Facilités pour améliorer le climat des affaires: Les Pmi/Pme attendent mieux du gouvernement

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Au ministère de l’Economie et des finances, les réformes se multiplient en faveur des Petites et moyennes industries (Pmi) et Petites et moyennes entreprises (Pme). Tout se fait pour, dit-on, faciliter l’investissement privé, alléger la charge fiscale aux Pme et Pmi et les amener à jouer pleinement leur rôle de pourvoyeuses d’emplois. Le raccordement gratuit et en un délai court au réseau électrique de la Sbee et à l’eau de la Soneb envisagé par le gouvernement pour les entreprises d’un certain standing, répond à cette volonté. Seulement, à l’analyse, ces décisions sont loin de réjouir le grand nombre.

 

 A la Sbee, le raccordement est gratuit pour les Pme et Pmi qui expriment le besoin de consommation en énergie compris entre 140 et 160 Kva. A la Soneb, les entreprises qui sont à jour vis-à-vis du fisc et qui ont leur propre site peuvent aussi bénéficier d’un raccordement gratuit à l’eau. Ces mesures phares viennent à la suite d’autres facilités telles que la réduction des procédures et du délai de raccordement, la dématérialisation des services que cela soit à la Sbee, la Soneb, la Direction générale des impôts, la suppression de 14 impôts ces 12 derniers mois, la liste n’est pas exhaustive. Et pour mieux porter l’information, le gouvernement a initié une série de rencontres en faveur des acteurs du secteur privé aux fins de leur expliquer la portée des mesures prises et qui visent à faciliter l’accès aux marchés et améliorer le climat des affaires au Bénin. Derrière ces mesures, il y a aussi que le Pouvoir de la Rupture veut montrer urbi et orbi sa bonne foi pour pouvoir améliorer les piètres performances qu’il enregistre annuellement, depuis 4 ans, dans le classement Doing Business.

Seulement, au lendemain de l’annonce à grand renfort médiatique de ces facilités, c’est visiblement du ni chaud ni froid chez beaucoup de promoteurs de Pme et Pmi. Et pour cause… Le choix et la pertinence des facilités que le gouvernement a décidé de leur accorder. Selon certains acteurs, même s’il faut saluer la volonté affichée du régime de la Rupture, il y a mieux à faire en termes de besoins ou de priorités à satisfaire pour réellement promouvoir l’initiative privée.

Les arguments avancés…

Prenons par exemple les conditions pour avoir le raccordement gratuit à la Soneb. Il faut être à jour vis-à-vis du fisc, et avoir son propre site. Combien de Pme remplissent ces conditions ? Le gouvernement est-il sûr de pouvoir impacter au moins 1000 entreprises et Pmi ? Qu’on ne se leurre point. Les responsables de Pme, propriétaires de leur propre site se comptent sur le bout des doigts. Justement parce qu’un site implique qu’il faut s’acquitter régulièrement de ses impôts. Or, il y a plus de jeunes entreprises qui démarrent une petite activité, sans grand moyen, avec un capital d’environ 1 à 2 millions de FCfa, espérant avoir un début de succès avant de se conformer aux exigences de la loi. Ces types de promoteurs d’entreprises sont les plus nombreux. N’est-ce pas ceux-là qui doivent être plus visés par les réformes ?

Les attentes de Pme

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Opinant sur la pertinence de la série de décisions, un chef d’entreprise pense que si on doit tenir compte des critères pour avoir le raccordement gratuit à la Soneb, la réforme ne va pas impacter 1000 entreprises dans tout le Bénin. Car,  selon lui, plus de 95% des propriétaires de Pme ne sont pas propriétaires de leur immeuble et dans les moins de 5% qui sont propriétaires, à peine une personne pense à mettre son site au nom de l’entreprise.

Un autre chef d’entreprise, plus jeune, qui a aussi requis l’anonymat, affirme que quand on parle de Pme, ce sont des entreprises potentiellement fragiles. Et donc, si on veut faire des réformes à leur endroit pour les tirer vers le haut, on devrait agir sur les critères qui constituent des freins à leur développement. C’est ce type de réforme qui va contribuer à l’épanouissement des Pme. Il fait observer même qu’une Pme qui a installé son unité sur son propre site et qui est à jour de ses impôts est souvent capable de payer elle-même son raccordement à l’eau et à l’électricité. Dès lors, il estime que c’est le contraire qui devrait s’opérer. L’Etat devrait, selon lui,  aider les Pme à avoir un raccordement rapide et gratuit pour rapidement avoir les moyens d’acquérir leur propre site et payer après leurs impôts. A l’entendre, ces facilités telles que formulées, excluent d’office la plupart des Pme qui sont soit en location, soit en bail. Et Dieu sait qu’elles sont les plus nombreuses. Conclusion, les réformes vont certes permettre d’améliorer le classement Doing Business, sur papier. Mais au fond, elles ne vont pas réellement impacter les Pme qui ont un problème de survie.

Cela amène à se demander si les associations de promoteurs de Pme sont associées en amont à la prise des mesures censées leur faciliter la tâche. « On veut faire notre ”bonheur” avec ou sans notre avis », se désole le jeune responsable Pme. Une fois encore, il se pose la question d’approche dans la mise en œuvre des réformes par le gouvernement de Patrice Talon depuis 2016. Pourquoi ne pas recenser en amont les réels besoins des Pmi/Pme en termes d’amélioration du climat des affaires ?

Le contexte

Si le secteur privé est au cœur des réformes ces derniers jours, il y a une raison à cela. Le gouvernement veut améliorer le classement du Bénin dans le rapport Doing Business à venir, rapport très prisé par les investisseurs surtout étrangers, car il met en exergue les facilités qui leur sont accordées pour faire des affaires dans un pays. En 2019, le Bénin a occupé le 153e rang sur 190 pays. Le pays perd 2 places sur le plan mondial et  3 places dans la zone Afrique par rapport au classement de 2018 où le Bénin était à la 151ème place. L’autre fait qui peut être à la base d’un tel regain d’intérêt aux Pmi et Pme est qu’au même moment où le Bénin est descendu à la 153e place, le Togo a connu une progression fulgurante. De la 156e place en 2018, le pays de Faure Gnassingbé est monté à la 137e place avec 6,32 points de progrès en score contre 0,13 pour le Bénin.

En décembre 2019 au Sénégal, à l’occasion du forum du Fmi sur le développement durable et la soutenabilité de la dette en Afrique, le chef de l’Etat Patrice Talon s’est indigné à propos de la mauvaise perception du risque notamment par l’Ocde qui, sur une échelle de 0 à 7, classe la plupart des pays africains y compris le Bénin en degré 6. C’est un indicateur d’un environnement non favorable aux investissements étrangers. Dans le même temps, le régime de la Rupture est accusé, à tort ou raison, de mener une chasse aux investisseurs nationaux insoumis. A cela s’ajoute la modification en 2017 du Code des marchés publics. Laquelle modification donne au Conseil des ministres le pouvoir de valider des marchés gré-à-gré sans limitation de montant (articles 52 et 55). Tout cela est perçu comme des entorses à la promotion de l’initiative privée. Il fallait donc agir sur certains leviers en vue de retrouver une bonne place dans le classement Doing Business. Mais, on n’y est pas encore tant que les conditions et les besoins exprimés supra par ces Pme et Pmi ne sont pris en compte.

 

Bertrand HOUANHO

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