Mémoire du chaudron: Épisode 3

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L’ancien Conseiller technique à la communication du président Boni Yayi, Tiburce Adagbè, rend public ses mémoires des faits vécus à la présidence de la République entre 2006 et 2011. Intitulés la « Mémoire du chaudron », les écrits croustillants de Tiburce Adagbè rentrent dans les méandres du pouvoir Yayi. Ainsi, revivez désormais et ce tous les jours à partir de 21 heures, un épisode de ce récit de première main, sur le site internet du Journal Matin Libre

 

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Mémoire du chaudron: Épisode 3

Me Agbo avait visiblement du mal à placer un mot. Yayi qui déroulait avec nervosité son long chapelet de récriminations contre la presse nationale ne lui en laissait pas l’opportunité. Il était alors réduit à ponctuer les déclarations du président de “oui “…” exactement “…” absolument “… Je compris, par expérience, qu’il ne pourrait jamais placer une phrase entière si je ne l’y aidais pas. Alors je raclai légèrement la gorge en donnant l’impression d’avoir eu une illumination soudaine. Le président se tut momentanément. Ça ne ratait que rarement. Ce n’était pas scientifique, mais c’était l’une des nombreuses formules que j’avais fini par développer quand j’étais avec lui et que je tenais à l’interrompre et à placer un mot. Tous ceux qui ont déjà connu ces moments avec Yayi, savaient qu’on pouvait faire une heure avec lui sans jamais réussir à placer une phrase entière.
Je ne lui connaissais pourtant pas ce trait quand mes contacts avec lui devinrent quasiment quotidiennes à partir de la Saint-Sylvestre 2002 qu’il m’invita à passer avec lui à Tchaourou. Je connaissais déjà assez bien cette petite bourgade à une centaine de kilomètres de Parakou, pour y avoir passé certaines vacances scolaires de mon enfance, quand mon père y travaillait comme chauffeur du sous-préfet entre 1979 et 1982. Ce réveillon fut très sobre dans la petite chapelle protestante UEEB de Tchaourou où Yayi prononça un discours à l’endroit de ses “frères en Christ” à qui il déclara devoir son bilan et sa stabilité à la tête de la Boad. ” Sachez que je ne vous oublierai jamais “, avait-il conclu dans le vacarme d’applaudissements qui secoua la salle mal éclairée par quelques lampes Néon qui vacillaient au gré des quintes de toux régulières du petit groupe électrogènes qui geignait quelques mètres à l’écart. En vérité, le futur candidat à la présidentielle de 2006, testait ce soir-là, pour la première fois, ce style de discours sur un auditoire. Il ne l’abandonnera plus.
Mais ce Yayi-là était très différent de celui que nous découvrîmes au lendemain du 6 avril 2006. Il exerçait un tel sens de l’écoute, que pendant les longs voyages que j’effectuais à travers le pays chaque week-end, assis à côté de lui, sur la banquette arrière de sa Mercedes à immatriculation diplomatique, j’avais parfois le sentiment de me parler à moi-même. Il ne se fatiguait pas de m’écouter, me relançait sur tel ou tel sujet, se contentait parfois de dodeliner mollement de la tête. A part les grosses pontes de la télévision nationale, il me donna bien l’impression de connaître très bien Pépéripé et Édouard Loko. Sa connaissance des hommes des médias pourrait s’arrêter là si on ajoute l’un des frères Migan qui assurait la couverture médiatique de toutes les activités de la Boad au Bénin.
Lionel Agbo pu ainsi saisir enfin la parole puis, dans un style qu’il voulut chatoyant, mais qui jeta immédiatement le malaise dans la petite assistance, déclara : ” monsieur le président de la république, voici plusieurs mois que j’ai élaboré un document complet sur la stratégie de communication. Et je vous assure que si elle était mise en branle, toute la presse allait se discipliner. Mais, monsieur le président, il y a des gens qui n’avaient pas intérêt à ce que le document soit connu de vous”…

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