Sports/60 ans d’indépendance du Bénin: El Farouk Soumanou «Chacun des présidents a contribué à l’évolution du sport dans notre pays»

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Samedi 1er août 2020. Le Bénin  célébrera ses 60 années d’indépendance. Dans le domaine sportif quel bilan peut-on faire ? Avec El Farouk Soumanou, ancien Directeur général du Fonds national pour le développement des activités de la jeunesse, des sports et des loisirs (Fndajsl) au ministère des Sports, ont fait le point en retraçant l’évolution du sport béninois d’hier à aujourd’hui. Les acquis, les regrets, les bonds, les surplaces, etc. C’est à travers cet entretien qu’il nous a accordé. Lisez-plutôt !!!

 

Quels sont les acquis et les regrets d’hier à aujourd’hui dans le domaine du sport, toutes disciplines confondues ?

Il faut dire qu’il serait prétentieux de ma part de dire tous les acquis et regrets. Je suis né dans les années 70. Je ne vais pas avoir la prétention de dire réellement et avec assurance tout ce qui s’est passé avant les années 70. Mais de façon générale, je peux dire qu’il y a eu des acquis en matière d’infrastructures sportives. Nous sommes passés des stades et des terrains à terre rouge pour progressivement des stades gazonnés et ensuite des stades avec des pelouses, disons améliorer dans certaines zones, des pelouses synthétiques. Il y a eu également la construction d’infrastructures modernes notamment l’exemple est notre stade de l’Amitié construit entre les années 80. Egalement ces 10 dernières années, il y a eu  quelques infrastructures qui ont été construites. Depuis quatre ans, la construction de certains stades sont en cours et je crois que c’est également des acquis. L’autre acquis, c’est la libéralisation des disciplines sportives parce que pendant une période donnée, notamment en période de la révolution, les équipes qu’on avait étaient des équipes uniquement provinciales où on dit les Lions de l’Atacora, les Caïmans du Zou ou alors des clubs qui étaient rattachés à des structures d’Etat comme la Sobemap, la Loterie nationale, le Port et j’en passe. L’acquis est que progressivement, il y a eu une certaine libéralisation qui a permis en dehors des clubs étatiques, si on peut les appeler ainsi, d’avoir n’est-ce pas des clubs privés. Aujourd’hui, on a des clubs privés en handball comme Pélican ou Flowers  ainsi de suite. Au niveau du football, n’en parlons même plus. On a des équipes comme l’Uss Kraké. D’ailleurs, les équipes qui viennent ou qui portent aujourd’hui le nom des départements ne sont plus la chose  gardée de l’administration mais c’est géré par des privés. Je crois que c’est également un acquis. L’autre acquis, c’est la performance progressive de nos clubs. Depuis 1960, il a fallu attendre 2004 pour que notre pays participe à la Coupe d’Afrique des nations, par exemple dans le domaine du football. Dans les années 2000 également, notre pays a régulièrement participé aux Championnats africains de handball. Nous avons beaucoup d’athlètes qui ont pris part à beaucoup de compétitions en taekwondo et consorts et ont rapporté beaucoup de médailles.  Ça aussi, c’est des acquis dus à une amélioration des conditions de travail de nos athlètes.

Les regrets, depuis 1960 à ce jour, notre pays n’a eu réellement qu’un seul stade omnisport où on peut pratiquer toutes les disciplines. C’est le stade de l’Amitié, construit en 1983. Ce stade est resté le seul jusqu’à nos jours où nous parlons en 2020, après 60 ans d’indépendance. Je crois que vraiment, c’est un grand regret. Il faut dire que malgré les acquis au niveau des infrastructures, l’absence d’infrastructures pouvant abriter de hautes compétitions reste quand même une grande déception. Aujourd’hui, le Bénin n’a pas une piscine olympique. La seule qui se trouve au niveau du stade de l’Amitié n’a jamais été utilisée alors que c’est l’une des rares piscines olympiques de la sous région. C’est vraiment un regret. Aujourd’hui, du centre du pays jusque dans le septentrion, on n’a pas un véritable stade, du genre stade de l’Amitié. Même le stade de l’Amitié est désuet. Il est hors norme. Il ne respecte plus aucune norme. Donc, ça reste aussi un très grand regret. Je regrette que depuis 1960, notre pays n’ait pratiquement pas de  ring de boxe. Aucun ring de boxe, aucun endroit où on peut dire que c’est l’enclos où il nous faut pour faire de la boxe. Le Hall des arts, pendant longtemps, a été utilisé pour cette discipline mais aujourd’hui, nous n’avions pas de salle de boxe où il y a un ring vraiment de qualité où on peut jouer. On n’a aucune salle en dehors du Hall des arts. On n’a pas de salle où il faut pratiquer vraiment le volley-ball et consorts. Pendant longtemps, l’Unafrica est resté le seul espace pour les disciplines de mains. La dernière remarque quand même qu’il me plaît de souligner, comme regrets, c’est le non accompagnement des sportifs qui ne sont plus en activité. Ça a beaucoup manqué. Sous le régime du président Yayi, on a tenté à travers ce que nous avons appelé la Nuit des Oscars, de le faire. Actuellement, ça se poursuit mais il faut plus que ce qui est fait actuellement.

Y-a-t-il des bonds ou a-t-on fait du surplace?

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D’une manière ou d’une autre, on a fait quand même des bonds et après, il y a eu du surplace. C’est le cas du stade de l’Amitié. On est resté depuis près de 30 ans, les différents présidents qui se sont succédé n’ont pas eu le réflexe de construire un autre stade de la dimension du stade de l’Amitié, ne serait-ce que au Centre ou au Nord du pays. Donc sur ce plan d’infrastructures, on a fait pendant longtemps du surplace avant que ces 10 dernières années, on ne commence par avoir des terrains à gazon synthétique dans notre pays, beaucoup d’autres qui sont en construction actuellement. Nous avons également fait des bonds. Si vous revisitez un peu l’histoire de notre pays, les infrastructures que nous avons maintenant par rapport à ceux de 1960-1970, ce n’est pas la même chose. Il y a eu quand même un bond en matière d’infrastructures et en matière de performance également, il y a un bond. Dans les années 60, Dahomey d’alors était signalé dans de grandes compétitions. Mais il a fallu l’année 2000, plus précisément en 2004 pour que le Bénin participe pour la première fois à la Coupe d’Afrique des nations. Pourtant, on jouait toujours au football. Ensuite, il y a eu 2008 puis 2010 et tout récemment en 2019. Donc, il y a eu des bonds parce que les trois premières participations, on n’avait pas passé le premier tour. Mais la dernière fois, on est allé jusqu’en quart de finale. C’est également un bond. Un bond parce que les performances également au niveau du handball, le Bénin a remporté beaucoup de trophées, Idem pour l’athlétisme. Nous avons aujourd’hui de grands athlètes. Il n’est pas nécessaire de les citer ici. Vous les connaissez tous, ceux qui prennent part à de grandes compétitions. Donc, il y a eu des bonds.

Qu’est-ce qu’on peut revoir pour que le Bénin devienne véritablement une nation sportive à l’instar d’autres ?

 C’est le débat de tous les jours. Il faut revoir toute la politique sportive. La charte de la pratique sportive, l’organisation de nos disciplines sportives, les conditions de création des clubs, ainsi de suite. Bref, la charte des sports tout simplement. Je pense que le gouvernement depuis quelques jours, avec le Ministère des sports Oswald Homeky a mis en place un Comité qui est en train de travailler dans ce sens. J’espère que cette charte prévoit ça. Il faut retourner à la base. Au Bénin, nous improvisons. Nous prenons des joueurs qui sont déjà séniors. Il faudra que notre politique sportive retourne à la base. Un peu comme sous la révolution parce que ça, c’est les aspects de la révolution. Il faudra que dès le collège, on commence déjà par identifier les aptitudes des enfants et qu’on fasse leur suivie. C’est un peu l’idée qui a sous-tendu la création des classes sportives. Si cette idée peut être recadrée et approfondie, je crois que le Bénin va évoluer. Mais je dis, en matière de nation sportive, il ne faut pas attendre que le Bénin émerge dans tout, Il ne faut pas forcer. On a l’impression parfois qu’on force dans certaines disciplines. Quand on cite le Sénégal, aujourd’hui, on vous parlera de la lutte. Quand vous citez l’Angola, on vous parlera du basket-ball et même du handball. Quand vous citez certains pays, on vous dit automatiquement que c’est telle discipline sportive. Il faudra que dans quelques années quand on dira le Bénin, qu’on dise que le Bénin, c’est la natation, ou le basket, ou c’est le foot.  Il ne s’agira pas de tout embrasser. Qui trop embrasse mal étreint. Donc, être une nation sportive, ce n’est pas une nation où toutes les disciplines marchent. C’est une nation dont le sport est bien organisé. Ensuite, on identifie les sports où le pays a vraiment des aptitudes. A travers ces sports, le pays fait parler de lui.

Sous quel président/gouvernement, les choses ont semblé marcher plus dans le sport ?

Je crois que c’est une question piège. Moi, je dirai que chacun des présidents a apporté sa contribution. Si je retourne pour ce que j’ai vécu au temps du Général Mathieu Kérékou, je crois qu’on lui doit quand même la construction du stade de l’Amitié qui d’ailleurs porte son nom aujourd’hui et qui se trouve être le seul stade omnisports que nous avons au Bénin jusqu’à ce jour. Quand vous prenez le président Boni Yayi, on dira quand même que c’est sous lui, il y a eu l’organisation de la Nuit des Oscars, qui est une nuit qui a commencé par reconnaître pour la première fois de l’histoire de notre pays, a récompensé les sportifs de plusieurs disciplines. On peut lui reconnaître aussi la construction, même si c’est à la dernière minute, de quelques stades au gazon synthétique. Le gazon synthétique de René Plaven, du stade Atchoukouma de Djougou, de Parakou. C’est quand même sous ce régime là. Tout ça évidemment, il y a des réalisations qui ont été faites avec la collaboration bien sûr de certaines Fédérations. Il ne faut pas occulter cela. Toujours sous le président Yayi, il y a ce qu’on avait appelé «une commune, des infrastructures» qui a permis de construire quelques infrastructures de proximité dans certaines communes. Et quand vous prenez le Président Talon, depuis qu’il est là, beaucoup de chantiers ont été lancés par le ministère Oswald Homeky. Je crois qu’un programme de près de soixante-dix-sept stades a été prévu. Ce que je sais, beaucoup de ces stades, mieux que ce qui avait été fait, il y a eu une certaine amélioration. Ces stades sont en cours et je pense que sous le président Talon, il y a eu des bonds. Notamment en football, on est allé au quart de finale. Sous le président Yayi, on est allé deux fois à la Can,  ainsi de suite. C’est difficile de dire que, tel président a fait plus que d’autres. Je dirai simplement que chacun des présidents a contribué à l’évolution du sport dans notre pays de diverses manières. Evidemment, quand on regarde de façon réelle, on peut dire que chaque président a essayé de tirer leçon de celui qui l’a précédé et a essayé de mieux faire. Le président Yayi a essayé de mieux faire que le président Kérékou. Le président Talon essaye de mieux faire que le président Yayi et tout ça, c’est pour le bien de notre sport.

 

Transcription : Abdul Fataï SANNI et Isabelle GNAMMI (Stag)

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