Parrain d’un échange en ligne avec la Diaspora: Soglo parle d’indépendances, de néocolonialisme et nouveaux défis

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Des Béninois de la diaspora, dans le cadre de la commémoration du 60ème anniversaire de l’indépendance du Bénin, ont organisé le même jour, samedi 1er août  2020, un débat de plusieurs panels, en ligne. Réunis au sein du Collectif pour la sauvegarde de la démocratie au Bénin (Csdb), ils ont eu pour parrain de la soirée Nicéphore Dieudonné, ancien président de la République, ancien Maire de la ville de Cotonou et Vice-président du Forum des anciens Chefs d’Etat et de Gouvernements d’Afrique, créé en 2006 à Maputo sous le haut patronage de Nelson Mandela. Ce fut l’occasion pour le président Soglo de présenter une communication sur « Les  Indépendances africaines, néocolonialisme et nouveaux défis ».

 

A partir du thème à présenter, l’ancien chef de l’Etat, Nicéphore Soglo a fait une intervention en trois points. Dans un premier temps, il a développé : « 60 ans après les indépendances, peut-on considérer que l’Afrique est toujours sous tutelle européenne ou sommes-nous juste soumis aux réalités de la diplomatie internationale? ». En point 2, il s’est demandé si «  La responsabilité n’incombe-t-elle pas à nos leaders et intellectuels qui n’ont pas su conduire nos peuples vers la souveraineté réelle et entière,  la volonté de s’éterniser au pouvoir de nos dirigeants  ne les ont-ils pas rendus plus faibles et manipulables par les anciennes puissances coloniales? ». Enfin au point 3, Nicéphore Soglo s’est interrogé sur « Comment pouvons-nous renégocier l’exploitation de nos ressources minières et les accords de défense; face à la menace terroriste, pouvons-nous envisager une réponse exclusivement africaine? ». En substance, à en croire le président Soglo, la Françafrique perdure depuis 60 ans. « Heureusement pour nous, le Nigéria a dû faire face et vaincre une agression diabolique, barbare, pendant la guerre fratricide du Biafra de 1967 à 1970. La fédération nigériane a tenu le choc, n’a pas volé en éclats et mis en déroute ses adversaires. Elle porte aujourd’hui, comme jadis la Prusse de BISMARK en Allemagne et le Piémont Sardaigne de Cavour en Italie, l’espoir d’une renaissance africaine en Afrique de l’Ouest », se réjouit-il. Fort de cet exploit historique et de ce que représente l’Etat fédéral aujourd’hui sur le continent africain et dans la sous-région en particulier, Nicéphore Soglo propose : « Nous devons en effet, recouvrer notre souveraineté monétaire, notre souveraineté militaire avec une armée régionale unique, bâtie sur le modèle de la Chine, de l’Inde, du Pakistan, de la Corée du Nord en Asie, ou de la Turquie et de l’Egypte au Moyen-Orient et en Afrique. Et que désormais des pick-up ou des motos armées de kalachnikovs ne puissent plus mettre en déroute nos forces armées, qui se reposent trop souvent sur des forces étrangères. Une marine fédérale régionale pour protéger nos pêcheurs du pillage de nos ressources halieutiques. Nous devons enfin mettre un terme au pacte colonial, en transformant sur place nos immenses richesses pour jeter les bases de nos industries et créer des emplois dans les secteurs de l’agriculture, de l’énergie, des communications, avec des chemins de fer reliant toutes nos capitales. C’est ce qui a été fait aux Etats-Unis d’Amérique par VANDEBILT, Jay GOULD et CARNEGIE etc ». Mais comment y parvenir ? Le premier président de l’ère du Renouveau démocratique au Bénin pense que «  C’est une question de volonté, de détermination et d’organisation ». Et, sur ce plan, il y a de l’espoir semble dire Nicéphore Soglo : « L’histoire nous démontre, tous les jours, que la coexistence entre peuples est et sera toujours un rapport de force. Il est temps pour nous de quitter ce statut de néo colonie. Il ne faut pas être naïf ! François-Xavier VERSCHAVE a dépeint la situation des états francophones d’Afrique noire dans ses ouvrages. Il les a résumé dans celui intitulé ‘’Au mépris des peuples’’. Mais, nous allons vers la terre promise. Car, ‘’toutes les civilisations sont mortelles’’ comme l’a justement écrit Paul VALERY ». Cherchant à savoir si la responsabilité n’incombe-t-elle pas aux leaders et intellectuels africains, le parrain de cet échange pense que « C’est indiscutable ». Et d’ajouter : « La prospérité sinon la survie des pays colonisateurs, quels qu’ils soient, dépend de la mainmise sur nos immenses ressources naturelles. La démarche gaullienne en ce domaine, a été lumineusement exposée par François-Xavier VERSCHAVE ». Dans son exposé, le président Soglo, reconnaît que la coexistence entre les nations a été et sera toujours un rapport de force. « Le jour où nous aurons notre arme nucléaire, comme la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Corée du nord après les Etats-Unis d’Amérique, l’URSS, l’Angleterre, la France et Israël, nous pourrons plus tranquillement nous consacrer à notre développement », soutient-il.

L’Afrique et les nouveaux défis : le point de vue de Nicéphore Soglo

Au sujet de comment les Etats africains pourraient renégocier l’exploitation de leurs ressources minières et les accords de défense, puis la menace terroriste, l’ancien président béninois et Vice-président du Forum des anciens Chefs d’Etat et de Gouvernements d’Afrique, Nicéphore Dieudonné Soglo  déclare :

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« Si on est souverain, il n’y a rien à négocier. On n’a qu’à exercer simplement sa souveraineté. Le tigre ne proclame, tout de même pas, sa tigritude. La condition de base, ce sont les unions régionales. Aujourd’hui, plus de 200 millions de personnes sont déjà réunies sur un même territoire. Le Nigéria est devenu la première puissance du continent et tend les bras à 15 autres états de l’Afrique de l’Ouest pour avoir une monnaie unique.

En ce domaine, le Président Sourou Migan APITHY est un grand visionnaire et précurseur. Dans son ouvrage “Face Aux Impasses” il invitait l’Afrique de l’Ouest à construire une fédération à partir du quadrilatère Nigéria-Bénin-Togo-Ghana. C’est ce projet que nous avons repris au niveau du Forum des Anciens Chefs d’Etats et de Gouvernements d’Afrique et que nous essayons de vulgariser auprès des chefs d’Etat en fonction. Les autres régions de l’Afrique ne manquent pas de locomotives autour desquelles se construira la synergie d’ensemble pour le continent.

La menace terroriste n’est qu’un piège, une nouvelle forme de déstabilisation à travers un problème bien réel, la lutte contre la pauvreté. Enfin, les nouvelles technologies de l’information, nous ouvrent de nouvelles perspectives et c’est à l’Afrique de travailler à réduire les rapports de force, actuellement en sa défaveur ».

Il faut souligner qu’outre le panel du président Soglo, il y en a eu d’autres pour le compte du débat organisé par le Csdb, cette nuit de l’indépendance. Entre autres, « Défis pour une souveraineté économique », « Libertés  publiques, démocratie et institutions fortes garantissant l’autorité de l’État », « L’éducation, la santé et l’urbanisation, principaux défis sociaux pour le développement du Bénin », « Croissance économique, prospérité partagée et stabilité socio-politique des Etats africains », animés par des panélistes tout aussi compétents.

 

M.M

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