A la tribune ‘’ Le Club de l’économiste’’: Reckya Madougou expose son approche du développement de l’Afrique

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(L’invite de la spécialiste de l’inclusion financière aux dirigeants et à la jeunesse)

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Le 4ème numéro de ‘’ Le Club de l’économiste’’, une tribune initiée par le Journal béninois ‘’ L’économiste’’ qui donne la parole à une personnalité ou un leader ayant impacté son pays ou le continent par ses actions dans le domaine des finances/économie, a reçu ce mercredi 30 septembre 2020, au siège de l’Organe de presse, Reckya Madougou. Technocrate, femme influente, consultante internationale sur les questions de Finance inclusive et de développement, l’ancienne ministre béninoise de la micro finance, ancienne Garde des Sceaux et actuelle Conseillère spéciale à l’inclusion financière du Chef de l’Etat togolais, Faure Gnassingbé, a répondu pendant 1h 45 minutes aux questions des journalistes.  

Le plat de résistance de l’entretien de la presse avec l’ancienne ministre Reckya Madougou a été le contenu de son livre « Soigner les certitudes » lancé, cinq jours plus tôt à Cotonou devant un gratin de personnalités, mais aussi de femmes et de jeunes qui sont dans l’entreprenariat. Pourquoi ce 4ème ouvrage qui est d’ailleurs un ouvrage entretien ? Reckya Madougou explique d’entrée : « Je pars de la narration d’une expérience du domaine militant, de l’activisme et j’en arrive justement à un militantisme économique. Ce militantisme économique est ce qui a été fondamentalement la motivation de cet ouvrage ». Quant à la compréhension qu’on doit avoir du titre, l’auteure éclaire : «(…) malheureusement, il y a tellement de préjugés sur l’Afrique, sur nos pays, sur même notre façon de penser le développement, on pense tellement les choses à notre place, qu’il arrive un moment où, comme je l’ai écrit dans l’ouvrage, il faut curer les mentalités ; parce que parfois les opinions sont vraiment de l’ordre des caniveaux. Et donc il faut que nous arrivons à un curage de mentalité, que nous-mêmes  nous projetions une image belle, forte de nous. Mais si nous sommes tout le temps dans les plaintes et dans les complaintes, on ne nous verra que comme des misérables qui ne sont même pas capables de comprendre ce qui leur arrive et surtout comment justement changer la donne. Et c’est ça qui m’a fondamentalement poussée…». Il est donc clair, la Conseillère spéciale à l’inclusion financière du président Faure Gnassingbé s’oppose aux préjugés qui prévalent contre l’Afrique et contre l’Africain. De ce fait, elle exhorte les Africains à rendre leurs « individualités solvables », pour être utiles à leurs nations, à eux-mêmes et à leur famille ; « être un agent potentiellement économiquement rentable plutôt que d’être juste un citoyen qui cherche à ce que ses droits civiques soient respectés ». Sur ce point, Reckya Madougou estiment que les pays doivent promouvoir la citoyenneté économique, un autre concept développé dans l’ouvrage. A bien la suivre, il faut un citoyen de type nouveau en mettant en place un mécanisme de formation, d’éducation et de capacitation par rapport à l’entreprenariat. Après cela, il faut créer les conditions pour que l’individu puisse obtenir les compétences pour pouvoir être un agent économique rentable. « (…) Ce n’est que comme ça qu’on peut développer un continent… D’où moi, ma bataille partout sur le continent en faveur de l’entreprenariat et donc de l’inclusion financière » insiste-t-elle tout en indiquant que ce qui va favoriser l’entreprenariat, c’est l’inclusion financière ; c’est-à-dire la mise à disposition des ressources financières, des capacitations en matière de gestion entrepreneuriale au niveau des jeunes et des femmes qui souhaitent entreprendre ». Dans l’ouvrage, Reckya Madougou ne s’adresse pas qu’aux Africains. « Je parle de l’Afrique sur la scène internationale pour qu’on voit l’Afrique autrement », a-t-elle confié. Et pour ce faire, l’une des certitudes qu’il faut soigner, « c’est de se dire que l’Afrique a besoin de l’aide pour se développer. Cette aide-là qui a une connotation d’assistanat, nous n’en voulons pas. En revanche, si nous nous retrouvions dans des concerts de partenariats gagnants/gagnants pour la dignité du continent et de ses fils, alors on s’en sortira », déclare-t-elle. Dans le livre « Soigner les certitudes », l’ancienne ministre qui « n’aime pas être dans un carcan » n’a pas eu que la possibilité de dire ce qu’elle avait envie de dire. « J’ai été aussi poussée à parler d’autres choses : des questions émanant à la fois de mon expérience, de mon parcours, mais sous l’aune des leçons qu’on peut y tirer », informe-t-elle. Mais pourquoi ce lancement en cette veille d’élection au Bénin avec cette célébration de l’auteure samedi dernier. N’y a-t-il pas là un agenda caché? « Il semble que vous m’avez oublié. Reckya ne fait jamais les choses à moitié. Quoi que j’entreprenne, où que je l’entreprenne, j’y mets tout le soin nécessaire parce que j’estime que les gens à qui vous vous adressez, les gens à qui vous vous présentez des tableaux méritent le respect. Quand on ne sait pas bien faire les choses, quand on ne peut pas bien faire les choses, il ne faut pas le faire. Il n’y a pas besoin d’agenda pour bien faire ce qu’on fait (…) J’ai été moulue dans cela. », rassure l’ancienne ministre. Et pour les curieux qui cherchaient à savoir pourquoi le gouvernement ou la Mouvance n’était pas à cette grand’messe littéraire, l’auteure de «  Soigner les certitudes » n’en fait pas du tout une histoire surtout que selon ses propos, le chef de l’Etat était informé et l’a même félicitée. Le ministre des Finances devrait y prendre part mais s’est envolé au dernier moment pour le Nigeria dans le cadre des discussions pour les frontières restées fermées depuis plus d’un an.

Regard sur la façon dont les microcrédits sont gérés aujourd’hui, principalement au Bénin

« Ecoutez, il n’y a rien de figé. Les choses évoluent, les choses doivent être au besoin améliorées. Chaque fois, pousser de l’avant. En revanche, comme je l’ai dit dans une interview accordée récemment à Financial Afrique sur les big Data, comme je l’ai dit, faisons attention. Vous savez, certains pays africains aujourd’hui mettent la charrue avant les bœufs.  J’aime beaucoup citer l’exemple du Kénya. Le Kenya qui aujourd’hui, fait partie des premiers pays africains qui ont les meilleurs taux d’inclusion financière grâce au digital, en numérisant les services financiers. Mais pour ce faire, en amont, le Kenya a créé des projets de partenariat public/privé, s’est associé à Vodacom qui est une entreprise de télécommunications assez costaud, et pour améliorer les infrastructures de télécommunications pour en amont améliorer l’accessibilité des bénéficiaires de services financiers aux terminaux et aux services que l’Etat souhaitait à travers des partenariats avec le privés, mettre à leur disposition. Résultat des comptes, une fois que des programmes comme M-Pesa (Mobile money) ont été lancés, il y avait déjà une disponibilité d’accès que ce soit aux terminaux c’est-à-dire les téléphones et autres. Mais il y avait aussi une bonne connectivité. Et donc ce que je conseille aux pays africains, c’est de régler en amont ces problèmes avant d’aller vers ces types de digitalisation pour ne pas créer de nouvelles exclusions ; parce qu’en voulant créer l’inclusion financière en améliorant les services financiers, parce qu’on doit y arriver, la digitalisation permet d’accroître potentiellement le nombre de bénéficiaires, mais ce faisant il faut qu’on s’assure surtout qu’on ne va pas créer de nouvelles exclusions, à savoir que ceux qui n’ont pas accès aux terminaux ou à la connexion, à la fois Gsm ou internet ne puissent pas à leur tour se retrouver laisser en rade », conseille Reckya Madougou.

Le Togo, meilleur taux en terme d’inclusion financière de l’Uemoa

A la question de savoir si ses conseils au chef de l’Etat du Togo sont pris en compte et si lesdits conseils produisent déjà des effets, Reckya Madougou n’a pas fait dans la dentelle : « Aujourd’hui j’ai le plaisir et la fierté de vous dire que lorsque je suis arrivé au Togo, et que nous avons eu l’insigne honneur avec le gouvernement togolais de les appuyer pour la mise en place du Fonds national de la finance inclusive, qui est un modèle amélioré et évolué du Fonds national de micro finance que nous avons ici, quatre ans après, le Togo est passé premier dans l’Uemoa en matière d’inclusion financière. C’est le Togo aujourd’hui qui a le meilleur taux d’inclusion financière dans la zone Uemoa. Ils étaient quatrième, ils sont passés premier en matière d’inclusion financière ; c’est-à-dire le taux de bancarisation élargi aux institutions de micro finance. C’est formidable, et il n’y a pas meilleur indicateur pour montrer et expliquer que lorsqu’on investit sur ces cibles-là, on a toujours du résultat. J’ai également le plaisir de vous dire que nous avons également accompagné en son temps la Côte d’Ivoire pour la mise en place d’un fonds similaire… J’en ai parlé dans l’ouvrage, et j’avais également le plaisir, récemment en Côte d’Ivoire, que la première dame de Côte d’Ivoire qui chapote l’initiative avec l’accompagnement du gouvernement, ainsi que le président Ouattara me fasse part de ce que l’initiative avait tellement prospérée et donc m’encourageaient et me félicitaient pour cette contribution à l’autonomisation des femmes ivoiriennes ; ce qui fait que justement la Côte d’Ivoire aussi fait partie aujourd’hui du peloton de tête en matière d’autonomisation des femmes. A l’époque le Bénin était premier, évidemment c’est une course. Donc plus on en donne, plus on évolue. Aujourd’hui, le Bénin est passé en seconde position. Et j’espère que la position du Bénin ne va pas se dégrader en la matière ». La fermeture de la frontière nigériane d’avec le Bénin, la monnaie Eco sont entre autres d’autres sujets passés en revue. Sur le premier, Reckya Madougou s’est réjouie de ce que les deux parties aient maintenu le dialogue et travaillent pour la réouverture. Elle garde alors espoir. L’avènement de la monnaie unique Eco va favoriser l’intégration dans la sous-région, cela va permettre de respecter les critères de convergence certes, mais Reckya Madougou prône plutôt une parité flexible de cette monnaie.

 

JB 

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