Impacts de Covid-19: Le marché de l’assurance en Afrique face au défi de la Digitalisation

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En dépit de la très faible part de marché de l’Afrique (1,31% en 2018) relative aux primes d’assurance émises à l’échelle mondiale alors qu’elle pèse pour 15 % de la population mondiale, le marché de l’assurance africain continue sa progression. Le volume total des primes émises par l’ensemble des compagnies a progressé de 12,3% en 2017 et 5% en 2018. Avec un taux de pénétration de l’assurance qui oscille autour de 3% sur le continent, le marché africain de l’assurance est caractérisé par une population sous-assurée.

 

Néanmoins, plusieurs indicateurs et facteurs plaident en faveur d’un essor rapide de l’assurance en Afrique : le dynamisme économique du continent (illustré par l’évolution du taux de croissance du continent depuis les années 2000), l’émergence de classes moyennes, le développement de nouveaux modes de distribution des produits, les avancées technologiques, l’évolution de la réglementation, la diversification des moyens de paiements, … A condition notamment d’assurer la bonne gouvernance des sociétés d’assurance, le professionnalisme de leur personnel, l’adéquation des offres aux besoins locaux, etc.

Le rapport publié par E-commerce Europe révèle que le nombre d’internautes sur le continent a augmenté de 43% en 2018 et de 39% en 2017. Avec cette forte croissance du taux de pénétration d’internet en Afrique, le continent présente de grandes opportunités pour le développement de nouveaux services et canaux de distributions et autres moyens de communication.

Dans son rapport 2018 sur la mobilité, le groupe Ericsson affirme que le taux de pénétration des smartphones en Afrique et au Moyen-Orient sera à 70% en 2024 contre 40% en 2018. Environ 80% de la population Africaine utilisent un téléphone portable, alors que seulement 3% ont souscrit à un contrat d’assurance, quel paradoxe ! En Côte d’Ivoire par exemple en 2018, nous avons 27.451.000 abonnés, soit un taux de pénétration de 113%, 8.000.000 d’abonnés internet et 58% de la population se connectant à internet via le téléphone mobile. De plus, selon les statistiques de la GSMA (Association mondiale des opérateurs de téléphonie) l’Afrique subsaharienne pèse à elle seule 64,15% des transactions de paiements mobiles dans le monde en 2019, avec un total de transaction d’environ 456,3 milliards USD pour 469 millions de comptes déjà créés.

Dans cette mouvance, bien plus qu’une opportunité, le digital se présente comme un élément catalyseur pouvant accélérer le développement de l’assurance en Afrique en général et au Bénin en particulier, à travers les solutions technologiques de pointe, l’ouverture et l’accessibilité de l’assurance à une plus large cible, la proximité entre l’assureur et l’assuré, la simplicité et la célérité dans le traitement des différents processus de gestion (cotation, souscription, paiement, déclaration sinistre, réclamation…), le gain de temps et la transparence qu’il apporte, tout en bénéficiant d’un environnement favorable à son éclosion.

Toutefois, bien que cette opportunité semble reconnue par la plupart des acteurs, ceux-ci tardent encore à la saisir et pourraient s’en mordre les doigts dans un avenir très proche. D’après l’étude réalisée entre novembre 2019 et janvier 2020 sur l’« Etat des lieux de la digitalisation des compagnies d’assurance de la zone CIMA » par les cabinets KARBURA S.A et P2A dirigés respectivement par Franck ASSOU et Protais AYANGMA, sous l’accompagnement de la FANAF, il en ressort que la quasi-totalité des compagnies ont une application métier d’assurance soit un taux de 96%. A contrario, seulement 8% disposent d’une application mobile ouverte aux assurés. Parmi les raisons évoquées par les compagnies, le manque des ressources financières et technologiques en est la principale cause, du moins, pour 42% d’entre elles. Le défaut de compétences y est pour 24%.  Aussi, la grande majorité des compagnies (88%) ont un site internet. Toutefois, très peu d’entre elles (19%) proposent sur leur site internet des fonctionnalités d’e-assurance. Et seules 8% de ces compagnies disposent d’une application mobile (android/ios) ouverte aux assurés. En dépit des quelques textes réglementaires promulgués au niveau de certains Etats pour prendre en compte les nouveaux paradigmes liés au Web & Digital, une réforme de la réglementation par les régulateurs est nécessaire dans plusieurs branches pour permettre aux compagnies d’assurance de pleinement   mettre en œuvre et profiter des avantages qu’offre la digitalisation en toute légalité et professionnalisme. Cet état de chose, combinée aux contraintes sur la protection des données, sur la signature électronique des documents, reste encore des points d’ombre dans certaines zones qui ne permettent pas aux assureurs traditionnels de démarrer sereinement leur processus de transformation digitale.

La numérisation de l’économie mondiale et africaine est un fait, elle a déjà atteint des proportions importantes dans plusieurs secteurs d’activité comme la Banque avec un réel impact pour les clients. L’entrée dans le monde digital du secteur de l’Assurance est une réalité incontournable devant faire passer les assureurs traditionnels au statut d’« assureur 2.0 ». A ce titre, les nouvelles technologies offrent de grandes possibilités pour les compagnies d’assurances. L’assuré est aujourd’hui connecté, il faut donc s’adapter à cette nouvelle donne en investissant pour répondre présent, afin d’améliorer son parcours et l’expérience client, d’accroître le chiffre d’affaires, de gagner des nouvelles parts de marché, d’innover en mettant en place des nouveaux produits & services adaptés, d’avoir accès aux données des utilisateurs grâce aux technologies de BIG DATA et d’Intelligence Artificielle pour formuler des offres sur-mesure, et surtout booster la notoriété de l’entreprise. Développées initialement en Afrique du Sud et en Afrique du Nord, on observe un essor de quelques assureurs 2.0 depuis 4 ans sur tout le continent. Leur but est de faciliter la vie des assurés, de leur faire gagner du temps et de l’argent en misant sur l’expérience utilisateur. Dans le secteur de l’assurance santé par exemple, La compagnie BIMA en Afrique Australe a lancé des services de santé mobiles. Elle fournit une couverture décès et hospitalisation en effectuant des micro prélèvements mensuels sur le crédit téléphonique de leurs clients. Elle s’adresse à une population précaire qui n’avait jamais été assurée auparavant. Dans la branche automobile, on peut citer NAKED INSURANCE, startup Sud-Africaine qui propose une tarification et souscription en ligne avec possibilité de suspendre le contrat lorsque l’usager n’utilise pas sa voiture. L’agriculture est aussi largement ciblée par les insurtech, le courtier PlaNet Guarantee en Afrique de l’Ouest offre une assurance récolte à partir de données satellites en cas de sécheresse. La compagnie Helvetica Assurances au Maroc a dématérialisé complétement le processus de souscription afin que les assurés puissent s’assurer à distance tout en bénéficiant de plusieurs avantages liés à l’assurance 100% en ligne. La plateforme Insurancemarket au Nigéria qui donne la possibilité aux assurés de souscrire n’importe quel type de police d’assurance auprès de l’une des compagnies d’assurance du marché en utilisant un ordinateur portable, une tablette ou un téléphone portable et en payant avec une carte de crédit. Plus récemment, certains grands groupes comme SAAR Assurances, Wafa Assurance, ont lancé leur «Digital Factory», une unité technologique spécialisée, chargée d’accélérer la transformation digitale de la société.

L’horizon du marché de l’assurance en Afrique semble s’éclaircir en dépit des effets néfastes de la récente pandémie de COVID19, grâce aux solutions innovantes proposées par le Web & Digital afin de répondre au mieux aux besoins des particuliers et entreprises pour une accélération de la croissance en Afrique. Les assureurs traditionnels ont bien pris conscience de la nécessité de s’adapter à la nouvelle donne et doivent investir financièrement pour l’acquisition des ressources technologiques et humaines pour rester dans la course et faire partie de la transformation du marché, au risque de rester en marge du développement du secteur et de disparaitre. En définitive, le défi de la digitalisation pour les assureurs ne devrait enlever en rien la dimension humaine de la relation assureur-assuré très importante pour instaurer une relation de confiance et offrir le meilleur service possible.

 

Rédigé par : Romaric Cyrille TEGUO, Responsable du Système d’Information et du Contrôle Interne chez SAAR Bénin, Expert en transformation digitale et gestion du changement

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Sources :

http://fanaf.org/

https://www.digitalbusiness.africa/

http://bankassurafrik.com/

https://www.agenceecofin.com/

https://www.assurancepourtous.africa/

https://afrique.latribune.fr/africa-tech/

https://cima-afrique.org/

https://www.atlas-mag.net/

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