Au sujet de Djèhami: Des bourgeons à la promesse

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C’est avec bonheur que Laha éditions a accepté de cheminer avec Richard ADODJEVO, ce jeune auteur qui publie Djèhami, un recueil de nouvelles. Dès les premiers mots de l’œuvre, on retrouve un ton singulier certes, simple, mais efficace qui augure d’un certain talent.

 

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Djèhami en langue fon est une métaphore de bien-être, c’est le porte-bonheur qui offre à celui qui s’en approche ou qui se retrouve dans sa proximité, la joie, la paix, le rayonnement. Ce nom ne se donne pas au hasard. C’est à un être, à une femme à qui généralement on le fait porter pour annoncer un futur prometteur. Djèhami flatte aussi l’ego des parents qui donnent ce patronyme à leur fille. Djèhami, c’est aussi la promesse d’un talent qui va compter en littérature béninoise. Car, Richard ADODJEVO est entré en littérature comme on entre en religion. Dans l’introduction à son recueil de nouvelles, sa toute première livraison, il confesse avoir été nourri par l’écriture de ses aînés béninois, Olympe Bhêly Quénum, Jean Pliya, Florent Couao-Zotti, de même que les œuvres de Césaire, Senghor et Hugo. L’entendre dire ou le lire ainsi traduit la logique selon laquelle il n’a pas débarqué dans le monde des lettres par hasard ou comme un OVNI. Le commerce préalable avec les textes de ses prédécesseurs, quels qu’ils soient, de quelques horizons qu’ils proviennent, comptent pour beaucoup parce qu’ils créent avec lui des liens d’historicité, parce qu’en étant lui-même le maillon d’une grande et longue chaîne, il s’inscrit dans une tradition littéraire. Son œuvre, qu’il a construite comme des chroniques ordinaires, se veut le réceptacle des histoires d’hommes et de femmes pris dans les tourbillons de  la vie, des vécus singuliers portés par l’amour, la jalousie, la haine, la concupiscence, la morbidité quand ce n’est pas la mauvaise foi, la fausse dévotion, la prédation sexuelle et j’en oublie. Je suis frappé par la fragilité des personnages en même temps que leurs capacités de résilience, leurs faiblesses récurrentes en même temps que  leurs forces de caractère, exactement comme des êtres de chair et de sang, c’est-à-dire finalement comme vous et moi. Mais l’auteur ne se contente pas de nommer, c’est-à-dire, de donner sens et signification aux situations qu’il décrit avec habileté. Il montre également les choses dans leurs âpretés comme dans leurs nudités, tantôt avec un parti pris flagrant, parfois en jouant sur une fausse neutralité, mais avec, à chaque fois, une morale évidente ou sous-jacente qui ne tombe presque pas dans la moralisation.  L’autre chose qui éclate aux yeux de tous, c’est les référents spéciaux et onomastiques qui donnent aux récits une identité géographique et culturelle fortement connotée. Ici, l’espace de vie où s’affirment et se déploient les personnages est bien visible avec des villes nommées comme Parakou, Dassa Zoumè, Cotonou, des paysages connus et familiers. Avec les descriptions des quartiers de ville, des points ou aspérités incontournables de certains paysages, on arrive aisément à se situer et à se retrouver. Mais c’est avec les noms donnés aux personnages que les références identitaires s’affirment de manière plus forte. Djèhami, la deuxième nouvelle qui donne son titre au recueil, plonge le lecteur dans des rôles-destins, avec des personnages qui ressemblent aux noms qu’ils portent même jusque dans le tragique des situations. Mahussin, Mahuxwé, N’Djèmin, Kussi, etc. offrent à ceux qui sont habitués à décrypter les noms par rapport à la trajectoire des destins, une anthropologie de l’aire culturelle de la famille Adja-yoruba, cette culture qui domine une bonne partie du Bénin, du centre au sud. Ce recueil est incontestablement une promesse. Les bourgeons ainsi annoncés, on attend qu’ils produisent les fleurs attendues. Un roman est déjà écrit ou en voie d’être achevé. Notre impatience n’a d’égal que l’appétit que ce premier opus nous a donné. « La suite…» comme diraient les amateurs d’un feuilleton de série télévisée…

 

A.Houndjo

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