JIF 2021/Impact Covid-19: Aouale Mohamed Abchir parle de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes

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« Leadership féminin : pour un futur égalitaire dans le monde de la COVID-19 », c’est le thème retenu par les Nations Unies pour célébrer la Journée internationale des femmes, édition 2021. Pour rendre hommage à toutes ces braves et vaillantes femmes, le Représentant Résident du PNUD au Bénin, Aouale Mohamed Abchir, face aux professionnels des médias, fait l’état de l’implication du PNUD dans la promotion du genre et de l’autonomisation des femmes au Bénin.

 

Bonjour M. Le Représentant Résident. La promotion de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes est un pan non négligeable des activités de votre institution, qui visent à aider les pays, notamment africains, à éliminer la pauvreté et à réduire les inégalités et l’exclusion. Quelles sont les vraies motivations du PNUD ?

Je citerai trois motivations. La première motivation fondamentale est que la promotion de l’égalité des sexes est avant tout un droit humain. Les femmes et les filles doivent pleinement jouir de leurs droits. La deuxième motivation, elle est évidente lorsqu’on se pose la question suivante : un pays peut-il se passer de la moitié de sa population ; peut-il avancer et réaliser des progrès sans la moitié de sa population ? Evidemment non, et il faut en tenir compte.  D’ailleurs, des études que nous avons réalisées en 2016 ont montré que le manque à gagner dû à la faible implication des femmes dans les programmes de développement se chiffre, à peu près, à 95 milliards de dollars par an pour l’Afrique sub-saharienne. Ce qui représente, à peu près, 6% du PIB des pays. C’est énorme. Pour nous, la promotion de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes est d’abord et avant tout aussi, une question de développement. L’implication des femmes est la clé de tout progrès. Troisième motivation, c’est l’effet multiplicateur. Appuyer les femmes et les filles a des implications au-delà de la personne. Cela a des implications pour les femmes, évidement, mais aussi pour les familles, pour les communautés et aussi des implications très fortes pour le progrès dans un pays. Adresser cet objectif de développement durable (ODD) en particulier permet également d’adresser tous les autres ODD. Avec des actions dans ce domaine, on est capable de réaliser des progrès au niveau de tous les autres ODD.

Quelles sont les stratégies que vous mettez en œuvre pour faire ces progrès ? Quelle est concrètement la stratégie que met en œuvre le PNUD pour atteindre cet objectif ?

Le PNUD met en œuvre plusieurs stratégies. La première est au niveau stratégique en tant que Programme des Nations Unies pour le développement et en cohérence avec tout le Système des Nations Unies. Nous ne sommes pas les seuls d’ailleurs, d’autres partenaires techniques et financiers sont impliqués dans cette thématique aussi.  L’égalité homme-femme est une problématique transversale. Nous en tenons compte dans tout ce que nous faisons au niveau stratégique et au niveau opérationnel. C’est un élément important de toute notre programmation. Nous l’avons à l’esprit tous les jours. La deuxième approche stratégique concerne l’autonomisation des femmes. Pour nous, l’autonomisation des femmes est la clé de tout développement. Nous en faisons un principe de base dans toutes les actions que nous entreprenons. La troisième approche consiste à enlever tous les obstacles, qu’ils soient historiques, culturels ou économiques, pour que les femmes et les filles puissent pleinement jouir de tous leurs droits, qu’elles puissent contribuer, à travers leur leadership au développement économique. Une fois ces obstacles levés, des opportunités doivent être données aux femmes. La première de ces opportunités est relative aux emplois décents et durables. C’est ce à quoi nous nous attelons à travers nos interventions. Ensuite, nous appuyons toutes les actions destinées à promouvoir la participation de la femme. La voix de la femme doit être entendue, la femme doit avoir sa place là où les décisions sont prises et elle doit pouvoir participer à l’élaboration, à l’orientation de toutes les actions qui sont faites au niveau national. C’est très important et c’est l’une des actions sur lesquelles nous insistons.

Que faut-il faire concrètement pour la participation des femmes dans les instances de décision ?

Des actions dans ce sens sont nécessaires à plusieurs niveaux. Tout d’abord le plaidoyer et les sensibilisations que nous sommes en train de mener sont très importants. Dans certains pays les femmes ne sont même pas au courant de leurs droits. Ensuite, il est important de travailler avec le gouvernement en ce qui concerne les textes. Beaucoup de progrès ont été réalisés dans le cas du Bénin sur les textes législatifs, au niveau de la Constitution pour que ces éléments fassent partie intégrante des textes du pays. Des opportunités doivent être données aux femmes pour qu’elles puissent s’exprimer, partager leurs idées et leurs ambitions.

Le thème retenu pour la Journée Internationale des Femmes, Edition 2021 est en parfaite cohérence avec le thème prioritaire de la 65ème session de la Commission de la condition de la femme, deux thèmes qui aspirent à faire de l’égalité des sexes une priorité mondiale. Le choix du thème de cette année est-il fortuit ?

Comme vous le savez, la Covid 19 a eu un impact énorme sur les femmes. Covid 19 a mis en exergue tout ce qui ne fonctionnait pas dans nos sociétés, les vulnérabilités qui existent. Les femmes sont sur la ligne de front. Elles ont été impactées à plusieurs niveaux, d’abord et avant tout sur le plan économique. En Afrique, le secteur informel est très important et représente plus de 60% des activités économiques. Les femmes jouent un rôle très important dans ce secteur et elles ont été impactées quand les mesures anti-Covid ont été mises en place. Deuxièmement, sur le plan social, à cause des mesures de confinement qui ont été prises, nous avons assisté dans certains pays, et aussi au Bénin, à une recrudescence de certains types de violences à l’égard des femmes, qui ont augmenté en nombre. Le thème de cette année permet de célébrer le rôle des femmes. C’est aussi pour nous l’opportunité d’attirer l’attention des décideurs et des gouvernements pour leur montrer la nécessité de repenser le futur. On ne peut plus, et surtout avec les leçons que nous avons tirées de la Covid maintenant, penser de la même manière qu’avant. On ne peut plus continuer de ne pas engager les femmes et les filles dans les programmes de développement. Repenser le futur c’est aussi repenser la manière dont nous allons adresser les questions de relèvement post Covid. Les femmes doivent jouer un rôle très important pour que ce relèvement soit égalitaire, juste et durable.

Monsieur Mohamed Abchir, que fait concrètement le PNUD pour éliminer la discrimination sexo-spécifique qui constitue l’un des obstacles que tant de femmes doivent franchir pour mener la vie productive et épanouissante qu’elles méritent ?

 Nous continuerons de faire le plaidoyer, de donner des conseils, de partager les bonnes pratiques. Nous continuerons d’appuyer l’autonomisation des femmes à travers notre Programme-pays qui couvre la période 2019-2023. Nous avons deux axes d’intervention. Le premier tourne autour de la croissance inclusive et durable, et le deuxième autour de la démocratie, l’état de droit et la bonne gouvernance. Concernant le premier axe, j’ai déjà mentionné un certain nombre d’activités que nous faisons autour de l’emploi. Nous sommes par exemple en train de collaborer avec certaines institutions nationales pour qu’il y ait de plus en plus de femmes entrepreneures. Nous menons beaucoup d’activités dans ce domaine, et également au niveau communautaire.

Récemment, nous avons appuyé 2700 personnes handicapées parmi lesquelles environ 850 femmes.

Dans le deuxième axe, il s’agit de accès à la justice, tout ce qui est lié aux violences faites aux femmes, aux textes juridiques. Il est aussi inclus l’intégration de la thématique égalité homme-femme dans tous les programmes dans tous les secteurs, en collaboration avec la partie nationale. Cela signifie aussi qu’il faut renforcer les capacités. Nous le faisons au sein du Système des Nations Unies et aussi au niveau de la partie nationale. D’ailleurs, le PNUD Bénin a été récompensé cette année par un prix, la médaille d’argent dans le cadre du « Gender Equality Seal » pour son engagement sur les questions d’égalité homme-femme, pour ce que nous faisons à l’intérieur du Bureau en termes de recrutement et toutes les actions que nous menons sur le terrain dans l’optique de la promotion de l’égalité des sexes.

Que ressentez-vous au contact des femmes quand vous-vous rendez sur le terrain ?

Ce que j’ai vu est impressionnant. J’ai eu le temps de me rendre dans certaines localités pour visiter nos projets. Je citerai le Projet commune du millénaire de Bonou et les femmes maraichères du Projet moyens de subsistance durables à Avrankou. Malgré les restrictions liées à la Covid et l’impact que la fermeture de la frontière avec le Nigéria a eu sur leurs activités, je n’ai jamais vu autant de motivation, autant d’énergie. L’énergie qu’elles dégagent nous donne envie de ne pas les laisser tomber. Nous sommes en train de trouver des solutions pour qu’elles augmentent leur production. Nous pourrons leur trouver des marchés, même au niveau local, avec certaines institutions ici. Nous sommes en interaction avec le Programme Alimentaire Mondial avec lequel nous avons récemment signé un partenariat pour qu’il puisse acheter la production de ces femmes afin d’alimenter les cantines scolaires.

Pensez-vous que l’ODD 5 et les cibles prioritaires retenues par le Bénin sont en bonne voie d’exécution, et que diriez-vous de l’ODD 16 relatif à l’avènement de sociétés pacifiques et ouvertes à tous ?

Il faut préciser que le Bénin s’est engagé sur deux cibles sur cinq en ce qui concerne l’ODD 5. La première étant l’élimination de tout ce qui est lié aux discriminations et la deuxième cible relative au rôle de la femme dans les postes de direction. Des progrès ont été accomplis. Des textes juridiques ont été élaborés, y compris au niveau de la Constitution. Des défis sont toujours là et on a encore beaucoup de travail à faire ensemble, parce que ce n’est pas seulement de la responsabilité du gouvernement. La communauté internationale est là aussi pour appuyer ce domaine. Au niveau ministériel, j’ai vu qu’énormément de progrès ont été faits pour avoir de plus en plus de femmes. Des études ont fait ressortir qu’il y a des domaines où des progrès devaient être faits davantage, par exemple au niveau des maires, des conseillers locaux, du Parlement. Il faut reconnaître ce qui a été fait et apprécier l’engagement des autorités sur ces questions-là.

Parlant de paix, je ferai référence à une étude que nous avons réalisée récemment dans le cadre de la gestion des conflits de manière générale et qui montre que, quand les femmes sont impliquées, cela donne beaucoup plus de chance à un accord de paix en termes de pérennité.

A l’occasion de la journée 8 mars, il y a-t-il des actions que vous comptez mener à l’endroit des femmes ou un message particulier à adresser à la gent féminine ?

Ce sont des actions de sensibilisation, toutes les activités que nous faisons autour des rapports et études qui montrent l’impact de la non-implication des femmes. Nous allons continuer le plaidoyer, continuer à travailler sur cette thématique et pas seulement la journée du 8 mars mais tout le reste de l’année.

Pour les messages à passer, je dirai qu’il faut être courageux pour essayer de supprimer toutes ces barrières qui sont des obstacles à l’épanouissement de la femme. Ensuite, et pour rester dans le cadre de la Covid, toutes les analyses que nous avons faites montrant clairement la nécessité de repenser la manière dont nous sommes en train de réfléchir. Si nous voulons un relèvement égalitaire, durable et juste, la femme doit jouer un rôle central sur cette question. Enfin, la presse doit continuer de communiquer autour de cette thématique.

Je terminerai avec le chiffre de 130 années, qui est l’estimation faite pour arriver à une parité totale au niveau des chefs d’Etats et chefs de gouvernements dans le monde, et le chiffre de 260 années à peu près qui est l’estimation pour qu’on ait une égalité au niveau économique. Je suis sûr et certain que le Bénin n’aura pas besoin de 130 ans et 260 ans pour arriver à cette égalité. Le pays est déjà bien parti pour des changements radicaux.

 Propos recueillis par Thomas AZANMASSO

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