Chavirement de barque sur le Lac Nokoué: Des démissions s’imposent

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(Le communiqué de Hêhomey : une échappatoire)

Après le chavirement d’une barque sur le lac Nokoué qui a fait 4 morts vendredi 24 juillet 2020, le gouvernement doit des explications au peuple béninois. Et au cas où des autorités à divers niveaux, dont la responsabilité est engagée ne démissionneraient pas, le chef de l’Etat doit prendre ses responsabilités.   

 

 Dans la matinée du vendredi, la barque motorisée surchargée, avec abord une douzaine de passagers et d’importants bagages dont des chaises, des bâches, des ustensiles de cuisine, s’est renversée dans les eaux du lac Nokoué à Cotonou, précisément à hauteur de Yénawa dans le 2ème arrondissement. Selon les témoignages, la barque a quitté Agbodjèdo dans le 3ème arrondissement et serait en partance pour un village lacustre de la commune de So-Ava. Comme bilan, quatre personnes sont décédées et huit autres, dont deux enfants et 6 adolescents, ont été repêchées grâce à la promptitude de certains plongeurs volontaires de la zone qui ont été rejoints par les éléments du groupement d’intervention des sapeurs-pompiers. Le naufrage de l’embarcation a été provoqué par un vent violent, et par ces temps de montée des eaux, le contrôle a vite échappé au conducteur. Si le gouvernement n’a pas encore dépêché une délégation auprès des familles éplorées le week-end pour des messages de compassion, peut-être que cela ne tardera plus.  Ce n’est pas la première fois qu’un tel événement malheureux survient. Qu’il vous souvienne que le 5 août 2019 sur le lac Nokoué, une barque motorisée a quitté la rive de Bopa centre (Commune de Mono)  pour rallier Ahouangbo dans la commune de Kpomasse (Commune de Ouidah), surchargée de marchandises et de passagers. 16 victimes ont été dénombrées dont 12 décès. Parmi les rescapés, il y avait un bébé de trois mois dont la mère est décédée noyée. A l’époque, des membres du gouvernement se sont rendus dans la localité pour le « rituel » d’hommages et de compassion. Mais six mois avant Bopa, ce fut l’accident de Goroubéri survenu sur le fleuve Niger dans la localité de Karimama (Nord du Bénin). Ce 13 février 2019, alors que la barque en surcharge de marchandises avec une centaine de personnes abord était à 200 mètres du marché, la destination, elle a été renversée, selon le conducteur, par le vent. Le bilan était lourd. 45 morts, une soixantaine de passagers secourus et d’autres portés disparus dans les eaux. Est-il besoin de souligner qu’à la suite de ce drame une forte délégation gouvernementale s’est déplacée sur le terrain pour les messages de compassions suivis de don de 5 millions FCfa, des produits vivriers et des fournitures scolaires aux populations endeuillées. A la suite de ce drame de février 2019 sur le fleuve Niger, le gouvernement a semblé prendre le taureau par les cornes. Une série de mesures ont été prises en conseil des ministres le mercredi 20 février 2019, c’est-à-dire une semaine après. «  Une enquête a été ouverte pour situer les responsabilités et prendre des précautions aux fins d’éviter à l’avenir la survenance de tels événements malheureux », peut-on lire dans le compte-rendu du conseil des ministres même si à ce jour, aucun point n’a été fait de la suite de la supposée enquête.  Là n’est peut-être pas le plus important. Mais dans le même compte-rendu du conseil des ministres du 20 février 2019, on peut lire : « Le Conseil a, par ailleurs, instruit les ministres concernés de veiller à la mise en œuvre diligente des mesures essentielles dont : l’installation d’un détachement de police fluviale au niveau des embarcadères, la formation des conducteurs des engins fluviaux, l’obligation de faire respecter la charge utile de chaque barque, l’obligation pour les conducteurs de doter chaque passager d’un gilet de sauvetage, la réalisation d’un manifeste de passagers à présenter avant chaque départ, le renforcement de la réglementation sur le transport fluvial ». Et ce n’est pas tout ! Aussi « préoccupé » qu’il était, le gouvernement de Patrice Talon a fait savoir que « ces mêmes mesures seront étendues aux autres localités de notre pays où le transport fluvial a cours ».

L’heure de reddition de comptes

Dix-huit mois après ces mesures énoncées à grandes pompes, où en est le gouvernement avec la diligence qui devait suivre la mise en œuvre ? Combien de conducteurs d’engins fluviaux regorge le Bénin ? Combien sont déjà formés depuis le drame de Karimama ? Qui doit contrôler la non dotation en gilet de sauvetage à chaque embarquement ? Les mesures attendues pour être étendues aux autres localités où le transport fluvial a cours le sont-elles déjà ? Si non, à quand faut-il espérer cela ? Autant de questionnements auxquels le gouvernement doit apporter des réponses précises. Il y a bientôt un an, le ministre des Finances, Romuald Wadagni, dépêché avec deux de ses collègues par le chef de l’État, dans le Mono après le drame de Bopa, déclarait : « Le maire me disait tout à l’heure que quand on convoque les acteurs privés qui font ces transports, ils ne viennent pas aux réunions. En même temps si on les sanctionne et on interdit, la population réagira. La situation qui vient de se produire interpelle chacun et les mesures radicales vont être prises pour que ça ne se reproduise pas. ». Où sont les mesures radicales annoncées par menace ? Et voilà qu’un autre drame s’est produit.

Hêhomey avait anticipé ?

Le 13 juillet dernier, le ministre des transports Hervé Hêhomey avait rendu public un communiqué radio-diffusé dans lequel il rappelait aux populations des milieux lacustres et des conducteurs d’engins fluviaux les mesures à prendre par ces temps de montée des eaux où le risque est grand. Lire le communiqué ci-joint.  Certes, le ministre Hêhomey a alerté. Mais peut-il s’en laver les mains ? D’aucuns pourraient y voir l’incivisme des conducteurs et autres passagers de ces moyens de déplacement. D’aucuns pourraient aussi dire qu’au finish ce ne sont pas les autorités qui ont péri dans ces accidents. Mais en réalité, qu’a-t-on fait concrètement en amont pour sensibiliser largement et faire appliquer ensuite les mesures gouvernementales prises ? Tous les acteurs sont-ils réellement informé de ces décisions d’il y a dix-huit mois ? Les occupants de la barque qui a chaviré à hauteur de Yénawa ont-ils vraiment fait attention à la diffusion du communiqué de Hervé Hêhomey ?

Ailleurs, plusieurs autorités impliquées dans ces drames, à cause de défaillance ou de dysfonctionnement, auraient déjà déposé leur lettre de démission. Sans doute qu’ici, elles attendent que  ça vienne du chef de l’Etat, lui-même.

 

Worou BORO

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