Sport au Bénin / De 1960 à ce jour: «Il n’y a pas eu d’avancée. (…) Nous avons une évolution en dents de scie», dixit Hector Houégban

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Sociologue, communicateur puis acteur du développement sportif et culturel, Hector Houegban est un ancien membre de Cabinet du ministère des Sports. Dans le cadre de la célébration de la fête de l’indépendance du Bénin, il a levé un coin de voile sur les acquis et les regrets dans le domaine du sport au Bénin de 1960 à nos jours. Pour le sociologue, il est temps de revoir le mode de fonctionnement pour rendre rectiligne le parcours sportif béninois. Lisez-plutôt !!!

 

Quels sont les acquis et les regrets d’hier à aujourd’hui dans le domaine du sport, toutes disciplines confondues ?

Dans le domaine du sport, notre pays durant 60 ans d’indépendance a essayé d’exister par sa participation à l’animation du sport continental. Mais, sans une organisation sérieuse, il n’est resté qu’égal à lui-même. Néanmoins, il y a eu quelques acquis en matière des performances qui font qu’on cite le Bénin dans l’histoire du sport continental. Nous distinguerons trois périodes. La période post indépendance, la période révolutionnaire et l’ère du Renouveau démocratique.

Parlant de la première période, à l’instar des pays d’Afrique Noire francophone, au lendemain des indépendances, le Bénin a pris le sport comme outil d’affirmation de la souveraineté en adoptant durant cette période, une politique sportive marquée par la course aux titres internationaux. On se souviendra de la médaille de bronze décrochée par l’équipe nationale de football du Dahomey en 1963 en Côte-d’Ivoire lors des Jeux de l’Amitié mais surtout de la redoutable équipe du Dahomey qui a fait trembler la Tunisie aussi bien à Porto -Novo (2-2) qu’à Tunis (1-1). C’était en 1964 dans le cadre des éliminatoires de la Coupe du monde. La rencontre a été déplacée sur un terrain neutre à  Casablanca au Maroc. Le Dahomey a obtenu son troisième match nul (0-0) mais fut éliminé par un tirage au sort qu’on qualifiera plus tard de «truqué». Dans les buts du Dahomey, il y a avait un certain Ana  Charles. Le portier dahoméen a été le malheur des tunisiens. Ana Charles fut consacré  Gant d’Or Africain, Meilleur Gardien de But Africain des années 1960.

Durant la période révolutionnaire, celle qui va de 1972 à 1990, le Bénin était dirigé par un régime révolutionnaire avec un parti unique, le Parti de la Révolution Populaire du Bénin, le PRPB qui contrôlait tous les secteurs de la vie politique y compris le sport. Au temps de la révolution, la politique était de mettre le sport au service de la jeunesse en adoptant en 1976, un charte qui stipule que le sport est un instrument politique de premier choix et que son organisation incombe à l’Etat. Nous sommes ici en plein dans le sport de masse orienté vers l’épanouissement de l’homme. Que ce soit au niveau national, passant par les quartiers, villages, communes, districts et provinces, le sport était entièrement contrôlé à tous les niveaux par les représentants du parti désignés de droit comme dirigeants du sport. C’est tout de même en cette période que le Bénin a commencé par prendre part aux Jeux Olympiques(JO) avec la participation aux Jeux d’été  de 1972 qui ont eu lieu au Stade Olympique de Munich en République Fédérale d’Allemagne. On retiendra également de la période révolutionnaire, la toute première  qualification en demi-finale de la Coupe des coupes, devenue Caf, tournoi réservé aux vainqueurs de coupes nationales. C’était en 1987 avec les dragons de l’Ouémé. En boxe, pour les années 80, on se souviendra de Georges Boco surnommé le « Roi des KO ». Georges Boco a représenté le Bénin aux JO de 1984 à Los Angeles aux États-Unis.

Avec l’avènement du Renouveau démocratique, les nouveaux dirigeants ont cherché à rompre avec le modèle sportif révolutionnaire. Ainsi, les États Généraux du secteur Jeunesse et Sport ont abouti à l’adoption d’une nouvelle charte qui réaffirme la volonté de l’État d’asseoir la politique sportive sur la démocratie et les droits de l’homme. En boxe, on  retiendra un nom : Aristide Sagbo alias « Soweto », le plus grand optimisme béninois de tous les temps. « Soweto », c’est 58 combats, 56 victoires, 11 KO, neuf fois Champion d’Afrique. Le Bénin s’est surtout révélé au monde dans les années 90 avec Aristide ce pugiliste hors pair. Il a été sacré Champion à Vie par la Confédération africaine de Boxe. Pour lui rendre un hommage éternel, le dramaturge Hermas Gbaguidi à  travers le Collectif Initiative Soweto, dont je fais partie, a réalisé une pièce théâtrale en sa mémoire. Il s’agit de la pièce « Les confessions de Soweto » dont la première a eu lieu le 25 janvier 2020 au Centre Artisttik Africa de Cotonou. « Soweto » restera le meilleur pugiliste béninois de tous les temps. Paix à son âme. En 2004, Fabienne Faraez sera le porte-drapeau du Bénin aux Jeux d’Athènes. Mais on retiendra 2008, comme l’année de la toute première participation du Bénin aux JO sur la base d’athlètes qualifiés. C’était à  Séoul (Corée du Sud), en taekwondo avec Stanislas Ogoudjobi. Aujourd’hui en athlétisme, Noëlie Yarigo, Odile Ahouanwanou  font la fierté du Bénin. Il y a eu aussi des titres décrochés par les handballeurs, les volleyeurs. En Karaté Océane Ganiero règne sur l’Afrique en Karaté dame. Notre pays fait aussi des exploits en Rollers Sport. Les Écureuils Rollers ont signé leur troisième victoire continentale en 2019 à Kinshasa en RDC.

En football, on retiendra l’historique qualification des Écureuils du Bénin en quart de finale lors de la Can 2019. Voilà ce que je peux dire s’agissant des acquis. Mais si très tôt, nous avions su prendre les dispositions nécessaires pour faire du sport un levier de développement, nous serions déjà bien loin aujourd’hui. Je vous parle déjà de mes regrets. On pouvait mieux faire, si notre sport n’est pas continuellement laissé à l’étape de sport loisir.

Y-a-t-il eu des bonds ou a-t-on fait du surplace ?

Du moment où avec notre sport, nous ne sommes pas si tant connus, il n’y a pas eu d’avancée. Je sais qu’on m’opposera l’historique quart de finale des Ecureuils à la Can 2019. C’est une bonne chose et cela encourage pour la suite. Mais, c’est peu de choses  pour une Nation comme la nôtre qui vient de passer 60 années. Nous avons une évolution en dents de scie. Nous attendons toujours une toute première médaille Olympique. Il est temps de revoir notre mode de fonctionnement pour rendre rectiligne notre parcours et surtout monter.

Qu’est-ce qu’on peut revoir pour que le Bénin devienne véritablement une nation sportive à l’instar d’autres ?

Après plusieurs décennies de navigation à vue, je pense qu’il est temps de se doter d’un gouvernail solide. Nous devons replacer la pratique sportive dans son contexte normal. Le sport doit cesser d’être un loisir et un jeu. Il doit être pris comme un important outil de développement comme les grandes Nations sportives dans le monde ont su nous le montrer. Le sport est devenu un enjeu économique, un outil de cohésion sociale, un enjeu politique. Nous devons  ouvrir la porte à la professionnalisation du sport.  Ainsi,  celui qui s’y adonne doit pouvoir en jouir. D’où, il sera obligé de s’y consacrer entièrement pour donner au pays des résultats dignes qui vont durer dans le temps. Sur cette question, permettez-moi de féliciter le gouvernement actuel et le Ministre des sports actuel, Oswald Homeky, qui font des efforts pour redresser la barre. Vous n’êtes pas sans savoir que  le processus d’élaboration d’une nouvelle Charte des Sports pour le Bénin a été enclenché. Nous disons courage au Ministre et souhaitons plein succès aux membres du Comité chargé de l’élaboration des nouveaux documents. Notre souhait est que ces nouveaux projets qui seront élaborés soient assez vite élaborés et adoptés par l’Assemblée Nationale pour un nouvel envol du sport au Bénin.

Sous quel président/gouvernement, les choses ont semblé marcher plus dans le sport ?

Tous les gouvernements ont fait un effort pour voir le sport s’animer.  Mais, ils n’ont pas réellement cru en la capacité du sport, en la force que représente l’industrie sportive pour un pays. C’est pourquoi nous sommes aujourd’hui heureux de savoir que le gouvernement du Président Patrice Talon est en train d’agir dans ce sens. Et donc,  il faut reconnaître que c’est sous le gouvernement du Nouveau Départ que les choses commencent par bouger véritablement. On peut dire enfin ! Nous avons la chance d’avoir un Chef d’Etat très attentif au sport. Il y a un gros investissement dans le secteur sportif. Les lendemains sont prometteurs. Il nous faut continuer sur cette lancée, mais surtout que le cadre juridique suive parce que la mise en place de projets structurants dans le secteur Sport comme dans tous les autres secteurs appelle en effet la mise en place d’un cadre juridique approprié. L’utilisation du sport comme levier de développement peut être une chance pour le Bénin mais suppose des préalables. L’un des plus importants à mon sens est la correction de l’omission du secteur dans les dispositions de l’article 98 de la Constitution. Le sport relève du domaine de la loi, il faudrait donc le remettre à sa place. Nous voudrions vraiment inviter notre Représentation Nationale à se pencher sur cette question qui nous paraît fondamentale pour un nouvel envol du secteur. Le Sport relève du domaine de la loi, il doit donc  figurer clairement dans l’article 98 de la Constitution. Cette question nous l’agitions depuis bientôt trois ans.

Je m’en voudrais tout de même de finir sans souligner que le Bénin vient d’innover avec l’invention du Tonsiminball, un jeu collectif de ballon créé par le compatriote AnadiKodjo Dominique. Avec le Tonsiminball, le Bénin ambitionne d’inscrire l’Afrique au fronton de l’histoire sportive de l’humanité. Le Tonsimin a besoin d’être soutenu pour être mieux vulgarisé au Bénin, en Afrique et dans le monde. Après 60 ans d’indépendance, je crois que c’est une bonne nouvelle.

Propos recueillis par : Abdul Fataï SANNI

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