Déterminants religieux de la radicalisation dans les espaces frontaliers: Proposition de pistes d’actions

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Outre le fait que des risques de la survenue de la radicalisation voire l’extrémisme violent au Bénin sont bien évidents notamment dans les espaces frontaliers, des pistes d’actions méritent d’être explorées pour prévenir le pire. Selon une étude qualitative exploratoire sur les risques et facteurs potentiels de radicalisation et d’extrémisme violent au Bénin, réalisée par Aziz Mossi dans le cadre du Programme de l’Union européenne de Prévention de l’Extrémisme Violent en Afrique de l’Ouest et dans le Bassin du Lac Tchad (PPREV-UE II), il a proposé des pistes d’actions concernant les déterminants d’ordre religieuX…

Réalisée dans huit (8) communes des quatre départements de la partie septentrionale du Bénin à savoir les communes de Kandi et Malanville (dans l’Alibori), Matéri, Natitingou et Tanguiéta (dans l’Atacora), Nikki et Parakou (dans le Borgou) et Djougou (dans la Donga), la présente étude conduite par une équipe d’experts nationaux, a permis de produire des données sur des phénomènes d’extrémisme violent et des facteurs qui les sous-tendent ainsi que des éléments empiriques d’aide à la décision proposant des options d’intervention en vue de la formulation de stratégies ou programmes de prévention de l’extrémisme violent (PEV), tant au bénéfice des personnels de la Délégation Européenne en République du Bénin qu’aux autorités publiques concernées. Selon cette étude, il importe que l’Etat recense l’ensemble des lieux de cultes et des écoles confessionnelles sur le territoire national afin de réaliser une cartographie communale géo-référencée des lieux de culte et écoles confessionnelles avec l’identification de leurs responsables. « Cette base de données doit être mises à jour régulièrement avec l’aide des autorités communales et locales. La réactualisation des informations au niveau village ou quartier de ville peut-être une des missions à assigner aux membres du conseil de village ou de quartier de ville. Ces conseils seront responsabilisés pour acheminer périodiquement la liste des nouveaux lieux de cultes au niveau arrondissement puis le Chef d’Arrondissement (CA) à son tour achemine les différentes listes de son entité territoriale vers le niveau communal », précise Aziz Mossi. Par ailleurs, il faudra instituer une carte professionnelle des prêcheurs de l’Islam que l’Union Islamique du Bénin sera chargée de délivrer après une enquête de moralité de concert avec les services préfectoraux. « Cette carte doit donner droit à des bourses de perfectionnement au Bénin ou à l’étranger. Le processus doit être inclusif et fondé sur une participation active des responsables religieux des différentes confréries présentes dans les communes », renseigne le rapport de l’enquête.

La société civile et le défi du dialogue intra et interreligieux…

A l’endroit de la société civile, il est suggéré l’institution d’un dialogue intra-religieux au plan national, départemental et communal (tout en poursuivant les dialogues interreligieux déjà existants). « Il apparaît indispensable de mettre en place des plateformes de dialogue intra religieux entre les différentes confréries islamiques dans les communes. Car les divergences et les conflits qui en découlent opposent principalement les différentes confréries entre elles au sein de l’islam. Le défi du futur programme à mettre en place est de rendre permanent et constant le dialogue entre les différents courants islamiques. Ce dialogue doit être inclusif et intégral (prendre en compte tous les courants). Sans ce dialogue, il semble bien que la radicalisation risque de s’accentuer et conduise vers l’extrémisme violent. Le dialogue pourrait se faire à travers des séminaires (en face à face), à travers les radios locales par des émissions conduites par des responsables identifiées dans chaque camp. Il serait aussi important de mettre en place et de soutenir un programme de formation des imams sur la constitution du Bénin, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, les textes régissant la décentralisation et le développement local au Bénin. Des séminaires départementaux peuvent être organisés par an et pendant trois ans. Certains prédicateurs engagés dans l’éducation à la citoyenneté feront des prêches à valeur d’éducation citoyenne sur les radios locales afin qu’en dehors des lieux de culte, ces émissions puissent profiter à tous les courants religieux et aux populations locales en général. Par ailleurs, le dialogue peut aussi s’instaurer entre les différents groupes socioculturels protagonistes dans certaines communes (par exemple entre les autres groupes et les Peuhls). Il s’agira d’assurer une veille citoyenne à travers les actions d’échanges périodiques entre acteurs, d’informations, de sensibilisations à l’endroit de la jeunesse, des sages pour prévenir la radicalisation et les conflits interethniques. Les radios locales peuvent servir de canal pour véhiculer des messages de sensibilisation et d’incitation à la coexistence pacifique », propose Aziz Mossi dans le rapport de synthèse de l’étude réalisée.

Aziz BADAROU

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