Eugène Zoumènou Dg/Samu à propos de la Covid-19: « De nombreux agents de santé atteints en voulant soigner »

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Atteint, traité et guéri du Corona virus, le témoignage du directeur général du Service d’assistance médicale et des urgences (Samu) Eugène Zoumènou a fait le tour des réseaux sociaux.  Afin d’édifier ceux qui doutent encore de l’existence du mal, il a accepté partager cette expérience avec les lecteurs de Matin Libre.

Matin Libre : De votre témoignage sur Frissons radio, nous avons compris que vous avez été pris en charge au Centre d’Allada. Partagez avec nous les conditions de prise en charge dans cet hôpital de référence?

Eugène Zoumènou : Je n’ai pas été pris en charge à l’hôpital de zone d’Allada. J’ai été mis en isolement à domicile, j’ai reçu les traitements, j’ai reçu les médicaments et j’ai suivi les soins à la maison en étant complètement isolé du reste de la famille. Compte tenu du nombre important de cas, toutes les personnes atteintes par la Covid-19 ne pourront pas être prises en charge dans les centres dédiés. Les cas qui ne présentent pas de détresse respiratoire sont généralement pris en charge à domicile en respectant les règles d’isolement. C’est ce qui a été mon cas. Donc je n’ai pas été pris en charge à Allada.

Cependant, étant un acteur du système de prise en charge, je peux vous dire que les conditions de prise en charge à l’hôpital d’Allada pour les patients atteints de la Covid-19 sont très bonnes. Une très bonne organisation  a été mise en place pour s’occuper des patients. Les patients qui sortent guéris expriment toujours leur satisfaction et une reconnaissance par rapport à leur prise en charge.

Vous avez parlé également d’un “constat affligeant” en évoquant les cas graves. Dites-nous ce qu’il faut comprendre par cette affirmation. Est-ce le fait qu’il y ait assez de cas graves ou le fait qu’il y ait assez de malades qui y sont convoyés ces derniers jours ?

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Quand je dis que le constat est affligeant, ce n’est pas en réalité par rapport à la prise en charge. Vous savez, un hôpital n’est pas un hôtel, donc ce n’est pas par plaisir que les gens s’y retrouvent. Je suis quand même affligé par le nombre de cas graves que nous avons. Il y en a beaucoup, et par la souffrance de ces patients qui présentent des cas graves. C’est difficile de les voir; c’est difficile de les prendre en charge. Et malgré mes plus de 25 ans de pratique de la  médecine, je ne peux m’habituer à la souffrance humaine.  Et cette pathologie génère quand-même d’importantes souffrances chez certaines personnes surtout ceux qui ont des comorbidités, les patients obèses, les patients diabétiques, les patients hypertendus, les patients cancéreux, les patients qui ont une insuffisance rénale chronique, les patients drépanocytaires. C’est une véritable souffrance.

Or, plus le nombre de cas augmente, plus nous aurons des cas graves.

Si vous devez recourir à une thérapie de choc pour amener ceux qui banalisent le mal à prendre conscience, que partagerez-vous avec l’opinion publique?

Quant à ceux qui doutent de l’existence de la maladie ou qui la banalisent, moi j’ai du mal. Et j’ai mal aussi. Parmi eux, il y a des futurs malades. Nous essayons de sensibiliser dans tous les sens, dans toutes les langues. Nous donnons des explications. Ils ont des témoignages de patients malades qui heureusement ont été guéris. Je ne sais vraiment pas ce qu’il faut encore leur dire. Ils disent qu’il n’y a aucune maladie, il faut quand même qu’ils nous expliquent ce qui se passe depuis le mois de janvier; quel est ce mal qui, depuis le mois de janvier, a commencé subitement à attaquer de nombreuses personnes au Benin et partout dans le monde. Des personnes qui en sont malades, qui en souffrent, qui en guérissent mais certains en meurent sans compter le nombre de personnes qui n’ont pas pu aller à l’hôpital avant de mourir. De nombreux agents de santé atteints en voulant soigner. Je ne sais pas quelle thérapie de choc vous voulez encore pour ceux-là.

Les statistiques montrent que le nombre de cas augmente, plus le nombre de cas augmente, plus le nombre de cas graves augmente également. Puisqu’on a environ 10% des personnes qui se présentent avec des cas graves qui vont devoir être pris en charge en milieu de réanimation.

Parlant des cas graves, vous avez estimé que le Bénin ne peut s’occuper d’un certain nombre de cas graves (100). Le Centre d’Allada risque-t-il de déborder si le nombre de cas ne cesse d’augmenter?

Nos capacités d’accueil en lit de réanimation sont limitées. C’est important de le reconnaitre d’autant plus qu’il n’y a pas que les patients graves de Covid-19 qui aient besoin de réanimation. Dans le même temps, nous avons nos pathologies habituelles qui nécessitaient des prises en charge en réanimation. Des femmes qui se compliquent pendant l’accouchement, les accidentés graves, les accidents vasculaires-cérébraux et d’autres pathologies…

Quand on parle de lit de réanimation, on parle d’équipement, de respirateur, de machines diverses, d’oxygène et de beaucoup de médicaments.

Il vaut mieux qu’on ait le moins de cas graves possibles et pour avoir moins de cas graves, il  n’y a pas de miracle, c’est que le nombre total de cas doit être faible.

Et le seul vrai moyen pour y parvenir, c’est le respect des gestes barrières. Malheureusement, nous n’avons aucune autre solution. Le lavage régulier des mains, la distanciation physique, éviter les regroupements, les enterrements, les manifestations populaires et festives inutiles.

 

Propos recueillis par Aziz Badarou

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