Bénin/Numérique: Avènement des Photographes professionnels

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Elle n’était donc pas gagnée d’avance. Cette guerre des téléphones Android aux photographes aura montré ses limites. Ce fut juste, visiblement, un déclic pour éveiller en eux le professionnalisme qui somnolait. En football, on parlera d’une remondata…

 

L’avènement du numérique et partant des portables Android avec son lot de photographes qu’il a créé (chacun pouvait se prendre en photo comme il veut) et qui a ravi la vedette aux vrais preneurs d’images avait fait craindre le pire. En son temps, leur indispensabilité pour les événements s’est vue réduite. Pratiquement plus sollicités, leurs chiffres d’affaires, eux, tourneront désormais au ralenti. Mais c’était sans compter avec la rage, la passion du métier. Ainsi, loin d’abandonner, ils se saisiront de la seconde face de la pile : le numérique qui a failli les sombrer pour revenir à la surface. Aujourd’hui, c’est sans appel. Les courbes humaines sont savamment orchestrées. L’effet est immédiat. Aucune comparaison n’est autorisée. Sur les profils, statuts WhatsApp et autres, les photos en haute définition rivalisent. L’éclat et la netteté qui s’y dégagent accrochent le regard. Laissent pantois. Elles sont si châtiées qu’elles donnent, à l’arrivée, l’impression de laisser transmettre aussi la beauté de l’âme de l’individu. Comment en est-on arrivé à cette transposition?

 

Le professionnalisme

«J’ai choisi d’être photographe professionnel parce que j’adore le beau. J’aime voir du beau autour de moi. J’aime ressortir ce que tout le monde ne peut voir en mes clients. En tant que photographe, ma mission est de ressortir le beau qui réside en chacun d’eux. Il y arrive que je fasse des photos et que, face au résultat final, le client s’exclame: je ne pensais pas que j’étais aussi beau ! Quand le client est satisfait, c’est une source de motivation. Du coup, on se dit que c’est de bonne guerre. Il faut continuer l’aventure», explique Alban Sodjinou, de son blaze ‘’Reflexboy photography’’, photographe et réalisateur audiovisuel. Selon ses propos, face à la menace que représentaient les Android, «… La jeune génération de photographes a commencé par travailler, par proposer de nouvelles techniques de photographie. De nouvelles manières de retoucher sinon, avant, on ne retouchait pas. Maintenant, vu que la technologie évolue, on ne finit pas d’apprendre. Avec les nouvelles techniques de retouche, de prise de vue, la photographie a monté d’un niveau. Ce n’est plus ce qu’on avait l’habitude de voir. Donc, de fil en anguille, ça a pris. Les gens ont compris la différence entre les photos prises avec leurs portables et celles des appareils photos professionnels», fait-il savoir. «C’est vrai qu’à un moment donné, les gens n’arrivaient plus en studio comme avant. Aujourd’hui, on retravaille la photo de sorte à lui donner un éclat. Ça a changé l’image de la photographie», complète à sa suite, Fréjus Fiossi, alias ‘’Fréjus Le Miroir photography’’.

 

Mais avant : la passion et la formation

Face au challenge, les férus des belles images ont donc fait l’option du professionnalisme. Lequel professionnalisme doit son essence à la passion du métier qui elle, en appelle à la formation. C’est du moins, ce qui ressort des dires. «La photographie, pour moi, c’est une passion. Depuis le secondaire, quand on a des activités, mon problème, c’était comment m’arranger et trouver un appareil photo», relate Fréjus Fiossi. Après son Baccalauréat, poursuit celui à qui l’on doit les fières allures que déclinent les statuts et profil de la Présidente de l’Union des professionnels des médias (Upmb) du Bénin, Zakiath Latoundji, il va s’inscrire dans une Ecole de l’Audiovisuel où, il obtint sa Licence en prise de vue. Après un bref parcours en tant que Chef service prise de vue dans un média de la place, il démissionne pour se concentrer exclusivement sur sa passion : la photographie. «J’ai fait une formation professionnelle… Pour être photographe professionnel, d’abord, il y a le matériel. En plus du matériel, la formation parce que tu as beau avoir un appareil professionnel, sans une bonne formation, tu ne peux pas l’utiliser. Vice versa», signifie-t-il. Mais d’un autre côté, cette passion se veut héréditaire. «La photographie chez moi est un héritage. Je l’ai héritée de mon papa photographe qui, très tôt, m’apprenait comment prendre les photos. C’est de là que le déclic est parti», confie Alban Sodjinou, Agent permanent en service à la Direction de communication de l’Assemblée Nationale. «Une fois à l’Université, j’ai appris l’anglais. Ensuite, les télécommunications et, c’est quand je finissais que j’ai pu m’offrir mon premier appareil photo amateur… L’idée m’est, par la suite, venue d’aller me faire former en photographie. Quand j’en ai parlé aux parents, je n’ai pas eu leur avis favorable. Mais, je me suis inscrit dans un centre de formation et au bout de 2 ans, j’ai commencé par exercer de façon plus professionnelle», expose-t-il.

Au nom de la qualité

La passion et la formation, au terme de nos investigations, ne représentent pas à elles seules, les conditions pour être photographe professionnel. Parfois, face à l’une des exigences du métier, elles s’effritent, se résument à l’expression simple d’un souhait. En réalité, les appareils professionnels, «c’est du matériel qui coûte vraiment cher. Plus d’un million cinq cent (1 500 000) F Cfa», renseigne Fréjus Fiossi de ‘’Fréjus Le Miroir photography’’. «Pour ce que j’utilise actuellement, le boîtier plus les objectifs m’ont coûté plus de 7 000 000 F Cfa», dévoile-t-il. «Pour un bon boîtier professionnel, il faut débourser en moyenne 1. 500. 000 voire 2 000 000 F Cfa. A cela s’ajoutent les objectifs, les accessoires, la lumière. En résumé, ça revient énormément cher mais si c’est pour avoir la qualité, le coût ne peut être un obstacle», renchérit Alban Sodjinou de ‘’Reflexboy photography’’. Du coup, désormais, le prix de la pose est lui aussi revu.

De 500 à 5000F Cfa et pourtant… 

Hier, pour se faire photographier, il suffisait de disposer d’une somme de 500 F Cfa. Aujourd’hui, ne pose pas en photo qui veut mais qui en a les moyens financiers. 5000 F Cfa, c’est le pass. Curieusement, le constat qui se dégage est plutôt étrange. Les photographes professionnels sont davantage sollicités. Anniversaire de mariage, de naissance,  cérémonies diverses, etc. et, les voilà prisés. «Chez moi, la pause, c’est à partir de 5 000 F Cfa, les portraits à 10 000 F ; mais les gens sont toujours prêts à payer», fait-observer Alban Sodjinou qui complète, «si tu t’appliques bien et te démarques, les gens viendront toujours vers toi et seront prêts à payer ton prix». Et, là-dessus, il n’a pas menti. Puisque, ce mardi 25 août 2020, en décidant de nous rendre au studio de Fréjus Fiossi à Sikècodji, pour l’entretien entrant dans la rédaction de cet article, c’est parce que l’homme nous aura convaincu de par ses œuvres qu’il a l’intelligence de signer et qu’il nous arrive de contempler sur les médias sociaux. Mieux, ici à Sikècodji, on est davantage persuadé. Tout le long de la rue de l’Eglise du christianisme céleste qui mène à son studio, pas d’affiche, d’enseigne qui renseigne sur son lieu de travail. Lequel studio, se retrouve, par ailleurs, être à l’intérieur d’une maison. «Je n’en ai pas besoin. Mes clients connaissent ici et si quelqu’un veut bénéficier de mon service, il m’appelle et  je lui indique le lieu. Je travaille plus avec les particuliers, les ministères», lâche-t-il, l’orgueil à peine voilé, suite à notre étonnement.  Et pour une pose photo, chez ‘’Fréjus Le Miroir photography’’, il faut également prévoir au minimum 5000 F Cfa même si parfois, le prix est légèrement revu à la baisse. Dans l’un ou l’autre des cas, cela n’empêche pas le client de demander plusieurs poses à la fois. Et pour la moisson journalière, il y arrive que l’homme fasse une recette de «30.000 et même plus par jour» tout comme, il peut arriver aussi que la veine ne soit pas au rendez-vous. Ce qui est sûr, telle qu’elle, la photographie, à en croire nos deux sources, nourrit pleinement son homme.

Cyrience KOUGNANDE

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