Actualité politique au Bénin : Cette révision n’est pas une victoire …

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La Constitution béninoise, vieille d’une trentaine d’années, est révisée dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre par une Assemblée entièrement acquise à la cause du chef de l’Etat. Dans le rang des populations, cela ne fait ni chaud, ni froid. Cette attitude de résignation a déjà été observée le jour des élections législatives exclusives. On connait la suite…

 

Ils se frottent les mains. Les députés de la 8eme législature ont le sentiment d’avoir posé un acte de portée historique, jamais enregistré dans l’histoire du renouveau démocratique. C’est vrai que l’acte est de haute portée. Mais certainement pas dans le sens d’une victoire. Cette révision opérée en urgence et dans l’indifférence totale des populations est un échec en soi. C’est la preuve une fois de plus que  le régime du Nouveau départ souffre d’un manque cruel de popularité, comme d’ailleurs l’ont révélé les Législatives non inclusives.

Quand on parle de révision  de la Loi fondamentale en Afrique et particulièrement au Bénin depuis Kérékou II, tout le monde sait que, cela déchaîne les passions. Ça se vit aussi bien dans les universités, les coins de rue, les marchés, partout. C’est comme un classico. Mais,  au lieu de ça, à quoi a-t-on assisté cette fois-ci ? Une révision opérée par des députés d’une même chapelle politique, issus d’élections contestées avec à la clé des violences jamais enregistrées, soldées par des morts d’hommes. Face à tel tableau, les populations se sont réfugiées dans une indifférence totale. En dehors de quelques commentaires sur la toile, pour le grand nombre, « circulez, il n’y a rien à voir ». Les rues de Porto-Novo notamment les alentours du Palais des Gouverneurs sont restés déserts pendant que la Loi fondamentale du Bénin était en train d’être déflorée. Seuls 83 députés contestés ont jubilé dans les quatre murs de l’hémicycle. Pourtant, Il n’y avait pas match. Un  non-événement peut-on dire, quand on se rappelle tout ce qui s’est passé pour qu’on en arrive là. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, dit le proverbe. Encore qu’il faudrait qu’il y ait compétition pour qu’on parle de vainqueurs.  Ce silence des Béninois à cette troisième estocade portée à la Loi fondamentale devrait être analysé. N’est-ce pas un changement de stratégie face la dynamique en face ? Cela ressemble, à quelques différences près, à l’attitude de la période pré-législatives qui s’est soldée par un très faible taux de participation, jamais enregistré dans l’histoire démocratique du Bénin. Ce sont des signes qu’on ne doit banaliser. Ce silence ou cette indifférence à la révision n’est-il pas un message ?

Ces points qui frisent de l’opportunisme

De toutes les velléités de révision de la Constitution, le point d’achoppement a toujours été le soupçon d’une révision opportuniste. Par deux fois, sous la Rupture, la tentative a échoué parce que la minorité de blocage craignait une révision opportuniste. Aujourd’hui, certains points, qui ont surgi de nulle part pour être incorporés au projet de loi, montrent qu’on est bel et bien en face d’une révision opportuniste. D’abord une Législature contestée. Des députés qui souffrent de légitimité se réunissent et révisent la Constitution. Mais ils n’ont pas touché à leur propre mandat en cours, jugé illégitime. Supposons un instant que les députés révisionnistes devraient, dans le cadre de ce projet, écourter leur mandat pour permettre l’organisation d’élections générales où la compétition est ouverte à tous les partis politiques y compris ceux de l’Opposition. L’auront-ils fait ? Evidemment non. De même, alors qu’une disposition de la nouvelle loi empêche tout ancien président qui a déjà fait deux mandats dans sa vie de se représenter, au niveau des députés, on met le compteur à zéro. Désormais un député ne peut plus faire plus de trois mandats. Et cela, à compter des Législatives de 2023. Ce qui veut dire que vous pouvez déjà fait 7 législatures, le compteur est remis à zéro. A partir de 2023, vous avez encore le droit de faire 3 législatures. Tout ça n’est-elle pas pour contenter les députés révisionnistes ? Au nombre des points sortis de nulle part, puisque n’ayant pas fait objet de consensus au dialogue politique, il y a le poste de Vice-président qui donne désormais  au chef de l’Etat le pouvoir de se faire remplacer par son homme de confiance, son homme à tout faire en cas d’événements imprévus. Que dire du parrainage qui va se révéler être une autre exclusion à partir de la présidentielle de 2021 ? Dans le même temps, certaines dispositions qui avaient fait l’unanimité dans la première ébauche du projet de révision, défendues par le chantre de la Rupture lors de la campagne présidentielle, ont curieusement disparu. Qu’en est-il de la refonte de la Haac qui devrait permettre aux professionnels des médias de prendre la présidence de cette Institution ? Qu’est-il advenu de la réforme du Csm de devrait voir dimunier considérablement l’influence du chef de l’Etat ? Le président de la République et les membres de son gouvernement seront-ils désormais jugés par une juridiction de droit commun en cas fautes lourdes ? Ces points étaient pourtant accueillis comme une avancée démocratique. Mais au grand dam des Béninois, ils ont disparu, laissant place à d’autres dont les contours sont encore flous.

M.M

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