Migration internationale : Aux origines d’un phénomène préjudiciable pour l’Afrique

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Nombreux sont les Africains qui, au péril de leurs vies, fuient la pauvreté dans l’espoir de trouver au nord le mieux-être. Avec des taux de chômage des jeunes plus élevés, l’insécurité et le manque de perspectives de reprise économique à l’horizon, les jeunes africains se dirigent vers le nord et essayent d’atteindre l’Europe. Ils trouvent des itinéraires plus longs, encore plus coûteux et moins sûrs vers l’Europe, entraînant un nombre croissant de décès. Les efforts déployés par l’Europe pour combattre les causes profondes de la migration n’ont pas eu d’effets significatifs, ils ont plutôt aggravé l’afflux de migrants clandestins.

 

Jeudi 25 juillet 2019. Une embarcation transportant à son bord 250 migrants a fait naufrage, et plus de 100 personnes sont portées disparues, selon l’Organisation internationale pour les migrations (Oim). “Le naufrage est survenu au large de la ville libyenne de Khoms”, à 120 km à l’est de la capitale libyenne Tripoli, a affirmé à l’Afp Safa Msehli, chargée de la communication au bureau l’Oim en Libye. Selon elle, 145 migrants ont été secourus par les garde-côtes libyens et ramenés vers Khoms. Certains survivants ont raconté que leur bateau avait coulé et qu’il y avait encore à bord quelque 150 migrants, a ajouté Safa Msehli. Un drame qui porte à 426 le nombre de morts en Méditerranée en 2019. « Mouvement de personnes qui quittent leur lieu de résidence habituelle pour se rendre dans un pays dont elles n’ont pas la nationalité, franchissant par conséquent une frontière internationale », la migration internationale est un sujet qui suscite un intérêt accru du public.

 

Aux  origines du phénomène

 

En 2017, le déclin des trois économies phares de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao), c’est–dire le Nigéria, le Ghana et la Cote d’Ivoire, est déjà manifeste et touche l’ensemble de la région. Le Ghana peine à redresser son économie. Le chômage demeure un problème de taille. Le Nigéria a du mal à sortir de la récession. La Cote d’ivoire présente des progrès, mais compromis par des doléances incessantes et des divisions politiques et socio-économiques. Résultat: une augmentation dramatique du chômage, suivie d’une migration massive et de tentatives désespérées de centaines de milliers de personnes, jeunes pour la plupart, d’atteindre l’Europe en empruntant des itinéraires toujours plus dangereux. Les prix des produits de base sont toujours bas et les trois pays mentionnés plus haut essuient des revers importants. Le marché du travail n’est pas en mesure d’absorber le grand nombre de diplômés, au coude-à-coude pour trouver un emploi. La diminution des recettes publiques du fait des prix bas des produits de base et des prix constamment faibles du pétrole accentue les disparités entre les régions du nord et du sud du Nigéria, ce qui entraine un conflit social systématique.

 

Tendances au niveau macroéconomique

 

Selon le rapport relatif aux migrations internationales du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) intitulé : « Au-delà des barrières : voix des migrants africains irréguliers en Europe », il est constaté un phénomène de « bosse migratoire », selon lequel l’émigration à partir d’un pays à revenu faible augmente à mesure de l’augmentation des niveaux de revenus et de la croissance économique dans le pays en question. D’après cette approche, le développement ne cesse de stimuler les migrations, jusqu’au moment où le pays à revenu faible devient un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure – se stabilisant pendant un certain temps avant d’amorcer une courbe descendante. Plusieurs études révèlent également que les Africains qui migrent vers l’Europe sont généralement issus de ménages vivant dans des zones urbaines. Par ailleurs, il a été constaté que le fait d’avoir un proche ayant migré augmente considérablement la probabilité des migrations au sein des familles. La majorité des migrants faisant partie de l’échantillon, originaires de Côte d’Ivoire, de Gambie, du Mali, du Nigéria et du Sénégal, étaient originaires de régions ayant un Indice de pauvreté multidimensionnelle (Ipm) moins élevé que d’autres régions de leur pays. L’Ipm est une mesure de l’extrême pauvreté comparable à l’échelle internationale, qui rend compte des multiples privations existantes en matière de santé, d’éducation et de niveaux de vie au sein des communautés.

 

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Situation familiale

 

Les personnes interrogées dans le cadre du rapport étaient issues de ménages comptant en moyenne 10 membres, et avaient en moyenne cinq frères et sœurs. La taille de ces ménages était largement supérieure aux moyennes nationales et, plus importante que la moyenne continentale. Cette particularité signifie que la pression démographique et le stress proportionnel supporté par l’économie des ménages peuvent constituer une autre caractéristique importante du contexte de développement influant sur les migrations. Parmi les enquêtés, 51 % (hommes et femmes confondus) ont affirmé qu’ils contribuaient à l’économie du ménage avant de migrer. Cette proportion est identique à celles des personnes qui travaillaient et percevaient un revenu avant leur départ. Avant de migrer, la plupart des individus composant l’échantillon remplissaient donc déjà des obligations domestiques afin d’aider leur famille à couvrir ses dépenses. Une plus grande proportion d’enfants aînés, notamment en comparaison avec les enfants les plus jeunes de la famille, apportaient une aide financière. « Mon père est mort et comme je suis l’aîné, ils se sont tous tournés vers moi pour que je les aide. Il a donc fallu que je quitte le Ghana et trouve le moyen de soutenir ma famille. Je cherchais le bon côté des choses », a déclaré un homme âgé de 40 ans, originaire du Ghana et résidant désormais en Suède

 

Niveau d’instruction

 

Les études disponibles indiquent que la majorité des Africains migrant partout dans le monde sont plus instruits que leurs pairs restés dans le pays d’origine. Le processus migratoire lui-même peut inciter les individus à investir dans l’éducation et à acquérir davantage de compétences. Parallèlement, on observe une « féminisation » croissante des migrations à l’échelle mondiale. Davantage de jeunes femmes que d’hommes migrent pour des raisons d’éducation. En particulier, un plus grand nombre de femmes titulaires d’un diplôme universitaire dans les pays en développement – notamment africains – ont migré vers les pays développés. Sur la totalité de l’échantillon, seulement 16 % des personnes interrogées n’ont reçu aucune instruction ou n’ont pas achevé le cycle primaire, tandis que 24 % ont terminé le cycle primaire et 43 % le cycle secondaire ; 6 % ont suivi une formation professionnelle et 8 % ont fait des études supérieures. Si l’on observe les différences liées à la dimension de genre en ce qui concerne le niveau d’instruction atteint dans les pays d’origine, la parité globale entre les hommes et les femmes constatée dans l’échantillon d’étude révèle que les femmes ont été particulièrement bien instruites par rapport à la moyenne enregistrée dans les pays d’origine.

 

Profils professionnels

 

Dans une certaine mesure, le développement économique, parallèlement à d’autres aspects des progrès réalisés en matière de développement, peut être un facteur de migration. Cela s’explique entre autres par le fait que les migrations internationales sont coûteuses, en particulier celles qui consistent à quitter l’Afrique pour d’autres continents. Elles supposent de payer le voyage en lui-même et, pour ceux qui empruntent des voies irrégulières, les services d’intermédiaires et de passeurs. Les recherches disponibles constatent que les Africains prêts à émigrer et capables de le faire ont en moyenne des revenus plus élevés que ceux qui souhaitent rester au pays ou qui envisagent seulement de migrer. Parmi les personnes interrogées dans le rapport du Pnud, 49 % touchaient un revenu et 9 % étaient scolarisées, les 42 % restants n’entrant dans aucune de ces catégories. Celles qui ne percevaient aucun revenu l’ont justifié par un éventail de raisons, dont la plus importante (50 %) est le « manque d’emplois ». Les migrants rémunérées dans leur pays d’origine appartenaient aux catégories de personnel des services directs aux particuliers, commerçants et vendeurs (30 %), professions « élémentaires » ou domestiques (29 %) et métiers qualifiés de l’industrie et de l’artisanat (18 %). Proportionnellement, deux fois plus de femmes que d’hommes travaillaient dans le secteur des services ou du commerce (51 % contre 24 %, respectivement), et deux fois plus d’hommes que de femmes dans celui de l’industrie et de l’artisanat (21 % contre 10 %, respectivement).

 

Thomas AZANMASSO

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