Covid-19/Fermeture des bars et sort des servantes: Une autre vie loin des bars…

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 Face aux ravages de la pandémie du coronavirus (Covid-19), le gouvernement béninois a pris des mesures subséquentes pour éviter le pire. Entre autres mesures prises, la fermeture des bars ou débits de boissons depuis plus d’un mois. Outre les tenanciers de bars, la situation affecte sérieusement les serveuses. Loin des bars, elles tentent de tenir le coup…

Il y a encore quelques semaines, elles menaient une autre vie. Les serveuses partageaient leur quotidien entre la bonne ambiance musicale et la compagnie des clients qui, généralement, se montraient généreux. Toujours sexy, elles étaient prêtes à presque tout pour que les tenanciers de bars fassent de bonnes affaires. Même si en retour, elles doivent s’attendre à un salaire mensuel variant de 15 000Fcfa à 25 000Fcfa. Elles s’y plaisaient. Mais aujourd’hui, la réalité est toute autre. Depuis des semaines, les bars sont fermés. Si la plupart ont été renvoyés par leurs employeurs, quelques-unes continuent de servir sans attirer l’attention. En effet, certains bars continuent de servir leur clientèle mais de façon discrète. Alice est une serveuse dans une buvette à Avotrou à Akpapa. Quatre au départ, elle sera la seule retenue par son patron pour poursuivre le job. Selon ses confidences, des clients se font servir désormais dans la cour de la maison. Même si l’affluence n’est plus comme autrefois, des clients y viennent toujours. Parfois, elle doit prendre siège à l’entrée pour voir s’il y a un mouvement suspect. Alice est native du département du Mono et mère d’une fille. Mais elle avoue n’avoir plus perçu de salaire depuis la fermeture des bars. “Mon patron me donne 5000Fcfa et parfois 2000Fcfa”, a-t-elle confié tout en espérant un retour à la normale de la situation. Que sont devenues alors ces trois autres collègues? “Je suis en contact avec Diane et Mariane. On s’appelle toujours et elles sont prêtes à revenir dès que la situation sera régularisée. Je crois qu’elles se débrouillent comme elles peuvent et elles s’en sortent bien”, s’est efforcée de répondre Alice. Sur insistance, elle finira pas avouer qu’elles gagnent leur vie au bord des trottoirs, c’est-à-dire des prostituées. Des bars à la prostitution, il n’y a qu’un pas, souligne d’ailleurs Alice qui n’y trouve aucun inconvénient. Comme elles, beaucoup de serveuses sont devenues des “filles de joie”. Charlotte de nationalité togolaise, vient de passer un bel après-midi avec son troisième client de la journée. A peine âgée de 18 ans, elle subvient ainsi à ses besoins quotidiens. Rencontrée en pleine négociation avec un probable quatrième client de la journée, elle confie ne rien se reprocher. “La prostitution est un travail mais je ne me prostitue pas. Je fais mon travail. J’étais servante dans une buvette à Sodjèatimè, mais sans emploi, je n’avais plus rien à faire. Je dois me nourrir. Si vous voulez m’aider, alors dites-le moi”, a confié Charlotte avant de rejoindre son client qui visiblement n’était plus intéressé. Elle se sent alors plus disposée à partager son quotidien avec nous. “Même quand tu es serveuse, des  clients te tapotent les fesses, te touchent les seins et te paient pour passer la nuit avec toi. Le patron a toujours exigé qu’on donne satisfaction aux clients. Vous voyez donc que les serveuses qui deviennent des prostituées ne font rien de nouveau ni de grave. C’est une vie qui est différente et que beaucoup ne voit peut-être pas”, a-t-elle déclaré avant de s’en aller après un coup de fil. Il sonnait 21H45 minutes ce mardi, 26 mai 2020. Du carrefour “Le Berliet” au carrefour Abattoir à Cotonou (1er arrondissement), les clients semblent avoir plus de choix avec les prostituées. Plus jeunes, elles se disputent parfois le même client. Inutile de chercher à parler de quoi que ce soit avec elles ici. C’est le lieu de travail, pas question de parler d’autres choses alors que les clients se font rares malgré le coût revu à la baisse des prestations. C’est donc clair que la mesure de fermeture des bars est mal vécue par les serveuses qui visiblement restent les principales victimes. Généralement, venues de pays frontaliers, elles semblent contraintes de survivre malgré la mesure en vigueur jusqu’au 02 juin 2020.

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Dans les champs et ménages, elles s’y trouvent aussi…

Pendant que des tenanciers de bars renvoient les servantes, d’autres préfèrent les utiliser à d’autres fins. Propriétaire d’un grand bar à Jéricho à Cotonou, L.D emploie ses servantes depuis pour des travaux champêtres. Une dizaine environ, elles travaillent dans les champs, selon les confidences des deux servantes encore sur place. Si elles sont toujours payées, elles travaillent pourtant plus dur. Quant à Alain, propriétaire de plusieurs bars à Akpakpa, il a placé la plupart de ses servantes comme des femmes de ménages, selon des confidences. “Chez le patron, deux servantes aident sa femme et prennent soin de ses enfants”, a confié une servante. Contraintes à une nouvelle vie loin des bars, elles essaient vaille que vaille de tenir le coup. Mais, la bonne nouvelle est que le 02 juin prochain, soit dans quelques jours seulement, les bars rouvriront leurs portes. Et elles retrouveraient leur joie de vivre. Encore qu’être servante dans une buvette au Bénin n’a jamais été chose facile.

 

Aziz BADAROU

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