Tribune libre : L’Afrique s’en souvient!

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1er décembre 1944 -1er décembre 2019. Il y a exactement 75 ans, à 3 heures du matin, que des soldats africains furent massacrés par l’armée française. Ces derniers communément appelés « tirailleurs sénégalais » avaient été, en général, enroûlés de force pour aller soutenir la France dans son combat contre l’Allemagne nazie. Aux côtés de leurs camarades français, ils ont ainsi contribué à ce qu’on appelle l’ “effort de guerre”. Souvent présents en première ligne lors des combats, ils n’ont ménagé aucun effort pour la victoire de l’Hexagone. « Après l’effort, c’est le réconfort », dit-on souvent. Mais pour eux, ce ne fut pas le cas. Ces « tirailleurs sénégalais » durent rappeler leur droit à la « patrie des droits de l’homme ». Mais hélas ! Le traitement adéquat et conséquent consécutif à leurs efforts, qu’ils réclamaient de façon non violente, servit de prétexte à la France pour les expédier ad patres. Pour cette dernière, ces nègres avaient franchi le Rubicon, et ils devaient en payer le prix fort. Paris prit leur réclamation pour une subversion, une effronterie, une outrecuidance. C’est alors que sur l’ordre des autorités coloniales, l’armée française extermina nos frères de sang, le 1er décembre 1944, au camp Thiaroye dans la banlieue de Dakar – Cf. L’Afrique répond à Sarkozy contre le Discours de Dakar, Ed. Philippe Rey, 2008, P.21 -.

 

Ce pan de notre histoire, aujourd’hui plus que jamais, reste vif et présent dans nos mémoires. La douleur et la rancœur profondes qu’il suscite lorsqu’il nous revient à l’esprit sont une preuve palpable de l’attitude scélérate d’un monde occidental sans justice, qui paie en monnaie de singe le dévouement loyal et sans failles du peuple noir venu à sa rescousse dans une guerre qui ne le concernait pas en premier.

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le massacre du camp Thiaroye ne bénéficie pas de la même couverture médiatique que d’autres horreurs contemporaines telles que : la Shoah, la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, le drame d’Hiroshima et de Nagasaki, etc. En tant qu’Africains, cet état de choses est un appel qui nous interpelle sur l’impératif devoir de mémoire relatif aux différentes pages de notre histoire. Certaines d’entre elles, en effet, pour des raisons que nous ignorons, semblent être à dessein tues, effacées voire reléguées dans les profondeurs abyssales de l’oubli. Or, « Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple. Car, un peuple sans histoire est un monde sans âme » – Alain Foka in Archives d’Afrique, émission radiodiffusée sur Rfi -.

À qui la faute ? Nous ne saurions le dire. Néanmoins, il est ignominieux et nous le constatons, que depuis toujours et de nos jours, l’Hexagone, principal responsable de ce forfait, ne manifeste de repentir que du bout des lèvres, suivi d’un service minimum en termes de réparation. Aujourd’hui encore, après plus d’un demi-siècle d’indépendance dans la dépendance, les anciennes colonies françaises d’Afrique continuent d’être à sa merci, car elle s’ingère de façon quasi fréquente et permanente dans des affaires d’État, a priori uniquement nationales et ne relevant que de la compétence des peuples africains eux-mêmes.
Malgré toutes ces injustices flagrantes, une lueur d’espoir demeure : celle d’une Afrique consciente qui se relève de l’intérieur, celle d’une Afrique qui bâtit son présent et son avenir en tenant compte des leçons tirées des erreurs du passé. Pour ce faire, nous devons nous libérer de toutes les entraves héritées du système colonial. Cette libération passe par une revalorisation de certains faits marquants de notre patrimoine historique. Des faits, tels que le massacre du camp Thiaroye, qui nous inspirent et que nous nous devons de commémorer avec tout le respect et le sérieux que cela requiert.
Aujourd’hui plus que jamais, nous devons en prendre conscience pour une indépendance après les indépendances. Car, l’Afrique est en retard et doit se réveiller, comme le dirait Alpha Blondy.

 

Pacôme ADJOVI
Étudiant en Philosophie

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