Activités et acteurs culturels à l’épreuve du Covid 19: Les Managers et artistes en hibernation profonde

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(Mais il n’y a pas de péril en la demeure)

Par ces temps où le mal du Coronavirus sévit à grande échelle, où tout le monde est appelé à observer strictement la mesure du confinement, toutes les activités culturelles et touristiques tournent au ralenti à la grande mésaventure de la famille artistique béninoise.  Ainsi,  les acteurs à divers niveau du secteur artistique et culturel au Bénin évoluent la tête sous l’eau. Approchés, lundi 20 avril 2020, les uns et les autres font diversement la lecture de cette période et mettent l’accent sur comment ils la passent. Pour certain, tout n’est pas à peindre en noir.

 

Personne n’est en marge des difficultés que cette période de vache maigre répand. Puisque la pilule est véritablement amère. Et les artistes ainsi que leur staff managérial en souffrent plus. Plus de regroupement, plus de manifestation, plus d’animation, plus d’ambiance,  bref, le mal du coronavirus est le maître qui est à la commande de cette cessation qui réduit aujourd’hui tous les acteurs du monde artistique et culturel à leur plus simple expression. Angelo Bissi à l’état civil, ‘’Abiss Mèssè Mèssè’’ est un jeune et talentueux chanteur de la jeune génération des artistes musiciens au Bénin. Autrefois,  ce sont ses animations qu’il tient en marge de son festival dénommé ‘’Bienvenu nouvel an’’ qui lui permettent de joindre rationnellement les deux bouts. Aujourd’hui, comme en termes de regroupement et de spectacle, le désert s’élargit de jour en jour, le jeune artiste est déboussolé. «Sincèrement il faut reconnaître que Covid 19 est venu surprendre tout le monde. Il est venu retarder beaucoup de choses, recaler plusieurs projets. Voilà que l’artiste ne vit que de son art. Aujourd’hui, il n’y a plus de regroupement,  plus de mouvement. Comment l’artiste peut s’en sortir ? Alors que c’est dans les manifestations qu’il tire son gagne-pain et parvient à subvenir aux besoins de sa famille et à ses propres besoins », s’inquiète l’artiste avant de s’empresser à indexer l’Etat. « Qu’est-ce que l’Etat entend faire pour venir à notre secours ? Puisque nous apprenons que dans les pays voisins comme la Côte d’Ivoire par exemple l’Etat, par l’intermédiaire de leur direction des droits d’auteurs, met une forte somme à disposition ne serait-ce que pour contribuer à la survie des artistes et créateurs d’œuvres d’esprit en attendant la fin du confinement ». À en croire Rodrigue Gotovi alias ‘’Aladji Zoro’’, promoteur de festival de mode à Parakou, la situation paralyse tout. « Nous ne faisons que revisiter via les réseaux sociaux les éléments visuels de nos actions menées avant l’avènement du Corona », déclare le jeune promoteur. Pour Zomahoun Romaric, celui que le monde du showbiz connaît sous le pseudonyme de  ‘’Zoro manadja’’, la réalité est d’autant plus triste quand on est un manager d’artiste. Le moral n’est plus au beau fixe lorsqu’on sait que son artiste serait oisif du fait de manque d’activité et resterait  sans la pratique de scène, loin de ses fans et va dégringoler financièrement… Le Coach du Rappeur ‘’Vano Baby Azétogbèdé’’ se désole de son calendrier carrément annulé à cause du Coronavirus. « Tout est au ralenti mais on gère.  Nous avons perdu des dates mais vivement que bientôt les activités reprennent. Le train de vie a diminué en tous cas » va-t-il mentionner d’un ton complètement désorienté et navré pour faire remarquer la descente en enfer que le mal du covid 19 est en train d’instaurer dans le secteur des arts et de la culture au Bénin.  L’artiste comédien humoriste Bardol Migan ne dira pas le contraire. « La difficulté c’est que on peut manquer d’argent, on peut manquer de financement. Parce que nous avons cessé de travailler. Et on est en train d’épuiser les réserves. Donc c’est vraiment compliqué ce confinement qui est sans argent. Il va falloir qu’on se débrouille chacun à son niveau avant d’y arriver », souligne le comédien tout déconcerté pour donner raison à ‘’Zoro manaja’’ sur le même sujet.

Et pourtant …

Pendant que ce mal œuvre à descendre de façon accidentelle la poche des acteurs culturels, ceux-ci profitent quand-même  pour préparer la période d’après son passage. Dénis Avimandjessi, l’écrivain et promoteur du musée ‘’Dénis Avimandjessi’’ situé à Ahozon sur la route de Ouidah voit la chose en positif de toutes les manières. «Cette calamité qui frappe notre monde, en dehors de tout le mal qu’on lui connaît, a quand même un aspect positif. Il y a moins de cadavre, moins de dépense et d’exposition des fêtes sur la mort. Pour parler des sulfureuses cérémonies d’enterrement. En ce qui concerne nous les écrivains, la présence du covid19 nous offre une société plus calme, plus tranquille, plus casanière. Ce qui nous permet d’avoir d’inspiration et d’achever nos textes entamés. Moi je crois que dans toute situation malheureuse, il faut savoir tirer le meilleur. Les vieux manuscrits qui datent de quinze ans, je les ai sortis et commencé par les examiner dans la perspective de les achever. Voilà le côté que moi je vois à la chose, c’est vrai que je ne peux pas dire que tout le pays est en joie mais bon… Le corona est mauvais c’est à combattre néanmoins il faut reconnaître le petit côté positif que cela a apporté », laisse entendre le promoteur pour éviter d’être de ceux qui s’acharnent à voir le diable partout. Le comédien Bardol Migan, malgré ses plaintes se rend tout de même à l’évidence que cette situation de confinement provoquée par le Coronavirus lui permet de remonter les bretelles de son art à travers des lectures de pièces de théâtre et de parfaire certaines mise en scène qu’il aurait pu achever depuis. « Je passe bien mon confinement.  Qu’est-ce que je fais de mes journées, je regarde des séries télé, ensuite je lis des pièces de théâtre, puis je revois des vidéos de spectacle de théâtre que j’ai donné moi-même ou des vidéos d’autres spectacles que je n’ai jamais eu le temps de voir». Quoi de plus sain comme jeu pour un artiste comédien qui est toujours dans la dynamique de tutoyer les grandes scènes à l’international.

La Covid-19 réoriente les manières de voir…

L’avènement de ce mal allume maintenant les cerveaux. Ceux qui dormaient sur leurs lauriers parce qu’ils avaient un peu de réserve doivent se réveiller. Cette situation de confinement qui écrase les poches des artistes et de tous les acteurs en général, laisse déjà de belles leçons à retenir selon ‘’Abiss Mèssè Mèssè’’. « Ce que moi je me dis actuellement est que, pour  nous artistes béninois, cette situation que nous passons difficilement, où nous sommes laissés à notre sort, doit nous servir de leçon. Pour qu’à l’avenir lorsque nous allons trouver encore des sous, que nous puissions commencer par préparer nos vieux jours et créant des activités parallèles à celles relatives à notre passion que nous fouettons. Parce que, dans des situations de ce genre où personne ne soutient personne, où la solidarité a déserté le forum, il faut que l’artiste que nous sommes prenons nos responsabilités. Regardez, trois semaines durant déjà on n’arrive plus à s’en sortir. Alors qu’on a des familles à nourrir et il n’y a plus de spectacle, plus aucune manifestation franchement… », se désole le chanteur en levant les yeux vers le ciel en signe d’attente de l’intervention rapide de la providence.

 

Teddy GANDIGBE

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