Tradition ancestrale: Que devient la royauté au Bénin?

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Que devient le sacré au Bénin ? Quand la justice étatique est désormais obligée d’intervenir dans la tradition où tous ces organes étaient prévus et fonctionnaient très bien, n’y-at-il pas de quoi s’interroger sur ce qu’il se passe ? Pour une décision qui se prenait à tour de rôle et tout naturellement, à la faveur de la consultation du Fâ (oracle, art divinatoire), comment expliquer que le processus de désignation du successeur au roi soit de plus en plus amalgamé et souvent assortie d’installation sous haute surveillance policière ?

Les exemples se multiplient, la prise de conscience tarde. Le caractère sacré qui jadis entourait, le fait se voit éventré à l’aune d’intérêts que seuls les intéressés maîtrisent. Désormais, la succession au trône au Bénin s’accommode bien avec la perversion, la manipulation. Elle est tronquée ou parfois influencée par l’argent. L’histoire interpelle. En 2015, à Parakou, après la mort de Akpaki Boukoukinnin II, la succession au trône est encline à des polémiques, contestations et menaces à telle enseigne que la séance devant permettre de désigner son remplaçant, a été placée sous haute surveillance policière. Deux morts, plusieurs personnes blessées graves et d’importants dégâts matériels. Tel est le macabre bilan des affrontements meurtriers qui ont eu lieu, au palais royal de Sinangourou, entre les différents partisans des deux rois de Parakou : Bourou Gobi Gninsè et Akpaki Souanrou. Selon les informations glanées auprès de certains témoins des faits, « ce sont certains jeunes du camp du Roi Bourou Gobi Gninsè qui seraient allés notifier l’interdiction de la prière de vendredi au roi Akpaki Souanrou, roi non reconnu par les autorités politico-administratives », avait rapporté, en son temps, votre quotidien Matin Libre. Un énième rebondissement dans la crise de succession du 27e roi, Akpaki Boukoukinnin II au trône des Koburus. A Tchatchou, quatre mois après la mort du Roi Sina Foru 2, le palais royal des Sanwé, situé dans le cantonnement du royaume de Parakou, se verra lui aussi, secoué par des crises issues de mésententes entre les princes de Parakou et ceux de Tchatchou quant au choix du  nouveau roi. 7 princes se disputaient un trône.

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Par ailleurs, à la suite du décès de feu roi Dédjalagni qui siégeait cumulativement sur le trône des Agoli-Agbo et celui du roi d’Abomey, un nouveau roi devrait avoir la responsabilité de conduire la destinée des Agoli-Agbo. Mais le processus de son accession au trône a été suspendu par le préfet du département du Zou. La cause, certains protagonistes contestent  l’accession au trône du roi Alomankou Agoli-Agbo. Et la saignée ne se donne pas de fin. Depuis la mort de sa Majesté Dada Gandjègni Awoyo Gbaguidi XIV, roi de la cité des Sohavi, l’occupation du trône à Savalou connaît des chamailles. La désignation du successeur de sa Majesté Gandjègni Awoyo Gbaguidi XIV a du plomb dans l’aile au point où, le secours du tribunal de première instance de 2ème classe de Savalou, est attendu. Pour l’instant, le palais royal est fermé et mis sous scellé. La liste n’est pas exhaustive.

Des récits emplis de tristesse et bien plus encore quand on se rend compte qu’au cours de ces guerres sans merci, d’aucuns s’en sortent plumés. Soit le successeur décède quelques temps après son intronisation, soit dans cette bataille, dans les familles, c’est des décès allant du prétendant, à sa femme et ses enfants aussi. Ce qui est aussi regrettable, c’est l’immixtion, depuis quelques années, des politiques dans cette désignation. Chaque partie en conflit, avec l’onction des autorités politiques, tire le drap de son côté. Alors même que le processus du Vidaho n’était pas à son terme à Savalou, l’opinion a pu s’informer de la visite d’un prince de la Cour royale de Savalou au Président de l’Assemblée nationale Louis Vlavonou en juin dernier pour lui présenter le «Vidaho», successeur désigné du roi Gandjègni Awoyo Gbaguidi XIV.  «Ils ont été reçus par le Président du Parlement béninois en présence des députés Bénoît Dègla et Eustache Akpovi», avait rapporté votre journal dans sa parution du 16 juin 2020. Bénoît Dègla et Eustache Akpovi qui sont tous deux de l’aire culturelle  Mahi. Mais le second est un fils de Savalou. Ainsi, comme on le dit, qui contrôle le royaume, peut contrôler l’électorat. Des politiques dans les parages de la royauté ! ça ne doit pas être anodin. Comme le disent certains, qui contrôle le royaume, contrôle l’électorat. C’est peut-être cela la philosophie qui sous-tend la main visible ou invisible du politique dans les affaires de royauté. Seulement, si on y pas prend garde, c’est l’autorité que devrait incarner le roi qui prend un coup.

Mike M.

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