Dissémination du Rapport sur le développement humain 2020: Ginette Mondongou Camara fait le point à mi-parcours

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Après les universitaires, les chercheurs, les membres de la société civile, les acteurs du secteur privé, c’est au tour des cadres des ministères sectoriels, de mener les discussions ce jeudi 25 février 2021, dans le cadre de la dissémination du Rapport sur le développement humain 2020, organisée par le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud). A mi-parcours, l’Économiste principale du Pnud, Ginette Mondongou Camara a, dans un entretien accordé à la presse, fait le point des discussions, tout en dégageant les perspectives pour l’avenir. Lisez plutôt.

 

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Nous sommes au terme du 3e jour de dissémination du Rapport sur le développement humain, qui a réuni les universitaires, la Société civile et les cadres des ministères. Que peut-on retenir des débats à mi-parcours du processus?

Ce que je retiens surtout sur la base de ces trois premiers jours de dissémination du rapport sur le développement humain 2020, je rappelle que le titre de ce rapport c’est «  La prochaine frontière du développement humain et l’anthropocène »…. Dans ce rapport, la thématique principale, c’est de savoir que, selon les scientifiques, nous rentrons dans une nouvelle ère géologique, qui est telle que l’action de l’homme est en train d’impacter le devenir de la planète et à  ce moment-là, malheureusement, cet impact est négatif. Et comme l’homme a ce pouvoir d’impacter le devenir de la planète, et que pour l’instant, ses actions ont des impacts négatifs, l’homme aussi a le pouvoir d’inverser la tendance, en changeant son comportement pour que l’impact, au lieu qu’il soit négatif, devienne positif. Les discussions ont donc tourné autour de ce rapport qui comporte trois parties.

Une première partie qui présente le constat des bouleversements que notre planète subit, parallèlement aux bouleversements que nos peuples subissent parce que  dans ce constat de la première partie, on voit qu’il y a une interaction entre le bouleversement de la planète et des bouleversements au niveau des inégalités. Par exemple, quand il y a des inondations malheureusement, ce sont dans les pays les plus pauvres que l’impact négatif va se ressentir à l’interne, parce que nous n’avons pas les moyens de soutenir ceux qui ont subi les inondations, nous n’avons pas les moyens de mettre en place des infrastructures pour bloquer les inondations. Donc on devient encore plus pauvre avec ces changements climatiques, alors que les pays les plus riches qui ont les moyens de se reloger après l’inondation, après des incendies, se relèveront rapidement et leurs richesses et vont donc continuer. Donc il y a une interaction où les bouleversements planétaires se mélangent avec les bouleversements sociaux, augmentent les inégalités, etc. Le constat est que vous avez vu ses incendies sur des mois et des mois, en Australie, aux États-Unis, etc, donc nous rentrons dans une dimension écologique vraiment dramatique pour l’humanité. Et donc, le constat il est là et la Covid-19 a montré que le monde est interconnecté, nous sommes tous dans le même bateau, et nous devons avancer ensemble de la meilleure manière. On a vu aussi qu’effectivement, l’homme a un impact sur la planète, on a vu quand il y a eu le confinement, miraculeusement, il y a eu moins de dégâts pour la planète. Donc cela veut véritablement dire que l’homme a un impact négatif et qu’on peut corriger cela.

La deuxième partie du rapport, indique comment nous pouvons corriger cela, principalement par le biais de trois éléments, d’abord, comportemental, nos normes doivent changer, on  doit changer de comportement. Deuxièmement, il nous faut des incitations pour changer de comportement, que ce soit des incitations financières, sous forme de prix, (on augmente le prix du carburant et on subventionne l’énergie solaire, et comme incitations, on peut aussi utiliser les solutions basées sur la nature qui existent et qu’on doit mettre à notre disposition).

La troisième partie du rapport indique qu’il faut qu’on fasse très attention dorénavant dans nos comportements, dans nos politiques. Le nouvel indice de développement qui a été calculé, …. L’indice de développement classique, on le sait, mesure le développement sur le minimum que l’homme doit avoir, la santé, l’éducation, le revenu qui permet un certain niveau  de vie. En dehors de cet indice classique que nous utilisons tous, le rapport met en place d’autres indices pour jauger nos évolutions et il a été rajouté cette-fois-ci, un indice de développement humain basé sur la planète. Cet indice de développement humain indique que si nous nous développons en détruisant la planète, le contre-choc revient sur nous, puisque les changements climatiques vont nous impacter en retour négativement. Ce qui veut dire que ce développement humain n’est pas durable. A un moment ou à un autre, il y a le retour de bâton. Donc s’il y a inondation, tout ce qu’on a construit est détruit  et on revient en arrière. Donc il faut comprendre absolument, qu’on inclut l’aspect de la protection de la planète dans le processus de développement humain. On a créé cet indice sur le développement humain, qui prend en compte l’impact sur la planète, ce qui est mesuré par la capacité des pays à émettre des gaz à effet de serre et par empreinte carbone, par rapport à tout ce qu’ils font et qui augmente les émissions de gaz à effet de serre, et on a mesuré pour chaque pays, cette capacité à produire des émissions à effet de serre et on va déduire proportionnellement cette potentialité à créer ces émissions de gaz à effet de serre, de leur niveau de développement humain de base. Et de ce fait, par exemple, vous verrez que les  pays qui font beaucoup d’émissions de gaz à effet de serre, si on déduit le mal qu’ils font à la nature, on va considérer un développement humain potentiellement moindre que si on ne prenait pas cela en compte. Cela permet aux pays de faire attention dans le futur, qu’ils ont une jauge qui est là, s’ils veulent augmenter leur développement humain, ils doivent faire en sorte de  ne pas simultanément détruire la nature. Il y a des pays qui s’en sortent comme les pays nordiques qui, ces dernières années, ont mis en place des grandes solutions et politiques pour ne pas polluer la nature, utiliser ses pistes cyclables et essayer d’utiliser la biomasse ou les énergies renouvelables à la place des énergies fossiles, l’obligation d’utiliser dans certains pays, dans certains quartiers, des véhicules hybrides, qui utilisent l’énergie propre. Dans les pays qui ont fait tous ces efforts, vous verrez que, parmi les pays développés, il en a qui sont arrivés à ne pas trop perdre en terme de niveau de développement humain, quand on déduit l’aspect impact sur la planète. Ce qui veut dire que c’est faisable. C’est ce qu’il nous est demandé de faire et il y a des solutions basées sur la nature.  Le Bénin en a identifié pour les mangroves par exemple, comment ne pas les détruire.  Pour avoir des ressources de bois par exemple, on peut entre-temps utiliser des revenus basés sur…en disant que  les mangroves provoquent plus de production de poissons, donc plus de revenus tirés du poisson par rapport à des revenus tirés du bois. On peut mettre en place des systèmes de solutions basées sur la nature.

Qu’est-ce cela vous a apporté, ces échanges avec les différents acteurs notamment le secteur privé, la société civile, les administrations, les chercheurs ?

Le secteur privé a été intéressé en particulier par exemple au coût du financement  de changement de comportement, qu’est-ce qu’on offre à la place, parce qu’on est là pour faire des bénéfices et cela coûte de basculer de l’usage d’une énergie par rapport à une autre. Il y a des questions de coûts, de facilité et de fiabilité. Effectivement, les États doivent accompagner les incitations, il y a les banques centrales, il y a des solutions qui existent pour mettre le taux d’intérêt favorable pour certains investissements verts. La société civile s’est inquiétée par rapport à nos comportements qui ne changent pas, comment est-ce qu’on peut mieux protéger et moins détruire. On a des zones humides au Bénin ici, à Porto-Novo par exemple, qui se détruisent, on ne protège par cela, donc on perd en biodiversité, on perd en revenu potentiel et on va produire ailleurs, à plus grand coût pour la planète. Pourquoi ne pas protéger tout simplement ces zones humides? La société civile a aussi posé ce genre de question, l’usage du sachet plastique, etc.  Les chercheurs ont demandé quel est le rôle qu’ils peuvent jouer pour accompagner ce processus important pour l’humanité. Effectivement les chercheurs ont reconnu qu’ils ont réalisé beaucoup d’études qui sont  dans les universités, qui sont dans les bibliothèques et qui prennent de la poussière, qui analysent comment fonctionne le Béninois, comment fonctionne la nature, les productions ici, et il y a des recherches qui existent et qui peuvent être utilisées par les autorités, par les praticiens, pour mieux améliorer nos comportements, nos valeurs, mais il faut les utiliser. Cela pose le problème d’une plateforme pour utiliser les recherches qui sont faites ici au Bénin, pour améliorer le devenir des Béninois.

Dans tous les cas, je retiens de ces trois jours, que c’était important de faire cette dissémination-là, parce que c’est un thème important pour nous tous, on subit des inondations, on subit la sécheresse, la chaleur…, c’est un thème qui nous intéresse tous, on doit tous s’y mettre pour avancer. Donc c’est bien pour tous de savoir le fond de la question, de savoir le fond de la problématique, de savoir les solutions existantes, pour nous aider à mieux les mettre en place.

Qu’est-ce qui sera fait dans les tout prochains jours, pour  mettre en application les préoccupations et recommandations exprimées par les participants ?

Ce que nous avons envisagé  en concertation avec les différentes parties prenantes, c’est ce que sur la base de toutes les questions que les participants ont posé, des problématique en sont ressorties, on puisse faire un récapitulatif de toutes les préoccupations, appliquées au cas Béninois et à partir de là, on puisse proposer un plan d’actions, hiérarchiser les problèmes, hiérarchiser les solutions que les participants considèrent les plus potentiellement valables pour le Bénin, les mettre à la disposition de toutes les parties prenantes, puisque nous sommes tous concernés, et de voir comment est-ce que, que ce soit les praticiens, que ce soit les administrations, que ce soit les partenaires techniques et financiers, comment avec les propositions de plan d’actions, tirer des leçons de ce rapport et des échanges avec les parties prenantes, comment est-ce que chacun peut intégrer cela dans la mise en œuvre de ses propres actions de développement ou des actions de la vie de tous les jours.

Propos recueillis par Thomas AZANMASSO

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