Covid-19/Dr Célestin-Alexis Agbessi à propos de l’accroissement de l’infection: « Les cas vont augmenter et les morts aussi »

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La pandémie qui frappe actuellement le monde entier est un casse-tête pour les gouvernants. Les médecins, en première ligne, se donnent pour contrer et endiguer la Covid 19. Cette maladie qui contraint le monde entier au ralenti est-elle bien connue des populations ? Au cours d’un entretien dans le forum Tribune Libre et Débats (TLD) administré principalement par Monsieur Alain Owolabi, le Docteur Célestin-Alexis Agbessi a tenté d’expliquer le mal. Matin Libre revient ici sur l’essentiel des clarifications du Dr Célestin-Alexis Agbessi, Praticien Hospitalier, MD, PhD Candidate au Service d’Accueil des Urgences du CHU Bichat – Claude Bernard 75018 Paris, Groupe Hospitalo-universitaire AP-HP Nord – Université de Paris.

 

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Ce qu’il faut comprendre réellement du coronavirus…

La pandémie de la Covid-19 est la maladie causée par le virus du syndrome respiratoire aigu sévère coronavirus 2 (SARS-CoV-2). L’épidémie a été identifiée pour la première fois à Wuhan, en Chine, en décembre 2019, même si le premier cas formellement reporté remonte à Novembre 2019. Plusieurs sources de traçages rétrospectives la font même remonter en octobre 2019 en Chine. L’Organisation mondiale de la santé a déclaré que l’épidémie était une urgence de santé publique de portée internationale le 30 janvier 2020 et une pandémie le 11 mars. Ces mesures sont importantes afin de permettre au monde entier 1) d’être informé et surtout 2) de se préparer à la riposte : c’est le plus haut niveau d’alerte pour une épidémie. Au 19 juin 2020, plus de 8 millions de cas de Covid-19 avaient été signalés dans plus de 188 pays et territoires, entraînant plus de 400 000 décès ; plus de 4,37 millions de personnes ont récupéré et sont supposés guéris.

La Covid (Coronavirus Disease 2019) donc est une infection virale qui peut aller du simple rhume à la détresse respiratoire aigüe, responsable de la grande majorité des décès dans le monde. Mais tout le monde ne meurt pas heureusement, car la mortalité est fonction de plusieurs facteurs dont le plus important est l’âge. Plus on est âgé et plus on a une plus grande probabilité d’y succomber.

Ensuite les autres facteurs de comorbidités (encore appelés facteurs de risque aggravant) sont les pathologies comme le Diabète, l’hypertension artérielle, les maladies cardio-vasculaires, neurologies et rénales, la Drépanocytose, l’Obésité. Ainsi nous pouvons spontanément nous rendre compte que l’âge médian en Afrique subsaharienne de 19 ans est protecteur. Une des raisons pour laquelle les pays du Nord plus vieux ont subi de plein fouet cette pandémie.

Les coronavirus (CoV) sont des virus de la famille Coronaviridae. Le nom “coronavirus”, du latin signifiant « virus à couronne », est dû à l’apparence des virions sous un microscope électronique, avec une frange de grandes projections bulbeuses qui évoquent une couronne solaire. La sous-famille Orthocoronavirinae de la famille Coronaviridae est organisée en 4 genres, 22 sous-genres et une quarantaine d’espèces. Ce ne sont donc pas des virus inconnus pour l’espèce humaine. Ce qui fait leur particularité actuelle est que depuis quelques années c’est la troisième pandémie déclenchée par cette seule sous famille. En effet pour l’histoire il faut savoir que :

1) La première épidémie de SRAS-CoV a eu lieu en 2002-2004 avec comme point de départ la Chine (déjà !) après la consommation d’un animal sauvage, la civette palmiste masquée. La maladie a fait 774 morts (10% de mortalité). Elle a été éradiquée en 2004.

2) La deuxième pandémie est celle du MERS-CoV, celui du syndrome respiratoire du Moyen-Orient dont la première épidémie a débuté en Arabie saoudite en 2012. Son taux de mortalité a été très élevé : 35 % avec seulement 449 décès consécutifs au faible nombre de personnes atteintes. Le vecteur est le chameau.

Ces deux virus ont fait craindre une pandémie, mais leur contagiosité était plus faible, bien que beaucoup plus virulents (taux de mortalité de 10 et 35%). Ce sont des zoonoses comme cette pandémie du Covid, parce qu’il faut un passage inter-espèce (entre un animal et l’humanité) initial avec que la contamination interhumaine ne prenne le relais avec une plus grande amplification.

Ce qui arrive au monde aujourd’hui est donc le résultat donc de notre inconséquence sur la nature car comme je l’ai dit ce sont des zoonoses, des maladies transmises à l’homme par des animaux. Cela pose la question de notre place sur la terre et de notre rapport avec la nature. Dans la Bible il est écrit : “Prenez tout est pour vous” et nous avons considéré l’Homme comme “Maitre et possesseur de la Nature” au sens Kantien du terme en oubliant tous les impératifs catégoriques y afférents. Il y a comme un nouveau paradigme qui se dégage: l’homme est dans la nature et pas en dehors. En la protégeant il se protège lui-même. »

 

La précocité du cordon sanitaire au Bénin et l’accroissance des cas de Covid 19

« La croissance est due à la contagiosité qui se définit par le Ro et d’autres facteurs, comme l’absence ou la diminution des mesures barrières et ou l’absence de confinement etc… Pour simplifier le R0 est le nombre moyen de personnes qu’une personne contagieuse peut infecter. Il se calcule à partir d’une population vierge entièrement (ni vaccinée, ni immunisée) et susceptible d’être contaminée. Il sert à calculer le temps de doublement du nombre de personnes contaminées et détermine aussi la proportion minimale qui doit être infectée pour parler d’immunité collective. Je vous donne des exemples :  Ro Rougeole=9 : un patient qui a la rougeole contamine 9 autres personnes ces neuf en contaminent 9 chacun donc au deuxième tour 81 personnes pourraient être infectées. Ro grippe normale : 1-1,5. Ro Coronavirus a été beaucoup débattu. On retient un R0 entre 2-3 (Oxford 2.63) donc une personne en contamine près de 3 autres. C’est ce qui explique statistiquement le caractère exponentiel : c’est mathématique et c’est ce qui explique les mesures barrières. Le Ro est ainsi la capacité de contagion d’un individu malade.

A partir de la courbe anticipatrice, nous avons été quelques-uns à avoir alerté en disant que nous sommes en train de nous tromper d’orientation. Et que notre épidémie serait devant nous. Je vais faire de la provocation en disant que nous avions même dit que le confinement était trop précoce en Afrique : c’est quasiment maintenant qu’il faudrait le faire et mettre en place les cordons sanitaires ou le confinement partiel.

De plus pour expliquer cet accroissement qui semble surprendre beaucoup de personnes, il faut dire clairement qu’on cherche et on n’agit bien en tant que responsable que si on a les données de ce qu’on trouve. Pour une meilleure prise en charge du coronavirus, il faudrait CASSER LES CHAINES DE TRANSMISSIONS : Tester 2) Tracer 3) Isoler 4) Traiter.

Tester le plus massivement possible. C’est la condition sine qua non pour comprendre la dynamique profonde de l’épidémie au Bénin et agir en conséquence, sinon on ne pourra que constater l’augmentation des cas. Mais nous avons 89 centres de prélèvements et bientôt deux nouveaux centres de traitement à Abomey Calavi et Parakou si ma mémoire est bonne.

De plus Nous sommes en saison des pluies qui équivaut à l’Hiver de l’hémisphère Sud alors que le Nord commence à entrer en été (la saison chaude) ce qui accélère la diffusion virale et la contagiosité de manière plu qu’évidente aujourd’hui.

Toutes les épidémies ont leurs moments qui sont liés aux cycles des pathogènes, bactéries et des virus). Le paludisme et les maladies respiratoires sont plus incidents en saison de pluie donc le Covid aussi le sera.  Les cas vont augmenter et les morts aussi.

La situation sanitaire ne redeviendra pas normale avant le début de la saison sèche ou jusqu’au vaccin.» Mais bien évidemment en attendant on ne peut pas rester les bras croisés et ne pas agir, ceci étant de la responsabilité politique du gouvernement

 

La question des moyens de la politique de riposte contre la Covid 19 au Bénin.

« Je ne suis pas le Gouvernement. Mais je vais risquer une litote : on a trouvé l’argent pour faire les élections qui d’ailleurs n’ont sans doute pas aidé à rassurer les épidémiologistes du pays. Ils ont dû avoir des sueurs froides et nous aussi avec eux. Regardons en arrière : la France, le Mali, la Guinée : il y avait des précédents avec des conséquences sanitaires gravissimes aujourd’hui.

Les décisions gouvernementales sont donc POLITIQUES et pas sanitaires. Mais il a les prérogatives de son action et il doit agir en conséquence. Il a la destinée de la Nation des individus qui la composent. Que choisissons-nous ? telle était la question posée. Et la réponse a été donnée. Chacun devra l’analyser calmement.

Encore une fois nous sommes un pays très très pauvre sans filets sociaux (ce qui commence timidement à arriver, mais très timidement après les élections, comme une sorte de récompense on a envie de dire vues les circonstances.) pour les plus pauvres qui seront les plus atteints, non pas du Covid, mais de ses conséquences sociales et économiques gravissimes.  Si nous décidons de trouver l’argent pour tester massivement nous le ferons, parce que c’est du ressort du premier magistrat qui se donne les moyens de sa politique. Or, il a visiblement décidé de faire autre chose, c’est dans ses prérogatives. On peut ne pas être d’accord. »

 Guérir du coronavirus…

« 85% des gens guérissent spontanément et sans aucun médicament autre que ceux pour les douleurs et la fièvre. En effet le facteur le plus important étant l’âge les plus jeunes sans facteurs de risque et sans comorbidités devraient s’en sortir sans casse, mais ce n’est pas une raison pour ne pas prendre des précautions. Nous avons vu mourir quelques jeunes.

Dans mon hôpital nous avions jusqu’à 150 patients par jours pour une affluence habituelle à 300/j. J’ai traité près de 300 patients SANS GRAVITE avec du paracétamol et de la SURVEILLANCE. Les malades graves (15%) nécessitent une hospitalisation et 5% en réanimation. La chloroquine a été utilisée dans le cadre d’études et aujourd’hui elles sont unanimes pour mettre en évidence son inefficacité dans le cas des malades moyennement et très graves. De plus les dernières études ne montrent pas de bénéfices protecteurs en cas de fortes expositions : cela signifie que pour les soignants par exemple ou les familles de malades en contact étroit, la chloroquine ne diminue pas la probabilité de tomber malade, mais un risque d’effets secondaires n’est par contre pas exclu. La déxhamethasone est par contre utile pour les patients graves en réanimation. Nous avions dans mon hôpital utilisé pour les patients moins graves dès le début des signes respiratoire avec un certain succès qui vient d’être confirmé par toutes ces études (Recovery, Discobvery, Solidarity etc..)

 Le péché de Apivirine…

« C’est complexe comme dossier, mais on pouvait faire autrement. Apivirine n’est pas un médicament au sens où on l’entend : car n’ayant pas passé tous les tests nécessaires. Mais on n’aurait pas dû le faire comme cela. Même si je concède qu’il a commis beaucoup d’erreurs. Un peu comme le Pr Raoult. »

La configuration actuelle des classes retournées à l’école…

« C’est un NON SENS EPIDEMIOLOGIQUE. On aurait pu faire des classes alternées. Se concentrer sur les primaires, les 6èmes, les 3ème, les 1ère et terminales en tout cas les classes charnières. Cela aurait réduit le nombre d’apprenants en réduisant les risques de cluster (et casser les chaines de contamination). Mais l’école est devenue aujourd’hui un peu de gardiennage je dois dire…. Mais les parents qui doivent aller au marché, aller travailler, aller ramener de l’argent pour faire manger la famille ? Qui garderont ces enfants. Cela devient un PROBLEME SOCIAL ET DE LA SOCIETE TOUTE ENTIERE. Nos populations ne comprennent pas que les députés, à 83, arrivent malgré les gestes barrières à se contaminer et à même à en mourir alors que les salles de classes sont bondées par des enfants, qui bien devant développer des formes mineures voire asymptomatiques, mais iront contaminer leurs parents et leurs grands-parents à domicile qui eux pourraient avoir des formes graves : il faut casser les chaines de contamination, c’est un impératif de santé publique. La pauvreté ne justifie ni n’excuse pas tout. On doit investir aujourd’hui dans la santé et le social plus que jamais »

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