Gestion des fonds de la Fondation Gantin : 110 millions dans la gorge de Tévoèdjrè

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(Cardinal Bernardin Gantin pourrait se retourner dans sa tombe)

La gestion financière de Albert Tévoèdjrè, alors président du comité préparatoire du Prix international Cardinal Bernardin Gantin et de la Fondation Cardinal Bernardin Gantin, n’aura pas été catholique. Une sulfureuse affaire de 110 millions FCfa non soldés jusque-là, fait le chou gras des medias depuis quelques jours.

Feu Cardinal Bernardin Gantin pourrait se retourner plusieurs fois dans son sépulcre lorsqu’il va se rappeler sa chère phrase: « Que jamais à la fin je ne sois confondu » qu’emprunte régulièrement l’un de ses admirateurs et ami, Albert Tévoèdjrè. Et pour cause. Sans être un pourfendeur du nonagénaire, il semble que tout est réuni pour qu’à la fin il soit confondu. La compilation des échanges épistolaires, sur près de six mois, entre l’ancien président du comité préparatoire du Prix international Cardinal Bernardin Gantin et de la Fondation Cardinal Bernardin Gantin et son successeur, Emile Paraiso, en disent long. Première interpellation : « (…) Au cours de la plénière du 6 février 2018, les membres du Conseil m’ont demandé de vous prier de bien vouloir compléter le premier rapport par le rapport financier qui visera notamment les trois (03) comptes bancaires de la Fondation en ce qui concerne leur fonctionnement et les soldes à la date du 11 mars 2016. Nous vous prions de nous faire parvenir le rapport financier dans les délais qui vous paraîtront les meilleurs et autant que faire se peut, le 28 février, date à laquelle le conseil tiendra à son siège une plénière en vue de la préparation du 10ème anniversaire du rappel à Dieu de notre vénéré Père le Cardinal Bernardin Gantin…». Albert Tévoèdjrè répond. Morceau choisi : « (…) En attendant l’accomplissement des formalités en cours relatives à la reconnaissance définitive de la Fondation pour son fonctionnement général dans les conditions exigées par la banque, je vous ai prié d’accepter d’opérer un virement à partir de ces deux derniers comptes sur celui du Cpps pour permettre de satisfaire des urgences ett des opérations intéressant aussi la mémoire du Cardinal Gantin. C’est dans ces conditions qu’avec votre signature et celle de Jean Tchougbé, il a été viré au compte du Cpps un montant total de 110 millions de Francs Cfa avec l’assurance programmée d’une remise en place de ces fonds dès que les moyens que je vous ai confidentiellement indiqués seront obtenus dans les délais plus proches. J’avais pensé et souhaité participer à votre réunion de ce mercredi 28 février 2018. Malheureusement, un événement relatif à la commémoration de la Conférence nationale dont j’ai été le rapporteur général expliquera mon absence… ». De ce qui précède, on peut aisément constater que l’ancien Médiateur émérite de l’Uemoa et de la République du Bénin reconnaît qu’il y a eu un mouvement ou « détournement » de fonds des comptes de la Fondation, qu’il avait présidée, vers un le compte de sa propre structure, le Centre panafricain de prospective sociale-Institut Albert Tévoèdjrè (Cpps-IAT) même s’il a tenté de le justifier. Aussi, peut-on noter que « Le Renard de Djèrègbé » a trouvé une bonne échappatoire à la rencontre du 28 février 2018. « Cher frère aîné Albert, cher Melchior mon frère, Suite à ma lettre du 19 février 2018 et à ta réponse du 27 février 2018, j’ai le devoir de porter à ta connaissance que ta présence à la réunion du Conseil d’administration de la Fondation Cardinal Bernardin Gantin aurait été d’une grande opportunité et source de soulagement pour l’Assemblée. S’agissant du point de l’ordre du jour concernant les comptes de la Fondation logés à la BOA, le débat a été houleux. J’ai été interpellé et ai subi la torture morale de m’entendre dire que j’étais complice d’un détournement de fonds de la Fondation Cardinal Bernardin Gantin au profit du Centre panafricain de prospective sociale-Institut Albert Tévoèdjrè (Cpps-IAT). Régulièrement, au cours de nos entretiens fraternels, tu m’as rappelé la phrase chère au Cardinal Bernardin Gantin : « Que jamais à la fin je ne sois confondu ». En vertu de cette prière du Cardinal et au nom de Jésus Christ notre Maître et Sauveur, je t’adjure de faire remettre par le Cpps-IAT sur les comptes de la Fondation Cardinal Bernardin Gantin avant le 14 mars prochain, les fonds virés indûment à son profit. Confidentiellement tu m’avais promis de le faire au plus tard le 15 février 2018 », réplique le président Emile Paraïso qui ajoute « Enfin, je t’informe que la Fondation t’enverra une lettre t’invitant le 14 mars 2018, à la réunion préparatoire de la commémoration du 10ème anniversaire du retour au Père de notre Vénéré Cardinal Bernardin Gantin… ». Une fois encore, le Frère Melchior n’honorera pas cette invitation, et trouvera une belle parade : « J’ai promis une remise en place des fonds dont j’ai fait été pour des raisons MAJEURES que je serai heureux de justifier ! Je confirme cet engagement même si des retards dans la réalisation de certaines négociations me mettent provisoirement en difficulté passagère. Je consacre tout mon temps à l’inauguration de ‘’ La maison de la paix’’ le 19 mars prochain. C’est après cela que je verrai clair et planifierai tout le reste… ».

 

Entre engagements et assurances, le Frère Melchior n’a rien respecté

De relance en relance pour remboursement des fonds et de subterfuges en excuses à solder, Albert Tévoèdjrè n’aura pas viré ce qu’il a indûment perçu et reconnu. En tout cas, pas avant que nous ne mettions sous presse. Entre temps, il a même conditionné le remboursement de la somme à la vente de sa maison à Porto-Novo. Le 20 juin 2018, Albert Tévoèdjrè va écrire à nouveau à Emile Paraïso. Extrait : « La défaillance et l’obscure disparition de…. (Sous couvert anonymat Ndlr), premier acquéreur de notre résidence de Porto-Novo, après l’accomplissement de toutes les formalités notariales et les assurances données à tous, y compris à vous-même, nous mettent dans une terrible situation et d’innombrables difficultés. Je viens aujourd’hui vous confirmer par cette correspondance, que dès le vendredi 22 juin prochain, nous libérons entièrement cette résidence de Porto-Novo pour rejoindre notre nouvelle demeure d’Adjati. Ce déménagement, signe de notre bonne foi et de notre bonne volonté, n’a d’autre finalité que de mettre l’immeuble en gage au profit prioritaire de la Fondation Cardinal Bernardin Gantin pour restituer comme convenu les cent dix millions (110.000.000) avancés au Centre panafricain de prospective sociale (Cpps) dans le cadre des initiatives concernant les dix (10 ) ans de mémoire du Cardinal Bernardin Gantin et par virements bancaires, opérés à la Bank of Africa (BOA) selon les normes indiquées par la banque elle-même. La restitution prioritaire accomplie, le reste du montant de la vente nous reviendra légitimement… ». Dès réception de cette lettre, il y a un peu plus d’un an, il est évident que Emile Paraïso et sa suite pousseraient un ouf de soulagement en se disant « enfin, le bout du tunnel… ». Malheureusement, cette joie imaginaire ne sera que de courte durée. D’où la énième sommation de rembourser adressée immédiatement le 25 juin dont nous publiant ici un pan: « (…) Aujourd’hui, le fonctionnement de la Fondation est paralysé et l’attribution du Prix à l’occasion du 10ème anniversaire du décès du Cardinal est compromise. Le Conseil d’administration de la Fondation à la lecture de votre courriel du 20 juin 2018 regrette foncièrement les contre-vérités qu’il contient et vous invite à œuvrer courageusement, positivement et sans délai pour rembourser les 110 millions qui sont dus. Concernant l’action judiciaire que vous nous forcez à entreprendre, je vous invite fraternellement à vous rapprocher des banques ou autres organismes financiers pour hypothéquer la maison que vous avez donnée en gage en vue d’un prêt que vous solliciterez pour rembourser sans délai la Fondation Cardinal Bernardin Gantin. Afin de donner la preuve de votre bonne foi au Conseil d’administration, celui-ci vous invite à une séance de travail et d’explications le mercredi 27 juin 2018 à 11heures 30 minutes au siège de la Fondation…. ». A cette invitation, l’ancien président de la Fondation va s’excuser tout en posant des conditions avant de se déplacer. Et à y voit de près, c’est dans un courriel datant du 3 juillet 2018. Une semaine après la date retenue. « Je vous remercie pour toutes vos correspondances. Je mesure l’ampleur de votre déception. Sachez que j’ai la ferme volonté et que je brûle du sincère désir de m’exprimer devant les membres du Conseil d’administration et de la Fondation Cardinal Bernardin Gantin pour laver votre honneur, celui de Jean Tchougbé et le mien. J’ai la ferme volonté et je brûle du sincère désir de contribuer à élever au plus haut niveau le nom du Cardinal Bernardin Gantin et de rassurer pleinement l’ensemble de nos concitoyens et tous les serviteurs de notre Eglise. Je viens vous prier de m’aider à ce témoignage capital. Malheureusement, désormais privé de garde de corps et ayant dû rendre le véhicule qui m’avait été officiellement attribué, de plus en plus handicapé dans ma démarche et très affaibli par la lourde épreuve de ces dernières semaines, je me vois dans l’obligation de solliciter votre aide soit pour me déplacer jusqu’au siège de la Fondation soit pour tenir la rencontre souhaitée dans un lieu d’accès plus facile pour tous. Je me conformerai à votre décision », peut-on lire dans la lettre du professeur Tévoèdjrè. Un véritable feuilleton de passe d’armes épistolaires à issue indéterminée. Au regard du poids de l’âge aujourd’hui (90 ans), on peut se demander si la Fondation parviendra à recouvrer cette dette pour que les actions prévues pour honorer la mémoire du Vénéré prélat soient véritablement concrétisées.

Worou BORO

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