« L’Aube nouvelle »: Au Sujet de l’hymne national

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Le Père Gbédjinou apporte sa pierre à l’édifice 

Outre ses nombreux ouvrages religieux, plusieurs titres ‘’laïcs’’ portent aussi sa signature : « Sauvons l’esprit de la Conférence nationale. Le défi pour aujourd’hui et demain », « Jeunes, osez ! C’est le moment favorable » parus en 2018. Le dernier en date qui nous intéresse, il l’a commis cette année aux Editions Ids : « Enfants du Bénin, debout ! (Hymne national commenté) ». Rodrigue Gbédjinou, prêtre de l’archidiocèse de Cotonou, y révèle, avec un style très accessible, notre hymne national dans toute sa beauté.

On connaît le Père Rodrigue Gbédjinou. Les vertus de sa soutane, il ne les déploie pas uniquement au sein des quatre murs de l’église. Grand pèlerin, prédicateur de l’espérance pour une Afrique autre, il est au service de la cité, de toute la cité ; non pas seulement des seuls citoyens de la cité partageant avec lui la même foi chrétienne catholique. Son récent ouvrage « Enfants du Bénin, debout ! (Hymne national commenté) » est d’une contribution fraternelle et patriotique remarquable. L’hymne national, rappelle-t-il d’entrée, « est un des attributs majeurs » de notre pays. A ce titre, il est un patrimoine commun qui transcende nos diversités. Le connaître, avoir pleine conscience de sa valeur est alors un devoir citoyen. C’est pourquoi, jeunes, vieux, femmes comme hommes, il nous concerne tous. Et déjà dès le bas âge, qu’on soit scolarisé ou non, partout ailleurs dans la vie sociale, nous sommes censés le maîtriser et le chanter en l’honneur et à la gloire de notre patrie, en français, héritage coloniale ou en langues nationales identitaires. Pourquoi ne pas alors stigmatiser que rares soient les Béninois capables de l’exécuter in extenso ? Pire encore, que très peu soient capables de naître au sens profond de ces mots à nous laissés par son compositeur, et à travers lui, tous nos prédécesseurs ? Là réside le constat amer qui a indisposé le Père Rodrigue Gbédjinou.

En 112 pages, « Enfants du Bénin, debout ! (Hymne national commenté) » nous révèle la richesse de notre hymne, tout en en relevant la splendeur, la charge éthique, exhortative, morale, civique, historique. Rodrigue Gbédjinou a donc fouillé strophe par strophe l’Aube nouvelle pour ressortir de façon presque exhaustive, les grands enseignements qu’elle comporte. L’auteur ajoute comme épices, non seulement le sens de ce beau titre mais détaille surtout l’histoire des couleurs de notre drapeau, leur signification et messages. A la lecture de cet ouvrage, on se croit en face d’un hymne inconnu. Pourtant¸ il s’agit bien de cet « Enfant du Bénin, debout ! La liberté d’un cri sonore … » composé en toute concentration par feu Abbé Gilbert Dagnon. Le travail d’exégèse du Père Gbédjinou permet de savoir que nous avons un hymne profond, dont nous ne jouissons pas, puisque plus habitués à la culture de son exécution machinale. Ainsi, bien de nos comportements blessent au quotidien l’esprit de ces mots si bien réfléchis de notre Aube nouvelle. Comme l’auteur l’a si bien démontré, notre hymne comporte toutes les valeurs à incarner par chaque Béninois(e) pour un vivre-ensemble harmonieux et pour la construction d’une nation prospère. A la lumière de cet essai, il appert que si nous incarnons notre hymne, nous incarnerons nos textes; si nous écoutons notre hymne avec notre cœur, nous suivrons notre Constitution; si nous enseignons notre hymne, nous fabriquerons de bons citoyens. Tout comme il nous prévient suffisamment des erreurs de nos aïeux à éviter aussi bien par la jeune génération et celles à venir en vue de l’édification d’une nation prospère.

Exégète rigoureux…

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Gbédjinou a fait œuvre utile. Grâce à son livre, nous comprendrons l’urgence de devenir une nation : « Comme enfant, chacun se reconnaît de tout Béninois ou Béninoise, frère ou sœur. Ce qui compte par-dessus tout, c’est donc le Bénin. Nous ne chantons pas Enfants du Sud, du Nord, de l’Est, de l’Ouest, mais Enfants du Bénin…Nos anciens petits royaumes, comme tous les autres de la terre, se livraient des guerres d’expansion. L’histoire des Etats s’est malheureusement ainsi constituée. Mais désormais ensemble, il nous faut aller au-delà de tout ressentiment vis-à-vis du passé, par un travail méthodique sur le vivre-ensemble (…) Être nation n’implique pas l’abolition ou la négation des diverses particularités ethniques ou régionales constitutives du peuple, mais celles-ci doivent s’intégrer de manière organique et dynamique pour le bien de tous. » (pages 28-29)

Grâce à ce livre, nous comprendrons la vocation de notre hymne de nous mettre debout, c’est-à-dire devenir Homme, des Hommes libres : « Chaque fois que nous répétons alors : « Enfants du Bénin, debout », c’est notre liberté que nous proclamons. La liberté, après les mépris de l’esclavage et de la colonisation qui nous ont mis à genoux et couchés… « Enfants du Bénin, debout », c’est donc le refus du mépris, de tout mépris et de toute collaboration au mépris. Aucun Béninois, par amour pour la Nation, ne devrait ni activement ni passivement coopérer à ce qui arrière ou aliène la Nation » (pages 32-33).

  Grâce à son ouvrage nous retrouverons pour nous réapproprier l’audace de nous indigner, ce « cri sonore » qui nous enseigne que « pour une nation et un peuple, être libre consiste à rechercher, défendre et sauvegarder le Bien commun. Chaque fois que le Bien commun est hypothéqué, attaqué et confisqué par quelques-uns au détriment de tous, le cri sonore est un droit et un devoir de liberté (…) Chaque Béninois (e) doit savoir s’autosaisir du droit et du devoir d’indignation, face à tout homme ou à toute femme réellement victime d’injustice » (page 36)

Grâce à ce livre, nous saurons que notre hymne nous inocule depuis la force de l’émerveillement : « Chante aux premiers feux de l’aurore » signifie donc émerveille-toi face au bien, participe et coopère au bien. N’aie pas mal que l’autre réussisse, sinon tu deviendrais l’impie » (page 39). A travers ce chef-d’œuvre du Père Gbédjinou, nous saurons ne plus jamais nous détacher de notre hymne, qui nous appelle à garder mémoire de nos ancêtres, une mémoire qui nous apprend et nous rappelle « le courage sans faiblesse, l’engagement au bien commun, la mobilisation pour les nobles causes, l’audace du combat par la force de l’indignation… » (page 46). Aussi, il nous appelle à être les bâtisseurs et constructeurs du présent ; nous exhorte à l’unité, notre force et notre espérance ; et à construire sans relâche pour la postérité. Tout ceci se résume enfin à regarder et à garder notre drapeau, à aimer notre patrie. « Regarder le drapeau, c’est s’engager à faire la fierté du Bénin, en le portant, par nos attitudes, nos habitudes et nos aptitudes, comme une marque déposée » (page 79).

Ces quelques extraits nous convainquent que notre hymne, à l’instar des textes sacrés ou historiques, avait besoin d’un exégète rigoureux pour être efficacement pénétré. Qui de nous savait, en effet, que : « L’Aube nouvelle est alors un document ou un instrument de travail, un chantier ouvert, un programme à explorer, un projet du présent et de l’avenir » ? et qu’« Elle a le pouvoir de nous réveiller et de nous ressusciter comme peuple si nous savons en dégager toute la charge mystique, en ne l’exécutant pas seulement de manière machinale, mais surtout en comprenant de l’intérieur, en l’intériorisant et en nous l’appropriant. » ? (pages 20-21) Somme toute, cet ouvrage, qui révèle la profondeur de notre hymne commun, tout citoyen devrait l’acquérir, non pas pour enrichir un prêtre qui a fait vœu de pauvreté, mais pour nous enrichir des valeurs indispensables à l’édification d’un Bénin-nation prospère.

 

A B. AGBON(Coll.)

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