Passage de la CAN à tous les quatre ans: Michel Dussuyer, journalistes et acteurs sportifs se prononcent

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Le passage de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), de tous les deux ans à tous les quatre ans. C’est l’actualité qui défraie la chronique dans le paysage footballistique africain ces derniers temps. Une proposition de Gianni Infantino, président de la Fédération internationale de football association (Fifa) qui féconde les débats. Les avis se heurtent. Matin Libre y consacre un dossier…

C’est au détour d’un séminaire sur le développement des infrastructures et les compétitions en Afrique, tenu samedi 1er février 2020, à Rabat au Maroc que, Gianni Infantino, président de la Fifa, a évoqué l’idée de planifier la CAN tous les quatre ans, au lieu de tous les deux ans actuellement. «Je propose d’organiser la Coupe d’Afrique des nations tous les quatre ans au lieu de deux ans pour la rendre plus commercialement viable et attrayante au niveau mondial», a suggéré le président de la Fifa. A l’en croire, la CAN génère vingt fois moins que la Coupe d’Europe de football (Euro). «La CAN génère vingt fois moins que l’Euro. Avoir une CAN tous les deux ans, est-ce bien sur le plan commercial ? Cela a-t-il permis de développer les infrastructures ?», se demande Gianni Infantino, face aux délégués des 54 Fédérations nationales de football avant de lâcher la bombe : «Réfléchissez à la passer à tous les quatre ans !». Une idée qui fait couler beaucoup d’encre et de salive.

Ils épousent Gianni Infantino…

Pour Didier Drogba, ancien joueur de Chelsea en Angleterre et de Olympique de Marseille en France, président d’honneur de la FIFPro Afrique, la suggestion du président de la Fifa pourrait être une bonne chose. «Parce que, cela donnerait une saveur bien particulière à ce trophée par sa rareté», a-t-il déclaré sur Rfi. Montassar Yazidi, Directeur de l’Agence Média Presse Sport en Tunisie, n’en dira pas moins.  Pour lui, ça paraît plus logique. «En Europe, ça se passe comme cela. L’Euro, c’est tous les quatre ans. Les joueurs africains qui jouent en Europe, ils n’auront plus de problème en période hivernale où les championnats européens sont en train d’être joués et puis avec les compétitions en club, les Champions League, ils seront assez compétitifs de façon à faire une fête tous les quatre ans», a-t-il argumenté avant d’ajouter : «ça deviendra avec un volume en termes de communication, plus qu’un enjeu comme ce qu’on voit à la Coupe du monde de football, en Euro ou aux Jeux olympiques. Chaque fois où c’est plus lent, la manifestation prend plus d’ampleur». Et, ce sera la même son de cloche de la part de Lafiou Yessoufou, entraîneur des Dragons de l’Ouémé. «Sur cette question de passage à quatre ans de la CAN, moi, je suis d’avis», dira-t-il sans hésiter. Pour lui, la CAN doit être mieux organisée, être valorisée et être un gigantesque événement. «Je suis d’avis pour qu’on s’organise mieux, qu’on ait le temps de valoriser et d’améliorer nos championnats, la Ligue africaine des Champions, le Chan, et qu’on fasse d’une CAN, un gigantesque événement, vecteur de réels développements de nos pays sur la quasi-totalité des plans (économique, social, construction de stades modernes, des hôtels, des routes, des hôpitaux, des  aéroports,…)», développe l’entraîneur des Dragons de l’Ouémé (club le plus titré du Bénin avec 12 titres, ndlr). De son côté,  même si Hugues Zinsou Zounon de la Télévision nationale du Bénin (Ortb) adhère à tous les projets de la Fifa (un stade aux normes dans chaque pays, le développement du football féminin et des compétitions régulières dans toutes les catégories d’âge), il reste dubitatif quant à la mobilisation des fonds et des chiffres annoncés pour  la CAN tous les 4 ans. «(…) Je reste prudent mais nous sommes embarqués dans un environnement de mondialisation. On verra si le Congrès ou l’AG ordinaire de la CAF entérinera les différentes propositions et surtout la CAN tous les 4 ans», avance-t-il.

Quid des oppositions …

Ils sont nombreux à désapprouver l’idée du président de la Fifa. Aux nombre des innombrables réactions figurent celles de deux anciens vainqueurs du ballon d’or africain, le Camerounais Samuel Eto’o Fils et le Sénégalais El Hadji Diouf. Pour ces deux icônes du football africain, pas question d’organiser la CAN tous les quatre ans. Aux dires de la star camerounaise, cette position de la Fifa est dans l’intérêt des Européens et non des Africains. «Est-ce l’intérêt des Africains d’organiser une CAN tous les quatre ans ? Je crois que c’est plutôt celui des Européens. Ils veulent avoir à disposition les Mohamed Salah, Sadio Mané ou Pierre-Emerick Aubameyang», a livré sur Rfi, Samuel Eto’o Fils. Pour sa part, le journaliste sportif de la Télévision Nationale (Ortb), Ospisse Metoli, a fait remarquer que le passage de la CAN à tous les quatre ans tuerait l’engouement autour du foot dans des pays africains. «Ça tuera l’engouement autour du foot dans des pays comme le Bénin, le Niger, le Togo et autres où l’équipe nationale est la  locomotive qui tire le football national vers le haut. La CAN tous les quatre ans réduira la possibilité de développement des infrastructures sur le continent. La CAN tous les quatre ans réduira les entrées d’argent au niveau de la CAF et donc des Fédérations», justifie-t-il. «Jouer la CAN tous les 4 ans présente assez de désavantages pour les joueurs et les fans du cuir rond. (…) Les fans du cuir rond qui sont habitués à vivre cette passion sur le continent tous les deux ans, auront la nostalgie», a renchéri Hubert Dossou-Yovoun, cet amoureux de la CAN . D’un fan à un acteur, «(…) Je pense que quatre ans, c’est trop. (…) C’est quand même long pour nous Africains. Je suis contre le passage de la CAN de tous les deux ans à tous les quatre ans»,  lâche Brice Alban Senou, ancien joueur de la Jeunesse athlétique de Missérété (Jam), vivant en France.

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Pour sa part, le sélectionneur national des Ecureuils du Bénin, Michel Dussuyer, partagera ses analyses. «La première idée qui me vient à l’esprit, c’est de penser à tous les Africains qui sont attachés à leur compétition pour tous les deux ans. La faire basculer pour tous les quatre ans, je pense qu’elle serait amputée de quelque chose. Donc, ce serait déjà lourd pour la grande majorité des Africains qui sont passionnés de leur football et leur CAN», dira-t-il. La deuxième raison, fait-il savoir, c’est que, s’il y a une CAN tous les quatre ans, en intervalle avec une Coupe du monde, ça fait une phase finale tous les deux ans. Si on se confère, poursuit-il, sur une certaine Confédération, en Europe, il y a 13 représentants à la Coupe du Monde sur les 53 participants. Autant de pays concernés qu’en Afrique. Sauf qu’en Afrique, il n’y a que cinq qualifiés. Il y a presque un quart de pays européens qui peuvent espérer voir leur équipe participer à une phase finale de Coupe du monde et moins d’un dixième en tout cas, sur le continent africain. «Forcément, il y aura moins de pays concernés par une compétition en phase finale avec une Coupe d’Afrique tous les quatre ans», conclut Dussuyer. Plus critique, Hamadou Issa, reporter sportif à la Radio Nationale (Ortb). Selon ses propos, les relations entre l’Afrique et la FIFA ne doivent pas être des relations de domination ou d’imposition mais plutôt des relations d’assistance méritée et d’équilibre. «Car, aujourd’hui, les joueurs africains participent énormément au rayonnement du football dans le monde. Si la CAF adopte l’idée de Infantino, ça serait une trahison de l’Afrique», précise-t-il.

 La CAN et son histoire…

C’est en juin 1956 que l’idée de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) a germé. Ceci, par l’entremise de l’Egyptien Abdelaziz Abdellah Salem à l’occasion du troisième Congrès de la Fifa à Lisbonne. Mais, il fut débouté en raison du faible nombre de membres africains (quatre) présents, alors que la naissance de la CAF (Confédération africaine de football) était dans les esprits. Toutefois, Abdelaziz Abdellah Salem, soutenu par ses pairs dont le Soudanais Mohamed Abdelhalimla fera plier la Fifa. «Si nous ne sommes pas tous traités ici sur le même pied d’égalité, il n’est nullement question de notre présence parmi vous». L’incident dompte la Fifa qui  finalement donne son quitus. Dès lors, la CAN prit corps. Abdelaziz Abdellah Salem a souhaité lui donner son nom mais devant une rude contestation des autres membres, l’appellation Coupe d’Afrique fut adoptée. Cependant, le trophée remis au vainqueur porte le nom de Salem.

Ainsi, s’enchaînent les éditions de la CAN. La première a eu lieu en février 1957 à Khartoum au Soudan après la construction d’un stade d’une capacité de trente mille places. Cette édition s’est déroulée sans aucune phase éliminatoire, et a réuni les quatre nations fondatrices de la CAF que sont le Soudan, l’Egypte, l’Ethiopie et l’Afrique du Sud. En finale, l’Egypte a battu l’Ethiopie (4-0) et a décroché le premier Trophée Abdelaziz Salem. La deuxième édition s’est tenue deux ans plus tard en 1959 en République arabe unie

En 1962, l’Ethiopie abritera la troisième édition. En 1963, ce sera le tour du Ghana pour le compte de la quatrième. Les quatrième et cinquième éditions ont respectivement eu lieu en 1965 en Tunisie et 1968 en Ethiopie. Après cette édition, la CAN a connu une stabilité et s’organisait tous les deux ans jusqu’en 2012 (Gabon, Guinée équatoriale) où la CAF a décidé de passer aux années impaires. C’est pourquoi la 29e édition de la CAN a eu lieu en Afrique du Sud en 2013, bien évidemment tout en respectant l’écart de deux ans.

Dossier réalisé par : Abdul Fataï SANNI

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