Fermeture des frontières du Nigéria : Les pertinentes propositions de Radji Mansourou

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Depuis quelques mois, le Bénin vit une situation particulière avec la fermeture des frontières nigérianes. Même si cette fermeture bloque certaines activités des Béninois, il permet au moins au peuple de faire désormais la promotion de la production locale. Et c’est d’ailleurs dans cette optique que l’ONG ” HOUSE OF POLICIES” a fait des propositions au chef de l’Etat Patrice Talon pour une sortie de crise qui va nous éviter à l’avenir la dépendance. A travers la plume de son président Radji Moumin Mansourou, l’ONG HP a fait des propositions on ne peut plus claires.

Lire les propositions

Pourquoi le Bénin ne signera pas et encore moins ne ratifiera pas la politique de lutte contre la contrebande proposée par le Nigeria ?

 

La fermeture de Seme Border et de Owode est une anomalie économique et commerciale à bien des égards. Les pays responsables ne doivent jamais fermer leurs frontières pour des questions liées au commerce.
Fermer la frontière d’un pays sans raison valable ou sans justification va à l’encontre de toutes les règles d’éthiques et de bon voisinage. Les raisons valables pour la fermeture des frontières comprennent une menace immédiate pour la sécurité intérieure et l’avènement d’une épidémie de maladies mortelles. L’argument avancé par le gouvernement nigérian en fermant la frontière avec la République du Bénin est qu’il réduira l’afflux de riz et d’autres produits importés. Les principales justifications vont du renforcement de l’économie nigériane au renforcement de la sécurité transfrontalière, en passant par l’encouragement d’une relance agricole dans le pays le plus peuplé d’Afrique. Apparemment, les recettes provenant des droits d’importation ont augmenté de plus de 5 % au cours des deux premières semaines, selon les autorités nigérianes, ce qui se traduit actuellement par une augmentation significative des recettes des douanes nigérianes. Hameed Ibrahim Ali, ancien colonel nigérian, est actuellement Contrôleur Général des douanes nigérianes. Il a affirmé que le gouvernement génère entre 4,7 et 5,8 milliards de nairas chaque jour depuis la fermeture de la frontière de Seme. C’est sans aucun doute un coup de pouce pour le budget fédéral. Cependant, un examen attentif démontre que le gouvernement nigérian ne présente qu’une partie du sujet. Le revers de la médaille révèle les coûts réels de cette mesure sans précédent. La fermeture de la frontière a généré des effets secondaires indésirables. Une inflation a deux chiffres s’est propagée et continue de se répandre dans l’économie nigériane suite à la fermeture des frontières terrestres. Le Nigerian National Bureau of Statistics a publié un rapport dans lequel il confirme que les chiffres de l’inflation sont à la hausse. Le taux d’inflation, contenu jusqu’à présent, a bondi de façon considérable et a même atteint actuellement le seuil de 11.24% en septembre 2019. C’est la conséquence logique de la flambée des prix des denrées alimentaires, et cela n’est pas une bonne nouvelle pour l’économie nigériane, car cela pourrait marquer le début d’un nouveau cycle de pauvreté au Nigeria et dans la région. La fermeture des frontières est un pari risqué dont le Nigeria ne peut pas profiter, étant donné qu’il risque de perdre autant que le Bénin et le Niger, ses voisins immédiats. On estime que le nombre de Nigérians, victimes de l’extrême pauvreté augmente d’environ six personnes par minute, soit près de la moitié de la population du Nigeria. La plus grande économie d’Afrique a dépassé l’Inde comme sanctuaire des personnes vivant dans l’extrême pauvreté. On estime que 87 millions de Nigérians vivent avec moins de 1,90 dollar par jour. Sur le plan économique, le Nigéria est un gâchis absolu et de nombreuses politiques publiques n’ont pas répondu aux attentes. Le Nigeria se comporte de manière irresponsable en utilisant la fermeture de la frontière pour externaliser ses problèmes au Bénin et au Niger voisins. Ce n’est pas ainsi que la sous-région réduira le chômage et endiguera la pauvreté. Cette tactique d’intimidation doit cesser et ce n’est que par le dialogue que cette crise pourra être résolue. La vérité est qu’en dépit de sa richesse, le Nigeria a du mal à traduire sa richesse en ressources naturelles en une hausse du niveau de vie pour sa population. Le Nigeria n’a rien à gagner de cette mesure louche et sans précédent. La sagesse exige que le gouvernement nigérian mette fin à cette mesure auto-infligée, qui a perturbé les moyens de subsistance économique de nombreux commerçants authentiques qui dépendent du commerce transfrontalier légitime pour faire vivre leur famille. Les petites entreprises transfrontalières, en particulier les milliers de Béninoises, de Nigériennes et de Nigérianes qui vendent et achètent des biens de consommation, sont aux prises avec cette crise. Ces femmes pauvres qui achètent en gros pour leurs petites entreprises sont des commerçantes par nature : elles achètent la plupart des produits à bas prix au Bénin ou au Nigéria et vendent à des prix plus élevés dans un autre pays. Même pendant la période coloniale, les négociants en devises étrangères se nourrissaient d’entreprises établies aux postes frontaliers. Le Nigeria fait du Bénin et du Niger les boucs émissaires de son économie précaire et de ses politiques publiques qui ont échoué. Les récentes réformes économiques du Nigeria incluent, de façon non exhaustive, le gel de l’emploi dans le secteur public. La combinaison de cette politique, en plus de l’incompétence du gouvernement nigérian à absorber officiellement sa main d’œuvre croissante, a contribué à gonfler le secteur informel. Il en résulte que les jeunes diplômés nigérians au chômage n’ont d’autre choix que de rejoindre le nombre croissant de ceux qui travaillent déjà dans le secteur informel le long des frontières. Ce même postulat s’applique à la République du Bénin, au Niger, au Ghana etc… et les secteurs informels sont les bouées de sauvetage pour leur survie et celle de leurs familles. Le secteur informel le plus important de la Cedeao se trouve au Nigeria. Au Bénin comme au Nigéria, les activités informelles représentent 65% du PIB de ces pays. Il ressort que le Bénin n’est pas la cause des problèmes du Nigeria; le Nigeria fait fausse route et se fourvoie en s’attaquant au Benin. Le vrai problème, c’est le réseau bien organisé de riches Nigérians qui se livrent à la contrebande à grande échelle, et ces cartels opèrent sous le regard bienveillant et vigilant d’agents frontaliers corrompus qui fournissent un soutien total en échange d’argent. Cela implique que les jeunes diplômés nigérians et les autres chômeurs qui, selon le gouvernement nigérian, s’enfoncent davantage dans la pauvreté, ne sont pas la cause des problèmes, pas plus que la République du Bénin. Les Nigérians sont plus riches que les Béninois, et les pauvres ne font pas de contrebande à grande échelle. Les ressortissants béninois n’ont pas les moyens de financer la logistique nécessaire à la contrebande d’un grand volume de marchandises. Les véritables victimes de la fermeture de la frontière ne sont que les petits contrebandiers (pauvres chômeurs béninois et nigérians), et ce gouvernement nigérian doit savoir et comprendre qu’une telle politique est vouée non seulement à échouer, mais aussi a corroder la relation de confiance et à empoisonner les relations entre le Nigeria et ses voisins.
Dans ce contexte, le Bénin et le Nigeria n’ont pas d’autre choix que d’engager des discussions afin d’aborder ces questions. Il y a un besoin de coordination et non d’intimidation, et on devient perplexe quand on se rappelle que le Nigeria a été à l’avant-garde de la création de la Cedeao en 1975. La décision unilatérale de fermer les frontières terrestres sans avertissement préalable est incompatible avec les idéaux de la Cedeao et va à l’encontre de l’esprit d’intégration régionale souhaitée par l’Afrique de l’Ouest. La fermeture de la frontière sape les efforts de sécurité régionale, et il est tout simplement honteux de penser qu’elle répond à des préoccupations transfrontalières en matière de sécurité. Le Bénin est un pays paisible de part en part, et toute allusion à des menaces venant du Bénin n’a aucun sens. Toute menace à la sécurité du Nigeria provient de terroristes locaux et de la criminalité organisée au sein de la fédération, et non du Bénin. Qu’en est-il de l’intégration régionale si le Nigeria se comporte de la sorte ? La Cedeao était censée être une zone de libre-échange, et le précédent créé par le Nigeria en fermant les frontières fait écho au sentiment général que l’organisation sous régionale n’a malheureusement pas correctement mis en œuvre sa propre politique de libre circulation des biens, services et personnes. Le fonctionnement de la Cedeao présente des déficiences graves et inadéquates.

L’organisation présente de sérieuses lacunes. Les fonctionnaires nigérians profitent depuis des années de la contrebande, bien plus que les ressortissants béninois. Pour décourager la contrebande, il ne faut pas fermer la frontière, mais plutôt négocier. La politique formulée par le gouverneur Godwin Emefiele de la Banque centrale du Nigeria(CBN) présente de nombreux défauts et ne peut être acceptée par le Bénin. Le Nigeria n’a aucun contrôle sur l’intégrité territoriale du Bénin, et c’est une erreur de brutaliser le Bénin en exigeant la ratification d’une politique formulée par des responsables nigérians. Aucun gouvernement béninois responsable ne prendrait de telles odieuses démarches juste pour plaire au Nigeria. La politique nigériane de lutte contre la contrebande n’est pas dans l’intérêt de la République du Bénin, parce qu’elle ignore et va paralyser les intérêts économiques vitaux de notre pays. Cette politique ne tient pas compte de nos besoins au Bénin. Au lieu de cela, le Nigeria s’est engagé à saper le système politique et économique du Bénin. La politique que le Nigéria voudrait voir le Bénin mette en œuvre nous coûtera des milliards, réduira notre économie, et liera l’avenir du Bénin à la volonté des Nigérians. La politique de lutte contre la contrebande proposée par le Nigeria vise à créer des emplois pour les Nigérians et à les rendre riches. Bien qu’il n’y ait rien de mal à cette idée, le Nigeria veut que le Bénin fasse son travail, distrayant ainsi le gouvernement béninois de son propre problème de chômage. En outre, le Nigeria profite de la fermeture de la frontière pour renforcer sa politique de diversification et aussi pour développer ses industries nationales. Cela va à l’encontre de toutes les règles et politiques de la Cedeao parce que c’est du protectionnisme.

Le Nigeria a effectivement jeté le Tarif extérieur commun (TEC) de la CEDEAO par les fenêtres avec ses mesures protectionnistes. Le Nigeria n’est pas en mesure de dire au Bénin comment utiliser ses ports. Malgré les efforts du président Talon pour trouver des solutions acceptables à ce problème, il n’a obtenu qu’une position nigériane de plus en plus dure. Le Bénin n’est pas responsable pour les projections budgétaires du Nigeria, et les personnes impliquées dans la contrebande à grande échelle sont des Nigérians. La République du Bénin n’utilisera donc pas ses maigres ressources pour faire le travail que le gouvernement nigérian est censé faire. La façon dont la presse nigériane a décrit la question est très trompeuse. Les Nigérians sont des contrebandiers, pas les ressortissants béninois, et c’est un fait. C’est au Nigeria qu’il incombe d’arrêter les contrebandiers, pas au Bénin. Ce que le Nigeria veut, c’est un avenir meilleur pour les jeunes Nigérians. Tout comme le Président Talon, qui désire un meilleur futur pour les jeunes Béninois. Mais l’un ne doit jamais se faire aux dépens de l’autre. À la lumière de ce qui précède, la House of Policies conseillera au président Talon de ne pas signer d’accord ou de politique étrangère qui n’est pas dans notre intérêt immédiat. Le Nigeria est du mauvais côté de l’histoire, et ce que le Président Talon doit faire, c’est travailler avec les jeunes Béninois pour concevoir des politiques qui nous favoriseront. La House of Policies exhorte tous les ressortissants béninois, y compris les partis d’opposition, à rejoindre et à soutenir Talon. Cette question frontalière ne devrait pas être utilisée comme une arme politique contre le gouvernement Talon. Talon devrait rester ferme et analyser toute politique proposée et penser d’abord à nos intérêts. C’est le Nigeria qui est à l’origine de ce gâchis, et c’est la responsabilité du Nigeria de le nettoyer. Les Béninois doivent se garder de rentrer dans ce jeu néfaste du Nigeria qui bénéficierait en semant la zizanie au sein de la politique de notre pays.

Radji Mansourou analyste économique et juriste

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