Santé: Nana Djoua : Chronique d’une vie détruite avec une maladie inconnue

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Originaire de la commune de Kouandé plus précisément de l’arrondissement de Chabi-Couma au nord du Bénin, Nana Djoua est une femme célibataire âgée de 37 ans. Rencontrée à Djougou, une ville pas loin de sa commune natale où elle réside depuis 8 ans avec sa sœur aînée, elle se rappelle comme hier, la douloureuse épreuve qu’elle a vécue après avoir contracté une maladie qu’elle ne connait pas et qui aura ruinée toute sa vie. 

 

Tout commence un soir, quand elle revenait du marigot où elle se rend chaque matin, accompagnée de ses jeunes sœurs, à la quête de l’eau. Sur le chemin du retour, elle subit une piqûre soudaine d’insecte. Une fois à la maison, désespérée et désemparée, Nana Djoua va recourir au citron et l’appliquer à l’endroit de la piqûre afin de calmer la douleur. Mais quelques minutes après, c’est un bouton qui apparait sur son pied comme des boutons souvent causés par les piqûres de moustique. Mais, à ce bouton va s’ajouter des démangeaisons. Au fil du temps, le pied commença à enfler.

« Au départ, mes parents et moi ignorions totalement ce mal et avions pensé à un envoûtement », nous confie-t-elle. A la recherche d’une solution pour son mal, le seul recours a été de se porter vers un guérisseur traditionnel, Davougon résidant dans le département du Couffo à plus de 400 km de sa commune. Une peine perdue puisque le guérisseur aura tout tenté en vain. L’espoir d’un soulagement s’est brutalement et totalement éteint.

 

Des douleurs atroces, une plaie pour la vie

Plus le temps passait, plus sa santé se détériorait. La plaie ne quittait toujours pas son pied qui se déformait. Le pied devenait de plus en plus lourd car, la chair ne cessait de pousser au jour le jour. Du coup, ses déplacements étaient devenus difficiles pour vaquer à ses occupations quotidiennes. « Les douleurs étaient très atroces au point que les antidouleurs que je prenais étaient parfois sans effets ». A ces douleurs, il faut ajouter le regard des proches et voisins de son quartier devenu insupportable. « Je ne sortais presque plus de la chambre car j’avais honte du regard des autres », lâche-t-elle les larmes aux yeux. Désespérée après le séjour chez le guérisseur traditionnel, Nana Djoua sombrera davantage dans la dépression. Désormais, elle n’a pas plus aucune solution qui s’offre à elle et son entourage, qui ne cessait de s’interroger aussi sur l’origine de cette maladie, avait commencé à se lasser d’elle. « Les miens aussi ne supportaient plus de me voir souffrir comme ça », nous confie Nana.

 

Un fardeau pour la famille

Du côté de sa famille et de ses proches, c’est l’incompréhension face à cette maladie inconnue de tous. Au début, plusieurs membres de la famille étaient presque sûrs que c’était la sorcellerie. Mais leur recherche pour conjurer le sort n’a rien donné. Pour sa grande sœur, âgée de 45 ans et mère de 3 enfants qui a souhaité garder l’anonymat, la vie de sa jeune sœur avec cette maladie est tout simplement un drame. Depuis la maladie, elle ne parvient plus à mener ses activités. Pour elle, vendeuse de céréales au marché de la ville de Djougou, sa vie s’est aussi presque arrêtée. « C’est un calvaire pour moi car en plus de ma mère et de mes enfants, j’ai aussi à ma charge ma sœur qui, hier m’aidait beaucoup.  Aujourd’hui, elle ne bouge presque plus », nous confie-t-elle. Très touchée de voir du jour au lendemain sa jeune sœur dans cet état, la grande sœur ajoute avec beaucoup d’amertume : « Je suis triste de la savoir malade et handicapée. Son état et sa situation m’empêchent parfois de manger surtout depuis que l’homme qui voulait l’épouser lui a tourné le dos du fait de cette maladie ».

Comme tous les membres de la famille, la grande sœur ignore aussi totalement ce qui arrive à sa sœur. « Au départ j’ignorais complètement la gravité de la maladie. C’est au fil du temps que j’ai remarqué sa difficulté à marcher. Mes sacrifices et ma détermination pour aider ma sœur à recouvrer sa santé sont restés vains pour le moment », se désole-telle. Psychologiquement affectée et durement éprouvée, elle aura tout essayé pour sauver sa sœur. « On est passé de guérisseur en guérisseur sans trouver la solution », signale-t-elle.

 

Un an après, l’hôpital comme ultime recours

Après avoir tout tenté, et surtout après le traitement traditionnel chez le guérisseur sans succès, Nana D. s’est décidée finalement à se rendre à l’hôpital avec les conseils d’une partie des membres de la famille. Mais une fois à l’hôpital de Kara au Togo, le médecin, après plusieurs analyses, a finalement annoncé à Nana ce dont elle souffrait. Il s’agit de l’éléphantiasis. Une maladie qui lui est totalement inconnue et dont elle n’a jamais entendu parler. Dans les échanges avec le médecin, il ressort que c’est une maladie rare mais qui ruine la vie de ceux qui en souffrent. Avec le traitement, les douleurs sont moindres par rapport au début. Mais, malgré tout, mon pied demeure insensible. Si désormais, elle sait de quoi elle souffre, pour autant la vie n’est pas rose pour Nana. Pas totalement guérie, aujourd’hui Nana s’en remet à Dieu et ne manque de prier pour définitivement tourner dos à la plaie afin de retrouver sa mobilité. Pour sa grande sœur, cette maladie est un désastre et elle n’est pas prête de l’oublier. « Je ne souhaite même pas cette maladie à mes ennemis », soutient la grande sœur. Car, elles ont tout perdu y compris leurs économies.

 

Alain TOSSOUNON (Bénin)

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