite de l’hypocrisie au sein du parti, révèle en partie, l’absence d’unanimité autour des dissensions liées à la désignation de la candidate, elle illustre la vérité d’une infiltration et une présence des agents du pouvoir au sein du parti. Mieux, c’est le comportement de ceux qui, en dehors du parti, se réclamaient de la même ligne politique que celle de l’opposition portée par Reckya Madougou qui étonne. On évoquait récemment le silence presque coupable de Moïse Kérékou, candidat du Front pour la Restauration de la Démocratie (FRD) et qui était une pièce maitresse dans la manifestation de la vérité à propos des  déclarations de son frère, Modeste Kérékou. Mais à l’arrivée, aucun d’eux ne s’est préoccupé du sort de Reckya Madougou. Tant du point de vue d’assistance et de mobilisation politique, que de l’intérêt et de la préoccupation judiciaire. En vérité Reckya Madougou se retrouve seule. Aucun d’eux, ne peut aujourd’hui affirmer avec force et conviction l’étape réelle du dossier de l’égérie du parti ‘’Les Démocrates’’.

Seuls le collectif des avocats au Bénin et Me Mario Stasi à l’international continuent de se préoccuper du sort de leur cliente. Même la presse internationale, sans prendre parti, a, dans une grande majorité, relevé le caractère grotesque de l’accusation, ses incohérences et la descente aux enfers de la démocratie béninoise. Rien à voir avec l’hypocrisie non seulement de la famille politique de Reckya Madougou. Puisque désormais, détenue en prison, elle est moins aussi bien pour ses alliés et le parti “Les Démocrates” un enjeu clé de la restauration souhaitée de la démocratie et une rupture dans l’offre de gouvernance. Et s’il en est ainsi, c’est vraiment ignorer les raisons pour lesquelles, cette femme a refusé de prendre l’exil ou la fuite. Dont acte !

M.M

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