Gestion des enseignants non Ape : Que cache le méli-mélo du gouvernement?

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Les enseignants non APE seront-ils désormais traités comme des ballons de ping-pong, tantôt par l’État, tantôt par l’Anpe et tantôt par un cabinet privé ? La dernière trouvaille du gouvernement est de faire recours au privé qui, en sous-traitance, se chargera de mettre à la disposition de l’Etat du personnel enseignant afin de combler le déficit. La réforme, à bien des égards, suscite beaucoup d’interrogations.

 

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Le Ceg Nassoukou, arrondissement de Guilmaro dans la commune de Kouandé, n’a que deux aspirants comme enseignants depuis bientôt trois mois que la rentrée a débuté. Sur quatre groupes pédagogiques, cet établissement n’a qu’un enseignant d’histoire-Géographie et un de Science de la Vie et de la Terre (Svt). A l’instar du Ceg Nassoukou, beaucoup d’autres établissements d’enseignement public sont confrontés au manque d’enseignants. Un manque exacerbé par les nombreuses réformes introduites dans le secteur et qui ont abouti, dans certains cas, au licenciement de certains contractuels de l’Etat reversés en 2008. Le problème devenu criard dans un secteur aussi sensible que l’Education, le gouvernement de la Rupture tente de trouver une solution. D’où le recours aux cabinets et agences privés qui ont une expertise en gestion des ressources humaines. Ils se chargeront de la sélection, la gestion d’une partie du personnel enseignant (non agents permanents de l’Etat) qu’ils mettront à la disposition de l’Etat.

Le dépassement de la masse salariale, probable cause ?

C’est une première dans l’histoire que l’Etat qui détient la compétence en la matière, puisque disposant d’établissements de formation des enseignants, décide de faire recours au privé pour lui « louer » le personnel enseignant dont il a besoin pour combler le gap. Qu’est-ce qui peut justifier cela ?

Dans un rapport du Centre d’analyse des politiques du développement (Capod), produit en 2017 sur les facteurs de pression de la masse salariale au Bénin, il est noté une tendance à la hausse de la masse salariale à partir de 2007. Les différentes mesures prises par le gouvernement d’alors n’ont fait qu’augmenter la masse salariale qui est passée de 79,1 milliards de FCFA en 2001 à 340,7 milliards de FCFA en 2016, soit une augmentation moyenne annuelle de 20,7%. Dans le même temps, la crise financière et économique a freiné l’accroissement des recettes fiscales qui sont passées de 247,1 milliards en 2001 à 742,1 milliards en 2016 contribuant ainsi au dépassement du ratio qui est passé de 32,0% en 2001 à 55,2% en 2016. Or, selon le critère de convergence de l’Uemoa, le ratio Masse salariale/Recettes fiscales ne doit pas dépasser 35%. Vu sous cet angle, on peut estimer que le gouvernement de la Rupture est dans une politique de maîtrise de l’effectif des agents de l’Etat, étant donné que les enseignants sont de la catégorie qui pompe le plus les finances publiques. Mais cet argument est battu en brèche quand on sait que le 20 novembre dernier seulement, le gouvernement a autorisé le recrutement de 1100 agents au profit des forces armées et de la police républicaine.

D’un autre côté, l’option du privé ne ferait qu’accroître la masse salariale. Avec les sociétés de gardiennage, l’expérience a montré que le recours à leurs services coûte deux fois plus cher que le recrutement direct. Ce qu’on veut éviter en matière de charges qui s’accroissent au fil des années, puisqu’il a été démontré que plus vous avez de l’ancienneté, plus votre salaire devient consistant, on le fait d’un coup en payant à des structures privées plus que ce qu’on devrait payer à l’enseignant recruté directement. Alors que l’Etat pouvait avoir un enseignant à 100 000FCFA en contrat direct, il sera obligé de verser 200 000 FCFA voire plus à un cabinet privé.

La précarisation de l’emploi continue sous la Rupture

La tendance depuis l’avènement du régime de la Rupture est à la précarisation de l’emploi. Cette volonté s’est matérialisée par le vote de la loi sur l’embauche. Avec le système de « location » d’enseignants, la possibilité est donnée au privé, déjà champion en la matière, de faire des enseignants des corvéables à merci. D’abord les cabinets vont vouloir faire d’énormes profits sur le dos des enseignants placés. Quand la structure place  un agent à 250 000FCFA par exemple, à peine le concerné pourrait avoir 100 ou 120 000FCFA. On le sait, c’est comme cela que ça fonctionne. Celui qui n’acceptera pas d’être traité de la sorte peut toujours changer de profession. Au pire des cas, l’employeur pourrait profiter de la moindre erreur, une petite faute pour se séparer de l’enseignant insoumis et prendre quelqu’un de plus docile sur la liste d’attente.

 

Finalement, on se demande si cette option profitera vraiment à l’Etat. Il y a un sérieux doute sur les critères de compétence en matière de formation du personnel enseignant. Compétence que n’ont pas forcément les agences, étant donné que c’est la première fois que le besoin s’est exprimé. Ces agences existent-elles déjà ou c’est maintenant qu’elles seront créées ? Qui seront les promoteurs, et quel sera le mode de passation des marchés ? Autour de cette réforme, beaucoup de zones d’ombre restent encore à élucider.

 

B.H

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