Paix et réconciliation quand des deux côtés le ton monte: Un autre appel du Professeur Désiré Baloubi

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Compatriotes bénisoises et béninois,

Cette fois-ci, veuillez m’aider à transmettre cet appel à nos distingués parents et aînés, Président Nicéphore Dieudonné Soglo, Honorable Maman Rosine Vieyra Soglo, Président Boni Yayi, Président Patrice Athanase Guillaume Talon, Me Robert Dossou, Me Paul Kato Atita, Me Sadikou, Alao, Pr. Théodore Holo, Pr. Jérôme Carlos et tous mes anciens professeurs béninois pendant que j’étais encore au Lycée. Que toutes ces hautes personnalités précitées m’excusent si j’ai osé perturber leur quiétude qu’elles méritent si bien après tant d’années de rudes labeurs au service de notre pays. Sans être nécessairement alarmiste, je voudrais solliciter leur indulgence et leur assistance afin d’éviter que notre nation ne s’effondre sous le choc brutal de nos propres roquettes. Ces éminentes personnalités, qu’elles aiment la politique ou pas, ont, à mon avis, la lourde responsabilité morale de continuer à nous faire profiter de leur sagesse pour garantir la paix et la réconciliation toutes les fois que des deux côtés de la scène politique, le ton monte gravement chez nous au Bénin.

 

Certes, ce n’est pas de mes habitudes de m’affoler face à la moindre incartade. Néanmoins, je dois avouer que la barque Bénin tangue sous la furie des vagues d’un océan auquel le capitaine de bord est  pourtant habitué, mais qui semble dorénavant s’opposer à la théorie dite poussée d’archimède. Oh, Dieu! Pas de naufrage pour un peuple non adepte de la nage! Loin de nous la peste, la rage et le ravage qui, tel une épée de Damoclès, planent au-dessus de nos têtes. Comme vous vous en doutez, nul ne sera de trop dans la recherche d’une solution porte-de-sortie de cette crise qui nous menace tous. Personne ne sera épargné des affres de la catastrophe si jamais nous ne faisons rien sous le fallacieux prétexte que tout va bien. Je réitère ici encore, au risque de vous ennuyer, qu’il n’est honnêtement pas factuel de continuer à dire que tout val mal. Je ne daigne blâmer personne; mais je crois que les élites que nous sommes, nous fracturons souvent notre société en deux camps qui rivalisent d’ardeur dans leur antagonisme poilitique dans une barque que nous croyons faire avancer en ramant paradoxalement et simultanement dans deux sens contraires. Pendant ce temps, le peuple est pris en sandwich, contraint de chanter comme l’oiseau en cage dont nous parle Maya Angelou dans sa très célèbre oeuvre I know why the caged bird sings (Je sais pourquoi l’oiseau en cage chante).

Pour ne pas m’écarter du vrai sujet qui nous préoccupe tous actuellement, je refuse de vous plonger dans la litérature américaine à travers une autobiographie émouvante où Maya Angelou nous retrace son enfance qui regorge de joie et de detresse inhérentes à une vie de mystères que nul ne saurait aisément reléguer aux oubliettes. L’ouvrage parut en 1969 quand notre pays fêtait la neuvième année de son indépendance du joug colonial français. La nouvelle République était semblale à cet oiseau qui venait de sortir de sa première cage. Malheureusement, les élites néo-coloniales que nous sommes, l’avons remis dans une autre cage peut-être un peu plus grande mais trop exiguë pour l’aigle ou le corbeau qui aujourd’hui compte soixante années de tortures physiques et morales dans une résilience légendaire. Puisque je ne suis ni Adam, ni Eve, ni Jésus, ni Prophète Mahomet, je ne prétends donc pas avoir la science infuse. Pourtant je suis parfois tenté de dire que notre pays est victime de la scoumoune, une sorte de malédiction répétée qui semble faire voler en éclats notre espérance et nos projets de société renouvélés ou aussi variés que les régimes qui les portent et se sont succédés jusqu’ici.

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Chers compatriotes, sommes-nous un pays beni ou une nation maudite? A cela je réeponds que nous sommes et avons été toujours bénis. Oui, le Bénin est béni; moi j’en suis convaincu. Cependant, nous devons entretenir, soigner, internaliser cette bénédiction dans notre esprit, dans notre âme et conscience ainsi que dans nos comportements pour mieux la préserver et la mériter davantage. Alors, ensemble, rejetons le fatalisme en résolvant nos différends à l’interne comme ce fut le cas lors de l’historique Conférence Nationale de Février 1990, il y a déjà trente ans. Qui l’eût cru? Clergé béninois, têtes courronnées, chefs traditionnels, hommes, femmes, jeunes et honorables personnalités interpelées, allons tous courageusement au rendez-vous de notre propre histoire pour une paix et une reconciliation nationale viables et durables. Cette paix et cette réconciliation seront bâties non pas sur pilotis mais sur une fondation solide à nulle autre pareille. Elles seront desormais la flotte géante dotée d’une boussole qui orientera chaque capitaine gérant les affaires de notre cité.

Pour gagner l’autre rive, la rive du bohnneur collectif, la rive qui est la société où il fera bon vivre pour chacun et pour tous, nous ne devons plus perdre un seul instant à réciter sur les réseaux sociaux ou sur les antennes de radios et télés nos propres poèmes, fussent-ils épiques, ou l’épopée dans La Chanson de Rolland. Travaillons plutôt pour l’avènement d’un véritable soleil d’indépendance, de liberté, de souveraineté, de paix et de concorde chez nous au Bénin et partout en Afrique! Ce soleil, nous le voulons meilleur que celui que nous décrit Ahmadou Kourouma. Sous le soleil critiqué ou satirisé par Kourouma, Fama, prince Malinké, ne savait à quelle sauce il serait dévoré aux temps de l’indépendance du parti unique.  Il vaut la peine de dire également que sous ce soleil, “lancien et le nouveau s’affrontent en un duel tout à la fois tragique et dérisoire tandis que passe l’histoire, avec son cortège de joies et de souffrances”.  Oui, nous devons changer de paradigme et remettre le pouvoir, c’est-a-dire tout le pouvoir et toute la souverainete au peuple. Elites de tout acabit, je nous accuse, car c’est nous qui privons le peuple de son droit de se libérer. Nous le plongeons continuellement dans un obscurantisme qui freine l’émergence et retarde le développement de notre pays. Nous nous enfermons dans notre tour de Babel où nous parlons la langues de nos maitres d’hier, une langue que notre peuple peine à comprendre. Parlons donc enfin directement à notre peuple, avec notre peuple, sans langue de bois!

Somme toute, refusons définitivement de jouer aux messies du peuple et aux sapeurs pompiers qui allument le feu et surgissent brusquement comme pour s’etonner que tout brûle chez nous, au Bénin, le seul pays à nous légué par nos ancêtres. Moi j’ai choisi de me placer aux côtés des muezzins qui appellent à la prière cinq fois par jour à la mosquée commune qui n’est rien d’autre que la patrie que nous aimons tous sans exception aucune. Oui, nous l’aimons, ce pays, et j’ose même croire que nous l’adorons. Ce n’est pas la diaspora béninoise qui me démentira lorsque loin de sa terre natale et surtout au coeur de l’hiver, elle recherche nostalgiquement la chaleur des hommes, des femmes, des jeunes et  de tous les enfants du pays où elle vit le jour. Ainsi nous devons tous réepondre à cet appel. Taisons donc nos querelles intestines qui s’expliquent d’une manière ou d’une autre mais qui ne se justifient guère. A mes yeux, j’avoue qu’ils ne sont plus de lynx, la pomme de discorde entre grand frère et petit frère, aussi grande soit-elle, n’est qu’un épiphénomène péremptoire.  A des degrés divers, nous sommes tous coupables et nous devons nous repentir sincèrement autour d’une même table et solliciter le pardon de notre peuple. C’est dans ce sens que je nous appelle à constiuter d’urgence la Grande Force de Cohésion Nationale qui préparera la Conférence Patriotique Nationale non pas pour panser nos plaies, mais pour repenser notre pays dans le sens de son émergence dans le concert des nations authentiquement souveraines.

Vive le Bénin!

Vive la Nouvelle Esperance Africaine et Béninoise!

La patrie ou la mort, ensemble nous serons plus forts!

Pr. Désiré Baloubi

Norfolk State University

Norfolk, VA, USA

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