Les lombalgies: Attention taximen et Zémidjans !

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(Risques de situation handicapante à la longue)

Les conducteurs de taxi, sous nos cieux, risquent gros. Les Zémidjans n’en sont pas moins épargnés. Les douleurs au dos dont ils se plaignent souvent et pour lesquelles sans cesse, ils avalent du paracetamol ne sont pas aussi anodines que ça. Le mal est bien pire. Un fait que les uns et les autres semblent visiblement ignoré ou banalisé…

Cette banalisation n’est pas du goût du Rhumatologue pour qui, ces douleurs au dos par la suite, peuvent évoluer jusqu’au niveau des pieds provoquant une situation handicapante, invalidante.

 

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Que comprendre ?

Le problème que vous évoquez-là, en Médecine, on parle de lombalgies, fait-observer le Dr Perrens Polynice Solete, médecin Rhumatologue. Ces conducteurs se plaignent soit de lombalgies, soit de lomboradiculalgie encore appelée lombalgie avec radiculalgie, détaille-t-il avec la précision que ces lombalgies sont multifactorielles. Déjà, comme premier facteur, fait savoir le Spécialiste,

 

«il y a leur profession du  fait que ce soit des conducteurs de taxi qui sont amenés à adopter la station assise pendant des heures dans l’exercice de leur profession, ce qui constitue un facteur de risque assez important. Ils ont la plupart du temps une mauvaise hygiène du dos, passant déjà par la posture des sièges de la voiture (siège en arrière abaissé). Ils pensent que c’est une position qui leur est confortable mais qui malheureusement sollicite d’avantage la structure rachidienne qui maintient le poids de l’axe du corps».

Autres facteurs associés assez importants, selon lui, ce sont les activités quotidiennes. Hormis le fait qu’ils soient assis pendant des heures dans leur taxi, ce qui constitue une mauvaise hygiène du dos, analyse-t-il, à la maison lors du jardinage, du bricolage, du ménage, il faut s’abaisser pour balayer, pour faire la lessive, pour soulever des charges…. «Ils ont tendance à gagner du temps mais malheureusement c’est le cumul de toute cette mauvaise hygiène du dos au fil des années qui s’exprime par des douleurs lombaires ou lombalgies», apprécie le Spécialiste. «Il y a beaucoup d’autres professions qui sont à risque bien évidemment. Il faut également faire allusion aux personnes qui sont en surpoids ou obèses. Cela constitue également un facteur de risque pour les douleurs ostéo-articulaires d’origine dégénératives ou arthrosiques, encore plus pour les lombalgies et l’arthrose des articulations portantes (hanche, genou…)», renchérit-il par ailleurs.

 

L’œil du Spécialiste

Selon les explications du Dr Perrens Polynice Solete, c’est d’abord des douleurs ressenties au bas du dos qu’on appelle communément lombalgies. Ces dernières peuvent effectivement évoluer et donner ce qu’on appelle radiculalgie. C’est-à-dire une irradiation à travers le membre inférieur suivant le  trajet d’un ou de plusieurs  nerfs.

 

«Il faut rappeler que ces nerfs prennent naissance au niveau du dos dans la colonne vertébrale. Il est à noter que quand la radiculalgie apparaît, ça implique une atteinte voire une souffrance nerveuse. C’est-à-dire que, soit l’un ou plusieurs éléments constituant le rachis est en souffrance;

ce qui nécessite une prise en charge adaptée. Cela pourrait s’expliquer par le fait que ce soit  les vertèbres (os)  qui commencent  à s’user ou à avoir des excroissances que nous appelons ostéophytes, soit  ce sont les disques qui jouent le rôle d’amortisseur qui commencent à être abimés ou se déplacent de leur loge et commencent par irriter les nerfs qui sont avoisinants. Ce qui se traduit aisément par ces douleurs-là au niveau de tout le membre inférieur qui pourrait être à type de crampe de brûlure ou de picotement», fait observer le Rhumatologue.

A cette allure, la flotte Bénin-Taxi risque de faire un flop. 

Sur l’esplanade extérieure du stade Mathieu Kérékou, Place Etoile rouge, etc, ils forcent le regard ces 4×4 jaunes. Bien alignés avec à bord, leur siège légèrement poussé en arrière, ou sur le banc le regard plongé dans le portable, leurs futurs propriétaires. D’aucuns, notamment à l’Etoile rouge, le pagne posé à même le sol, s’y allongent et s’offrent une dormette. On espère de la clientèle qui ne viendra peut-être jamais ce jour-là. Pourtant, ils y resteront en cédant bien souvent à l’irrésistible Hypnos. Assis pendant des heures, et c’est là toute l’inquiétude, ils portent leur espérance. Et ça dure depuis des années.

Et, le bruit court et raconte que nos conducteurs de Bénin-Taxi sont enclins à des douleurs dans le dos. Ce qu’ils appellent pour la plupart des courbatures. Le témoignage d’un proche à l’un d’eux confirme le cas de son frère qui s’en est retrouvé avec des problèmes de nerfs sciatiques. Si, pour A.S, conducteur de Bénin-Taxi, ces situations sont manifestes, selon ses propos, on ne saurait les relier forcément au fait de rester pendant des heures assis à longueur de journée à bord de son véhicule en activité ou pas. «Oui, on a eu un collègue qui a souffert du mal de dos entre temps mais je ne sais si c’est réellement dû au fait de s’asseoir pendant longtemps. Nous sommes tous des malades ambulants dit-on», confie-t-il. C’est dire combien l’ignorance est profonde. Et, en réalité, si les choses évoluent dans l’état, il faut craindre que le Projet Bénin Taxi, cette «innovation qui s’inscrit dans le cadre du développement des milieux urbains du Bénin» prenne de l’eau. Toute chose qui serait bien dommage quand on évalue aujourd’hui la portée de cette initiative. Pour rappel, lundi 3 juillet 2017 a marqué le lancement officiel du projet “Bénin-Taxi”. 300 conducteurs progressivement se mettront à bord des 4×4 jaunes modernes, climatisés et équipés de matériels informatiques de dernière génération. Le secteur du transport urbain brille de ses éclats.  Seulement, entre l’euphorie d’avoir concrétisé ce projet phare du Programme d’actions du gouvernement (Pag) “Bénin Révélé” ; la joie de nombre de jeunes de faire leurs adieux au chômage, on semble avoir oublié qu’il faut vivre pour jouir des fruits de son labeur.

Il faut agir !

Et donc, «pour remédier à ça, je crois qu’il faut une très bonne hygiène du dos ; il faut une sensibilisation et une éducation de nos populations, notamment des sujets évoqués qui semblent ignoré l’impact de ces différentes postures sur la santé ostéo-articulaire», souligne Dr Solete. Se faisant plus explicite, il va confier qu’il faut que toutes les deux heures au maximum, les conducteurs se garent, marchent pour dégourdir leurs membres ne serait-ce que pendant deux ou trois minutes; pareil même pour un voyage. Ils doivent éviter de mettre les sièges en arrière soit disant qu’ils cherchent à avoir une position confortable. «Il faudrait que le siège réalise un angle  droit  avec le dossier. Il faut qu’ils se lèvent, qu’ils marchent fréquemment. Ils doivent aussi éviter la prise de poids.

Bien que toutes ces mesures paraissent nouvelles ou assez compliquées pour eux, ils devraient s’y conformer afin d’éviter la survenue précoce des lombalgies et de toutes leurs complications qui constituent une affection assez handicapante.

Cela est assez important dans la prévention primaire et dans la prise en charge  de ces affections rachidiennes dégénératives. La prise en charge, devrait surtout s’accentuer su le volet préventif. Il faudrait leur enseigner les bonnes habitudes, leur apporter l’information afin de lutter contre les facteurs de risque permettant d’éviter la survenue précoce de cette affection», appuie le Rhumatologue.

Mais, poursuit-il, une fois qu’elles (les lombalgies) sont présentes, il faut qu’ils (les conducteurs) essayent de consulter assez rapidement un professionnel de la santé ; un médecin généraliste qui pourra les adresser à un rhumatologue ou, ils peuvent consulter directement un rhumatologue qui se chargera d’une prise en charge assez complète et qui va leur donner plus d’informations sur la pathologie. «Dès qu’on a conscience de cette affection, il faut éviter sa progression rapide qui pourra devenir handicapante et agir sur leur activité quotidienne. L’objectif est vraiment d’éviter une progression de cette affection, lorsqu’elle est déjà là, par une prise en charge assez rapide et optimale», recommande le Spécialiste.

 Il y a donc urgence de sensibiliser nos conducteurs. A quoi sert un travail si tout ce qu’on y gagne ou économise va dans les caisses des hôpitaux ou des pharmacies ? La prise de conscience, c’est ici et maintenant

Cyrience KOUGNANDE

 

Le quotidien du conducteur de Bénin-taxi

«Quand on se réveille le matin, et qu’on n’a pas des réservations depuis la vieille avec un client, il faut aller garer sur un parking. Soit à Etoile rouge, soit à Houéyiho, soit à Erévan. On se positionne donc là en attendant que les clients ne sollicitent notre service. Parfois, il y arrive qu’on ait déjà une commande sous la main et donc, quand vous vous réveillez, vous vous mettez aussitôt au travail. Et quand on finit de satisfaire les programmes de la veille, tu te rabats sur le parking le plus proche. Sur le parc, en attendant que le client n’arrive, on a des bancs sur lesquels on s’assied. En fait, sur les têtes des voitures, chacun doit avoir son banc. Quand on gare le véhicule, tu t’assieds là-dessus. Avant, on s’asseyait, en tout cas la majorité, à bord du véhicule. Mais dans le règlement, c’est interdit. Et, récemment, nos responsables ont encore mis l’accent sur ça. Genre, tant que tu n’as pas un client à bord, on ne veut pas de voir assis ou coucher dans la voiture. Il faut préserver l’image. On reste donc assis sur le banc. On peut rester assis pendant deux heures trois heures. Si personne ne nous appelle, si, on n’a pas d’autres programmes, on reste là. Sur les parcs, c’est une histoire de chance. Il y arrive qu’on y reste du matin au soir sans trouver de client. Si tu vois que tu es fatigué de t’asseoir, tu peux marcher, faire des 100 pas ou tu prends ton véhicule tu rentres. On n’a pas de contraintes. Tu décides de quand tu quittes la maison et de quand, tu y retournes. Le temps qu’on passe à attendre le client, je ne peux l’estimer… Sinon, les maux de dos, les courbatures, on n’en manque pas. Parfois, on reste assis à conduire pendant deux ou trois heures de temps. Et ça, c’est petit affaire puisqu’on prend aussi des clients de Cotonou à Parakou. Et là, il faut 7 heures de route. On reste assis pendant 7 heures de temps. Deux heures, c’est rien» : confessions d’un conducteur de Bénin-Taxi.

 

C.K

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