Représentation du spectacle ‘’Vobodoun, dans les entrailles de Dan’’: Une symbolique des hommes au tribunal des divinités

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(La préservation de l’authenticité culturelle sur la planche)

Le spectacle de théâtre intitulé ‘’Vobodoun, dans les entrailles de Dan’’ est représenté à l’espace culturel Artisttik Africa vendredi 4 et samedi 5 décembre 2020. Orchestré de main de maître par le fulgurant metteur en scène Nicolas Houénou de Dravo, ce spectacle touche un problème crucial, la destruction de l’environnement et les conséquences sur les ressources spirituelles, culturelles et cultuelles.

 

Le texte adapté par Nicolas Houénou de Dravo est un texte de feu Kpadé Eugène, ancien directeur de l’Agence béninoise de l’environnement(Abe). En essentiel, il s’agit d’une restitution de la colère des divinités et de la nature toute entière face aux monstruosités qu’exerce l’homme au quotidien au nom d’un quelconque  développement.

Description…

En fond de scène, sous un clair-obscur des projecteurs,   un décor fait des cases rondes avec des rideaux en percale de coton blanc portant des motifs d’emblème de divinités variées. Tout évoque les couvents tel que représentés typiquement dans les milieux ruraux. A la levée de rideau, le spectacle s’ouvre par le retentissement brouillant d’un gong géminé. Une jeune initiée s’invite sur la planche castagnette à la main prononçant des proverbes entremêlés d’incantations après avoir fait allégeance devant la grande case qui abrite la divinité reine-mère, le Sakpata(dieu de la terre). A ces propos, on pouvait comprendre une presque menace doublée de mise en garde. Une brève intervention que vient boucler un tableau expressif de danse contemporaine sous le roulement des tambours. Au travers de cette expression corporelle, des propos accusateurs et sévères se décochent par intervalle de mouvement à l’endroit de l’homme. Des voix off venaient de temps à autres des cases. Les danseurs eux-mêmes ne tarissaient pas d’inspiration. « C’est toi qui égorge le future. C’est toi qui a laminé le passé et qui assassine le futur. Je viens du ciel où tout pleure. La terre brûle. Les nuages ont péri. Tout crève. Tu égorges le présent et le sang du futur coule à chaud dans tes mains » des vociférations accusatrices qui dénotent de la colère des divinités qui n’ont pas tardé à pénétrer la scène à la suite de l’exécution de leur rythme respectif. Une véritable marque de danse théâtralisée imprimée avec génie au spectacle. De la danse Tchakpannan à la danse de Dan Ayidohouèdo en passant par le rythme Sakpata et du dieu de la foudre, Hêbiosso, à travers lequel l’accusé (l’homme) est entré sur la scène pour répondre de ses actes devant les différentes divinités, la scénographie n’a laissé personne indifférent. Les couleurs rouge, bleue, blanche et noire s’enchevêtraient et offraient de l’agréable sur les corps et dans le décor.

Un spectacle complet…

C’est un véritable souffle d’inspiration qui est mis en œuvre par Nicolas Houénou de Dravo et les siens. A côté de la variante de dénonciation des abus de l’homme qui entraine des dégâts énorme dans la nature et qui provoque une perte considérable des valeurs et richesses culturelles, le metteur en scène a le mérite de proposer aux spectateurs, des escalades spectaculaires. Montrant l’homme accusé (joué par le comédien Raphaël Hounto) dans la cour des divinités visiblement tous enflammés et écœurés face aux témérités de l’homme qui en arrive même à leur tenir tête, la création à conduit le metteur en scène et son équipe à exprimer par exemple la colère des dieux sous une escorte d’exécution de rythmes diversifiés. Lorsque les divinités réclamaient à l’unanimité, à la divinité reine-mère (Sakpaté), la sentence finale pour l’homme, qui n’est rien d’autre que l’extermination pure et simple, c’est à travers la danse de la divinité qui incarne la justice que ce tableau est présenté au public qui était stupéfait. Et dans les lignes du spectacle, la controverse de la justice dite moderne et quelques arguments de la modernisation sont habilement balayés. Le spectacle a réussi à montrer qu’au nom d’une modique modernisation et de développement, tout un peuple a vu sa culture écrasée. Et l’expression captivante en est le tableau exposant le courroux des éléments surnaturels, le dieu de la foudre qui demande la permission pour faire descendre sur la terre un torrent d’eau, pour finir avec les hommes etc. « Quel héritage nous reste-t-il de ce que nos ancêtres nous ont légué ? Le développement a pris par là. Allez-vous répondre. Des arguments fallacieux.  Bande de vaniteux » criait le dieu Dan (joué par la comédienne Abèkè Moustapha) et togbé-glè, pour pointer du doigt les méfaits de la modernisation sur la civilisation et la culture Africaine. Mais quelque part aussi l’ignorance des africains eux-mêmes est indexée. Ce spectacle a assemblé deux disciplines artistiques denses à savoir le théâtre et la danse (contemporaine et traditionnelle) exécutée avec maestria. Et là, c’est à l’honneur du génie du metteur en scène.

Le choc…

 A travers les danses exécutées on retrouve en filigrane, en tout cas pour ceux qui s’y connaissent, des traits initiatiques qui pourraient valablement surexciter et mettre probablement en transe, des initiés s’il y en avait parmi les spectateurs. A la question : cela ne pose-t-il pas un problème pour le spectacle dans l’avenir, puisqu’il est appelé à tourner au plan national ? Le metteur en scène Nicolas Houénou de Dravo mentionne « C’est cela même qui prouve que le spectacle a réussi. Parce que des consciences seraient touchées concrètement ». Et si le spectacle devrait tourner aussi bien au plan national  qu’à l’international, les accessoires  utilisés pourraient être un handicap vu leur volume et également l’ampleur du décor. En ce qui concerne la lumière il y a des tableaux de colère sur la scène qui nécessitaient du rouge mais qui n’en avais pas eu. Par moment le plein-feu manquait aussi pour exprimer la vivacité de certaines scènes en cours. On ne sait pas si c’est un choix ou une maladresse, mais tout compte fait, techniquement l’exercice de la régie lumière a connu quelques faiblesses.

Teddy GANDIGBE       

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