Face à la diaspora béninoise: Le verbatim des propos de Joël Aïvo

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Jeudi 13 août 2020, le professeur Frédéric Joël Aïvo a participé à une vidéoconférence avec des béninois de l’extérieur. Animé par le journaliste Francis Laloupo, cette conférence était pour la diaspora béninoise, l’occasion de mieux cerner le projet de celui dont la candidature à l’élection présidentielle apparaît de plus en plus probable, et de mieux comprendre sa stratégie face aux nombreux obstacles posés par les réformes politiques, sur le chemin des candidats à la magistrature suprême.

Le professeur Joël Aïvo a répondu à des questions touchant tous les sujets de l’actualité nationale.

 

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Sur l’économie

« Sans langue de bois, le professeur Aïvo a dénoncé « le retour des monopoles, non plus d’Etat comme on a pu en connaître dans les décennies 70 et 80, mais des monopoles au profit exclusif d’entreprises appartenant à un petit groupe d’hommes d’affaires issu du clan du président de la république. Le Port, le Coton, les médicaments, l’anacarde, les hydrocarbures, l’industrie touristique, la sécurité aéroportuaire, presque tous les secteurs-clés de l’économie sont contrôlés par des proches du Président. Une situation qui a poussé de nombreuses entreprises à déposer le bilan ou à déplacer leurs activités vers d’autres pays de la sous-région, laissant sur la paille des milliers d’employés. Pour redonner du souffle à notre économie, il faut casser les monopoles ».

Sur l’agriculture

« L’agriculture béninoise souffre depuis de trop longues années de la dictature du coton. Une dictature qui pour des raisons évidentes s’est renforcée au cours du quinquennat finissant. Or, soulignera-t-il, toutes les études, tous les rapports sur notre modèle de production du coton, mettent en évidence l’iniquité et la non-durabilité de ce modèle. Il ne s’agira pas d’arrêter la production cotonnière ; il s’agira de rééquilibrer notre production agricole en faisant plus de place à des spéculations plus inclusives, tout en proposant un nouveau modèle plus durable de coton ».

Sur le social

« L’école et l’hôpital ont été les parents pauvres de la gouvernance de Patrice Talon. L’exemple le plus caricatural de ce mépris du président pour les plus faible, c’est l’insolence de l’étalage du luxe au palais présidentiel obtenu, semble-t-il, à plus d’une dizaine de milliards, au nez et à la barbe de la misère du CNHU, le plus grand hôpital du Bénin. Un peuple bien éduqué, bien soigné et mangeant à sa faim est un peuple productif. Ce triptyque devrait être une priorité non pas seulement du prochain président, mais celle de tous les futurs présidents du Bénin. Il est possible de sortir 100.000 béninois de la pauvreté chaque année en mettant en place un revenu universel, financé par la réduction du train de vie de l’Etat »

Sur les risques d’une nouvelle élection exclusive

« Généralement je ne m’étends pas beaucoup sur les stratégies pour le parrainage. Ce que je peux vous dire, c’est que pour pousser à l’exile et disqualifier ceux qui apparaissaient comme ses challengers les plus sérieux, puis imaginer et mettre en place des dispositions aussi mortifères que celle du parrainage, il faut avoir très peur de son peuple. Dans l’état actuel de nos institutions, il ne semble n’y avoir aucune solution au plan juridique. La solution ne peut être que politique : soit le parrainage tombe, soit on l’ouvre à tous ceux qui remplissent les conditions pour briguer la magistrature suprême. Mais il ne sera pas acceptable que Patrice Talon aille seul à ces élections où contre des adversaires qu’il aura lui-même sélectionnés. Si je suis convaincu de quelque chose, c’est que le parrainage n’arrêtera pas la volonté de ce peuple de reprendre en main son pays. »

 

Ses rapports avec “Les Démocrates”

« J’ai d’excellents rapports avec la classe politique attachée à la démocratie et à l’Etat de droit. J’ai beaucoup d’amis parmi les démocrates avec lesquels j’entretiens des contacts réguliers parce que nous menons la même lutte. Nous sommes tous conscients qu’unis nous seront nécessairement plus forts »

Que faire de la 8e législature ?

« Si je décide d’aller aux élections, je veux être le candidat de l’apaisement et du rassemblement. Parce que ce peuple a besoin de renouveler sa confiance dans la politique et dans les hommes qui l’animent, dès le mois de mai prochain, je convoquerai des assises nationales pour que nous redéfinissions ensemble les bases d’une nouvelle société. Ce sera au peuple béninois de décider »

 

A propos des partisans du boycott

« Je comprends les doutes de nos compatriotes qui pensent qu’il est quasiment impossible de garantir une élection juste et crédible. Je respecte leur volonté de ne pas participer aux prochaines élections. Mais vu l’état de déliquescence de notre pays, je considère que le boycott équivaut à une capitulation. Notre pays a besoin de solution, pas de capitulation. Les 5 dernières années ont été probablement les plus longues que notre peuple ait jamais vécues. Vous le savez mieux que moi, il brûle d’impatience de récupérer son pays et ne pardonnerait pas à ses leaders de jeter à l’eau cette ultime occasion qui lui est offerte de le faire. Je ne suis pas un magicien, je ne suis pas un militaire. J’ai en revanche des compétences et des ressources pour faire régénérer une démocratie érodée dont il ne reste que 2% »

Sur sa sécurité

« Je ne vais pas nier que mes compagnons et moi, parce que nous avons décidé de voler au secours de notre pays, côtoyons le danger tous les jours. Il est devenu très dangereux de s’engager pour son pays ; faire de la politique est aujourd’hui une activité extrêmement risquée pour toute personne refusant de se soumettre. Je n’aime pas trop parler de ma personne, mais savez-vous qu’on m’a menacé en 2018 de me radier de la fonction publique, après que je me suis ouvertement opposé au deuxième projet de révision de notre constitution ? Lors de mon mandat à la tête de la faculté de droit, j’ai reçu 3 missions d’audit. Je ne compte plus le nombre de personnes bien renseignées qui m’ont demandé de faire très attention à moi. Mais c’est Dieu qui nous protège »

Conclusion

« N’ayez pas peur. Je vous en supplie, n’abandonnez pas votre pays. »

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