Journée internationale de l’élimination des violences sur les femmes: La Cosi Bénin écoute et accompagne les victimes (Plaidoyer pour la ratification de la Convention 190 Oit)

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(Plaidoyer Pour La Ratification De La Convention C-190 Oit)

Marilyne Sourou est Animatrice du Centre d’accompagnement psycho-social et juridique (Capj) de prise en charge des personnes victimes des Violences basées sur le genre à la Cosi Bénin. À l’occasion de l’édition 2020 de la Journée internationale de l’élimination des violences à l’égard des femmes, elle s’est prêtée à nos questions sur la problématique. Le degré d’implication de la Cosi-Benin (Confédération des organisations syndicales indépendantes) pour faire reculer les Vbg, le cadre légal en la matière, le fonctionnement du Capj sont entre autres les préoccupations abordées dans cette interview.

 

Le 25 novembre est dédié à la journée internationale de l’élimination des violences à l’égard des femmes. Et cette journée marque le début de la quinzaine de lutte contre les violences faites aux filles et aux femmes. Organisation syndicale, la Cosi-Benin, à l’instar d’autres structures, s’investit dans la lutte. D’aucuns s’étonnent de voir la Cosi-Benin sur un tel chantier. Que pourrez-vous répondre?

La Cosi-Bénin s’est engagée depuis deux décennies à œuvrer en faveur de la promotion des droits des femmes à travers des actions de sensibilisation, de mobilisation de toutes les couches sociales en faveur de la vulgarisation des textes et lois protégeant les femmes contre les Violences basées sur le genre (Vbg). Elle s’est aussi évertuée à mettre en place un mécanisme d’écoute et d’orientation des personnes victimes de violences basées sur le genre à travers un numéro vert. La Cosi- Bénin fait également beaucoup de plaidoyer en direction des autorités compétentes en faveur de la ratification de la Convention C-190 de l’Oit sur toutes formes de Violences en milieu de travail y compris le harcèlement sexuel. Autant de stratégies d’actions qui trouvent leur fondement dans les fonctions d’une organisation syndicale et qui légitiment complètement l’intérêt que porte la Cosi Bénin à cette journée et à cette quinzaine.

Justement, vous avez commencé à le souligner. En s’investissant dans cette lutte, c’est à travers certaines actions et au moyen d’un certain nombre d’outils que la Cosi- Bénin met à la disposition des femmes et jeunes filles victimes des Vbg. Parlez-nous de tout cela.

La Cosi- Bénin a développé des mécanismes qui offrent des services et un accompagnement pour une prise en charge des victimes de violences basée sur le genre. Il a d’abord été créé la Commission nationale des femmes qui en tant qu’organe spécialisé et d’opérationnalisation du Bureau exécutif sur la question, a mis en place en 2015 le Centre d’Accompagnement Psycho-social et juridique (Capj) de prise en charge des personnes victimes des Vbg. Ce centre abrite un numéro vert (91470000) accessible à toute victime et gratuit pour tous les abonnés Mtn. A travers ce numéro, les plaintes relatives aux violences basées sur le genre sont enregistrées, les victimes sont assistées psychologiquement et orientées vers les structures de prise en charge avec lesquelles il existe un partenariat fiable. Un accompagnement est offert​ ​ durant ce processus aux victimes en vue d’un traitement qualitatif de leurs plaintes.

Outre tous ces outils, il y a le cadre légal mis en place pour protéger les victimes. Pensez-vous que le corpus légal national existant est suffisamment fourni pour mener à bien la lutte?

Il existe au Bénin un cadre légal de prévention et de répression des Violences basées sur le genre. Il s’agit essentiellement de la loi 2011-26 du 09 janvier 2012 portant prévention et répression des Violences faites aux femmes en République du Bénin. Ce texte offre les opportunités pour la promotion des droits des femmes à travers des dispositions en faveur de la prévention et de la répression des auteurs d’actes répréhensibles aux yeux de la loi. Malheureusement, le non-respect des droits de la femme demeure une réalité. Cela se traduit souvent par (i) la difficulté qu’ont les femmes à accéder à la justice en cas de violences (procédures judiciaires méconnues, longues, coûteuses et complexes, l’analphabétisme des femmes) et (ii) la très faible application des textes de loi adoptés en faveur des femmes et de la promotion du genre (l’application des instruments juridiques pose parfois problème du point de vue de la procédure. Les juges et Officiers de Police Judiciaire éprouvent souvent de difficultés pour enclencher des poursuites en direction des auteurs de violation des droits de la femme et de la fille. De plus, des efforts doivent être faits pour l’amélioration du droit positif national à travers la ratification de la Convention C-190 Oit sur toutes formes de violences en milieu de travail y compris le harcèlement sexuel. La Cosi-Bénin prend toute sa part dans ce combat à travers des actions de sensibilisation​ ​ et de vulgarisation mais également de plaidoyer.

Votre mot de fin​

Nous tenons à remercier Matin Libre qui à travers cette opportunité montre, s’il en fallait encore, qu’il est un organe préoccupé par les questions sociales. Pour finir il est important de rappeler que le Bénin a réalisé de 2009 à 2013, une étude sur les violences faites aux femmes et aux filles qui a identifié les types de violences dans le pays, leur prévalence, les milieux de survenance, les causes et conséquences. Cette étude a été assortie d’un plan d’action national de lutte contre les violences focalisé sur les trois (3) axes stratégiques que sont : développer un arsenal juridique approprié et une réglementation administrative favorables à la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles ; contribuer à une meilleure connaissance par les différents acteurs (les couches sociales et tous les groupes socioprofessionnels) du phénomène des violences faites aux femmes et aux filles ; Contribuer à l’amélioration du statut socio-économique des femmes et à une meilleure prise en charge des victimes des violences faites aux femmes et aux filles. Presque une décennie après, il est aisé de constater que des efforts ont été faits mais le chemin reste encore long (à l’instar du cas d’espèce de Dame Angela Kpeidja de l’Ortb) et c’est le moment d’interpeller les gouvernants sur leur responsabilité par rapport à l’amélioration du corpus légal national, à l’application de la loi réprimant les Vbg mais également par rapport aux actions de sensibilisation et aux actions devant aboutir à faire évoluer tout simplement le statut socio-économique de la femme, condition sine qua non​ ​ d’un recul sensible des violences basées sur le genre.

 

Propos recueillis par JB

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