Centre hospitalier universitaire d’Abomey-Calavi: Pourquoi ce n’est pas le plus grand hôpital de l’Afrique de l’Ouest !

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Dans un spot vidéo abondamment relayé sur les réseaux sociaux, le Centre hospitalier universitaire de référence d’Abomey-Calavi (bientôt en construction) est présenté comme le plus grand hôpital de l’Afrique de l’Ouest. Une affirmation retrouvée en début de cette semaine dans les colonnes de certains journaux même si certains ont préféré les expressions « le plus moderne » ou « plus grand ». Seulement, selon des recoupements d’informations faits et surtout avec des détails fournis par un factchecking (Africacheck.org), l’hôpital d’Abomey-Calavi est loin d’être le plus grand de l’Afrique de l’Ouest…

 

La communication autour de la construction du centre hospitalier d’Abomey-Calavi révèle un détail qui visiblement n’est pas fondé. Le Centre hospitalier universitaire d’Abomey-Calavi est-il vraiment le plus grand hôpital de la sous-région ouest-africaine ? Manifestement NON, lorsqu’on prend en compte plusieurs aspects ou paramètres susceptibles d’affirmer qu’un centre hospitalier est le plus grand. En effet, la même affirmation avait agité l’opinion publique au Niger en mars 2018 lorsque l’Hôpital Général de Référence (HGR) du Niger, offert par le gouvernement chinois, a été déclaré « plus grand hôpital de l’Afrique de l’Ouest ». S’il n’y a pas de norme avalisée pour attester qu’un hôpital est le plus grand, plusieurs paramètres entrent cependant en ligne de compte, selon les explications de l’expert en santé publique, Mamadou Ndiaye à Africa Check. Ainsi, le principal paramètre qui focalise l’attention reste généralement le nombre de lits disponibles. Ici, il faut préciser que le Centre hospitalier universitaire d’Abomey-Calavi, devrait comporter 516 lits, un nombre de lits au-dessus de celui de l’hôpital général de référence (HGR) du Niger qui revendique 500 lits. Mais cela ne fait pas du centre hospitalier d’Abomey-Calavi, le plus grand hôpital de l’Afrique de l’Ouest car jusqu’en mai 2018, date de publication des résultats du factchecking, l’hôpital universitaire Korle Bu d’Accra, considéré comme le troisième plus grand hôpital d’Afrique dispose d’une capacité de plus de « 2000 lits », selon les détails fournis à Africa Check.

La superficie, un paramètre plus ou moins important…

L’autre paramètre qu’il faudra également prendre en compte, reste la question de la superficie. Si l’hôpital de référence d’Abomey-Calavi est annoncé pour être érigé sur un domaine d’une superficie de 15 hectares, il n’est toujours pas le plus grand car le Centre hospitalier universitaire de Fann (CHNU Fann) du Sénégal s’étend sur une superficie de 37 hectares, selon les détails fournis à Africa Check. Encore que cet élément de comparaison peut bien ne pas être assez crédible car cela dépend également du nombre de bâtiments sur l’espace disponible. « Un hôpital disposant d’une superficie de 10 ha où les bâtiments n’occupent qu’un ha ne peut objectivement être considéré « plus grand » qu’un autre de cinq ha où les bâtiments en occupent quatre », précise, l’expert en santé publique. Si le HGR du Niger est qualifié d’une merveille technologique au regard de son plateau technique et des services offerts, le Centre hospitalier universitaire d’Abomey-Calavi est déclaré comme le plus complet de la sous-région ouest africaine, selon un média local. Ici aussi, il faudra que l’auteur des écrits précise les critères justifiant une telle affirmation. Selon Africa Check, pour jauger les établissements hospitaliers, d’autres paramètres entrent en considération, notamment les effectifs (les médecins dont les spécialistes, les paramédicaux et le personnel administratif), les activités de soin (médecine, chirurgie, prise en charge de la grossesse, de l’accouchement et de leurs suites, prise en charge d’une maladie spécifique), le taux d’occupation des lits ou encore la complexité des actes médicaux réalisés, d’après une étude française sur les coûts et performances des établissements hospitaliers publics (ESP). Une étude qui souligne également « l’importance de l’enseignement et de la recherche au sein » des établissements hospitaliers. Par rapport aux effectifs, il faudra peut-être attendre l’érection de l’hôpital pour se rendre à l’évidence de la réalité. Quant à la précision de l’Organisation mondiale de la santé sur la typologie des hôpitaux, on lit dans le manuel « Analyse du secteur de la santé dans les urgences complexes », que les hôpitaux tertiaires comptent des centaines, voire des milliers de lits, alors que les hôpitaux de première référence (ou de premier recours) en ont généralement 50 à 300. Des paramètres liés au nombre de services peuvent également être pris en compte. Est-ce la disponibilité pour la première fois au Bénin d’un service de médecine nucléaire et de radiothérapie d’appoint qui fait du Centre hospitalier, le plus grand de la sous-région ? La question reste toute posée. En attendant que les autorités compétentes évoquent des critères faisant du centre hospitalier d’Abomey-Calavi, le plus grand de l’Afrique de l’Ouest, plusieurs paramètres démontrent que l’affirmation est loin d’être fondée…

Aziz BADAROU

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