Migration internationale: Motivation d’un voyage clandestin

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Alors que de nouvelles formes de mobilité et de déplacement sont apparues au XXIe, des millions de jeunes Africains connaissent dans leur pays une situation similaire à celle de la petite minorité de personnes qui décident d’entreprendre clandestinement le périlleux voyage vers l’Europe. Les ressorts de la motivation personnelle de ceux qui partent sont parfois complexes. Sur la base du Rapport intitulé au delà d es b a r r i è r e s  : voix des migrants africains irréguliers en Europe, il sera mis en évidence ici, les principales motivations et causes de migration avancées, tenant compte des facteurs économiques, les éléments d’ordre familial, le contexte de gouvernance et  la situation personnelle.

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«  Quand les choses ne vont pas bien et qu’on a le sentiment d’être enlisé, on est bien obligé de partir pour chercher de meilleures perspectives ailleurs, quel qu’en soit le coût. Ce n’est pas une question de choix, c’est une question de survie. Je préférerais encore mourir en quête d’une vie meilleure que rester prisonnier d’une situation à laquelle je ne peux pas échapper», affirmait un homme de 29ans, originaire du Cameroun et résidant désormais en France, pour justifier son désir de quitter  sa terre natale et s’engager dans un voyage clandestin vers l’Europe. Les motivations de ce déplacement sont multidimensionnelles.

Prise en compte des facteurs économiques

Dans un contexte d’inégalités mondiales, la perspective de pouvoir transformer la situation économique des proches restés au pays grâce aux envois de fonds est évidemment un facteur et un ressort incontournable des migrations entre l’Afrique et l’Europe. Rien que pour 2017, on estime à 25,3 milliards de dollars les envois de fonds entre l’Europe et les pays d’Afrique subsaharienne, soit 36 % du montant total des envois de fonds reçus. Les envois de fonds vers l’Afrique surpassent l’aide internationale au développement et jouent souvent un rôle vital pour les ménages du continent. Ils permettent de faciliter le lissage de la consommation et de couvrir les principaux postes de dépense, notamment l’éducation, la santé et le logement. Il a été démontré que la prédominance des envois de fonds dans les communautés locales constitue un moteur de migration, dans la mesure où plusieurs ménages aspirent aux mêmes avantages que leurs voisins ayant des proches à l’étranger. Les données confirment qu’un potentiel transfert de richesse grâce aux envois de fonds constitue un facteur non négligeable des migrations irrégulières entre l’Afrique et l’Europe. De nombreux migrants sont motivés par une amélioration de leurs perspectives économiques à l’étranger.

Éléments d’ordre familial

Qu’il s’agisse d’influencer la décision de migrer, de financer le voyage ou d’attendre les envois de fonds une fois un proche arrivé à destination, l’étude montre bien le rôle déterminant joué par la famille dans les migrations de l’Afrique vers l’Europe. « C’est un investissement collectif. On vend de l’or ou des animaux pour permettre à une personne de migrer. Seul un petit pourcentage peut partir. La personne qui migre a la grande responsabilité de subvenir aux besoins de ceux qui restent au pays. », a souligné un homme de 22 ans, originaire du Sénégal et résidant désormais en France. Les femmes  ont souvent pour projet de rejoindre une personne de leur cercle familial ou amical en Europe. Elles évoquent par ailleurs, des problèmes tels que le mariage forcé, les relations violentes, les mutilations génitales féminines et d’autres formes d’abus sexuels, mais également l’orientation sexuelle. Chez les hommes, les problèmes familiaux/personnels (héritage, notamment) occupaient une place plus importante. La famille apparaît de façon générale comme un facteur décisif dans le parcours des migrants. La proportion de personnes interrogées qui avaient déjà un proche en Europe est relativement faible. Il est évidemment difficile pour la plupart des candidats au départ de financer leur voyage avec leurs seuls revenus. Les données confirment que dans de nombreux cas, des proches et des amis ont en effet contribué financièrement à couvrir le coût du voyage.

Contexte de gouvernance

Le contexte de gouvernance dans le pays d’origine apparaît également comme un facteur d’influence. Les femmes sont proportionnellement plus nombreuses à signaler un traitement inéquitable lié à leur féminité et à leur orientation sexuelle. 36,80 % des personnes interrogées affirment qu’elles ne faisaient pas de politique dans leur pays d’origine, et elles sont presque aussi nombreuses à estimer que leur voix n’était pas entendue. Ce résultat concorde bien avec le faible niveau de confiance affiché par ailleurs à l’égard des institutions. Le pourcentage de personnes déclarant n’avoir « pas du tout » confiance dans les institutions s’élève à 58 % pour le gouvernement national, 51 % pour la police, 42 % pour l’armée et 34 % pour les dirigeants communautaires. Les organisations religieuses sont les institutions qui inspirent le plus de confiance. On constate un niveau de mécontentement similaire vis-à-vis de la fourniture de services de santé, de sécurité quotidienne et pour les perspectives en matière d’éducation. « J’étais triste que mon pays ne nous offre pas, à nous les jeunes, la promesse d’un avenir meilleur, et j’étais déterminé à prendre les choses en main pour avoir un avenir, quel qu’il soit. », déplore un homme de 28 ans, originaire du Cameroun et résidant désormais en France.

Situation personnelle

Les divers facteurs ayant influencé la décision de migrer et favorisé le processus sont à la base d’un acte de foi ambitieux qui a poussé les migrants à prendre la décision radicale de quitter leur foyer pour partir vers l’inconnu, à savoir une nouvelle vie en Europe. Il ressort de cette analyse que de nombreux Africains peuvent être amenés à migrer en raison des différences perçues ou imaginées entre les perspectives sociopolitiques et économiques offertes par l’Europe et par leur pays d’origine. Il convient de nuancer cette observation en signalant que parmi ceux qui expriment le souhait de migrer, seul un petit nombre met effectivement ce projet à exécution.

Les théories migratoires soulignent le rôle important des capacités, mais également des aspirations individuelles dans la réalisation de ce projet. S’il est entendu que les candidats au départ doivent être motivés et disposer de ressources financières suffisantes pour migrer, leurs ressources psychologiques (force mentale, résilience et capacité intellectuelle à planifier et organiser méticuleusement le périple) pourraient s’avérer tout aussi essentielles. Le poids des dimensions existentielle, psychologique et émotionnelle de la migration est de plus en plus reconnu. Le sens de l’aventure et la disposition à prendre des risques sont également des composantes de ce profil psychologique. « Nous avons passé trois jours en mer. Il faisait terriblement froid et nous n’avions pas de gilets, pas de couvertures et aucune protection contre les conditions météorologiques extrêmes. Nous avions tous faim et nous disposions de très peu de nourriture. À un moment, j’ai cru que je ne survivrais pas au voyage. Je ne conseillerais même pas à mon pire ennemi d’entreprendre ce périple, car c’est très difficile et risqué. Mais je repense parfois au voyage qui m’a amenée ici, et si c’était à refaire, je le referais. », fait savoir un homme de 28 ans, originaire du Cameroun et résidant désormais en France.

Les femmes, les filles et les enfants qui empruntent des itinéraires clandestins sont extrêmement vulnérables aux  violences sexuelles et sexistes perpétrées par les passeurs, les autres migrants, les autorités des centres de détention, et même par leur communauté d’accueil une fois arrivé(e)s en Europe. La traite d’êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle s’est par ailleurs développée.

Ces constats envoient un message fort aux gouvernements africains en soulignant l’impérieuse nécessité de bâtir des sociétés plus inclusives, notamment en réduisant l’écart d’âge entre gouvernants et gouvernés sur le continent.

Thomas AZANMASSO

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