Interview exclusive avec Angelo Ahouanmagna : « Je suis le promoteur légal de Urban Fm »

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La radio Urban Fm a alimenté, au cours des derniers jours, l’actualité sur les réseaux sociaux. Elle a aussi fait l’objet de moult polémiques à propos du ping-pong juridico-administratif qui se jouerait entre la HAAC et ses actionnaires. Angelo AHOUANMAGNA, son promoteur, dans ce long entretien qu’il a accordé à notre rédaction, sort de sa discrétion pour expliquer les tenants et aboutissants de ce qui se déroule au cœur de ce médium. Au passage, on y croise quelques acteurs bien connus de notre landerneau politico-médiatique.

 

LA REDACTION : La radio Urban FM à Parakou, dont vous êtes normalement  le promoteur, existe depuis une quinzaine d’années. Elle fait actuellement l’objet d’annonce de réformes qui suscitent de nombreuses polémiques sur les réseaux sociaux. Avant toute chose, dites-nous, oui ou non, si vous en êtes le propriétaire.

 Angelo AHOUANMAGNA : Votre usage de l’adverbe « normalement » me paraît un sous-entendu « anormalement » intriguant (sourire). Ecoutez, je suis effectivement, depuis une quinzaine d’années, le dépositaire légal et le promoteur de la fréquence 106.9 à Parakou. En effet, la radio a commencé à émettre en août 2003, sous le label Nord Fm, consécutivement à un dossier de candidature que j’ai mené à succès auprès de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication pour l’exploitation d’une radiodiffusion commerciale sonore. A partir de 2005, il y eut des mutations dans la composition de l’actionnariat, et la radio est passée, en cette année-là, sous enseigne Urban Fm, à mon initiative. Bref, pour répondre clairement à votre question, je vous dirai oui. Pas un oui dans le sens de ce qui est presque vrai ; car depuis la création de la radio, j’ai toujours été le promoteur sous les différentes enseignes et l’actionnaire majoritaire dans les limites du seuil absolu que la loi, dans notre pays, permet à un individu d’en disposer. Ceci dit, cela n’exclut pas le fait que je puisse en partager la propriété avec d’autres actionnaires, mais il y a une hiérarchie des choses qui fait que je suis l’unique responsable de l’exploitation au regard de la convention signée avec la HAAC. Il s’agit ainsi d’une propriété concédée par l’Etat.

 

Pourtant, il se disait à Parakou, comme dans beaucoup de milieux, que Charles TOKO, actuel maire de cette ville, a racheté la radio, il y a quelques années…

 

Connaissez-vous l’adage «  la rumeur, c’est le plus vieux média du monde » ? Et la rumeur peut généralement servir de très bons objectifs de communication pour qui sait la manier. Je ne suis pas dupe là-dessus ; puisque ce que vous soulevez est toujours remonté à mes oreilles, et parfois par le biais de proches parents ou amis qui, connaissant la réalité, me rapportaient cet état de choses avec agacement ou irritation. Mais c’est mal me connaître. La vérité, c’est qu’en 2005, en toute fraternité ou confraternité, Charles Toko et moi nous nous étions rapprochés et avions décidé de créer une synergie et de travailler ensemble à l’exploitation de la fréquence. C’est dans ce contexte que j’ai agi à rassembler et arbitrer les parts à lui concédées. Ainsi, il était devenu mon principal partenaire dans l’affaire, via sa société Océan FM Plus ; avec dans le même temps, l’entrée d’un autre actionnaire, en la personne de monsieur Daniel DOSSOU. Mais je suis toujours resté l’actionnaire majoritaire dans les limites maximales autorisées par la loi, comme je vous disais tantôt.

 

Et pourtant vous laissez entretenir ce que vous appelez des rumeurs…

 

On n’est pas obligé de répondre à tout. Et j’ai parfois connu des questions plus embarrassantes quand j’ai entrepris de faire un tel investissement ; notamment de la part de ceux qui venaient me voir directement ou non pour demander comment se fait-il qu’un type comme moi, originaire d’Abomey, se gênait à faire un investissement pareil jusqu’à Parakou (pour employer exactement leurs termes). Parfois, j’ai compris qu’ils s’interrogeaient de bonne foi ; car, en dehors de Cotonou, la plupart de ceux qui faisaient ce genre d’investissement dans les villes de l’intérieur, le faisaient dans leurs régions d’origine. Mais beaucoup ne savaient pas que j’ai grandi entre Abomey et Kandi, puis ai terminé en partie mes études secondaires au Lycée Mathieu Bouké de Parakou. La majorité de mes amis d’enfance sont originaires du Septentrion, et je suis particulièrement attaché à cette région. En clair, j’avais des motivations très personnelles, au-delà du rôle de pionnier que j’ai joué, tout comme Malick Gomina, dans ce type d’investissement à Parakou. Alors, il m’importait peu que des rumeurs eurent menti sur la réalité de la propriété. Au plan juridique, il n’y avait l’ombre d’aucune confusion, et je n’étais pas à la recherche du buzz pour ça là. L’essentiel, c’était le challenge professionnel défini avec Charles Toko en son temps. Il est vrai que le fait que j’ai laissé citer souvent Urban Fm dans les médias du groupe Le Matinal n’a rien arrangé pour dissiper de telles rumeurs. Nous avons une différence de style, bien qu’ayant connu à peu près les mêmes moules professionnels et fréquenté les mêmes milieux. En plus, ceux qui me connaissent savent bien mon épanouissement dans la discrétion. Ce qui était donc important pour moi, c’est la fraternité qu’il y a entre nous. Donc, j’ironisais quelques fois en disant : ce n’est pas grave que je sois actionnaire majoritaire quelque part où on pense que Charles Toko est l’absolu propriétaire. Au fond, il ne suffisait  pas pour moi de m’auréoler tout simplement du titre de propriétaire, et je ne suis pas non plus un chien pour aboyer sur tout ce qui passe ; encore que ce sont les mauvais chiens, apeurés, qui aboient à propos de tout. Vous savez, le même reproche m’est fait quand certains découvrent que je suis le promoteur du quotidien gratuit 5 Minutes qui est diffusé, depuis un an, dans notre pays et au sein de sa diaspora. On me dit “mais ton nom n’est dans l’ours” , « on n’a pensé plutôt à un tel autre… », etc.

 

Ça se dit également qu’il a été entrepris à nouveau de refondre l’actionnariat de la société d’exploitation de la fréquence, de changer de nom à la radio sans l’accord préalable du principal associé Charles Toko et de la HAAC.

 

J’ai été profondément agacé à la diffusion, par certains, sur les réseaux sociaux, de courriers que j’ai échangés avec la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication ; sans compter les fuites organisées par certaines officines sur une menace de suspension qui pèserait sur l’antenne. Parfois, j’ai reçu comme une injure à l’ancien élève de l’Ecole Nationale d’Administration que je fus, les polémiques autour des démarches que j’ai menées. Il y a bientôt un an que j’ai saisi l’institution de régulation à l’effet de valider ma démarche de cession de l’entièreté de mes parts dans la société Urban FM sarl, et j’ai informé, dans le même courrier, du nouvel acquéreur. Bon, la Haac m’a rappelé, dans une correspondance, il n’y a pas si longtemps, que conformément aux obligations contractuelles, je ne peux céder sans son autorisation ; ce sur quoi on est entièrement d’accord. Mais une chose est sûre, je ne pense pas que, dans l’esprit de la loi, il s’agisse de faire faire le choix de l’acquéreur par l’institution, mais tout au moins elle s’assure de sa qualité. Et monsieur Sidikou Karimou, pour ne pas le nommer, qui est annoncé à l’autorité de régulation des médias, est le promoteur du Groupe de presse Matin Libre et un investisseur à succès dans d’autres supports médiatiques ou dans le secteur de la communication en général. Or, j’ai effectué exactement, de la même manière, les démarches auprès de la HAAC quand Charles Toko est rentré dans l’actionnariat d’Urban Fm via Océan Fm Plus, et cela n’avait posé aucun problème. Pareil pour le changement de nom, pour passer à Matin Libre Radio : j’ai écrit préalablement et indiqué la nouvelle dénomination. Par le passé, l’institution n’a posé aucun problème à ce genre de lifting. Je ne sais pour quelles raisons, aujourd’hui, cela devrait être un problème.

Mais je tiens à préciser que dans votre façon de dire – « il a été entrepris à nouveau… »- s’il y a là également un sous-entendu d’excès de mutations autour de la radio, je vous dirai que j’ai voulu construire quelque chose qui ne tombe dans la facilité d’un financement politique qui vous mette sous botte. J’ai préféré une vraie dynamique d’actionnaires qui assure l’équilibre d’un fonctionnement déontologique correct à la radio.

 

Au fond, l’institution de régulation et le partenaire Océan FM via Charles TOKO ne sont-ils pas dans leur bon droit ?

 

Vos allégations et vos incriminations m’obligent à parler de choses que je ne voudrais pas étaler dans les médias, par devoir de fraternité. Charles Toko sait qu’au cours d’un tête-à-tête que nous avons eu en octobre 2015 si j’ai bonne mémoire, où il était question de finaliser les modalités de transfèrement de la radio sur son site actuel et de s’accorder sur la gestion de la couverture de la présidentielle de 2016, je lui ai fait part, en outre, de mon intention de céder mes actions et de me désengager entièrement du fonctionnement. Après les élections, sur quasiment deux années, toutes mes tentatives pour qu’on se reparle du sujet ont été vaines. J’ai trouvé cela inapproprié au regard de tout ce qui peut nous lier. Alors, je lui ai fait part, à maintes reprises, par personnes interposées, de mon indignation. Plus tard, quand j’ai lancé le processus de cession de mes parts, il a élevé des protestations par le biais de son avocat Maître Brice Houssou, aussi  bien à mon endroit qu’à l’endroit de la Haac. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Ainsi, à mon initiative, j’ai réuni Charles Toko et Sidikou Karimou, pour qu’on s’entende sur l’arrivée de ce dernier dans l’exploitation de la fréquence. Nous nous sommes retrouvés ce jour-là, au début de cette année, à Bénin Marina Hôtel, et j’ai demandé que Tiburce Adagbè, dont nous partageons tous l’amitié, soit présent à la séance. Après nos échanges, Charles avait exprimé le fait qu’il n’avait plus aucune objection à la reprise des actions par Sidikou.

 

Pensez-vous que dans la conduite de l’opération, vous avez failli quelque part ?

 

Si c’est le cas, je voudrais qu’on m’en apporte la preuve très clairement, au lieu de dilatoire procédural. Je vous ai expliqué les démarches administratives que j’ai faites, je vous ai aussi dit ce que j’ai fait amicalement et fraternellement. Je n’ai jamais cessé d’être cohérent dans ma démarche. Il y a encore quelques semaines, nous nous sommes retrouvés aux obsèques de la mère d’un de nos confrères, Agapit Maforikan. J’étais assis entre Charles Toko et Edouard Loko, Sidikou Karimou était à peu près assis à la même table en face de nous. A un moment donné, j’ai demandé à Charles un aparté pour lui dire qu’il est important de composer avec Sidikou Karimou ; car avais-je argué, il avait un bon plan de développement de la fréquence.

Après, c’est facile de reprocher tout ce qu’on veut. La réalité, c’est que l’investissement autour de la radio vivote aujourd’hui et depuis toujours dans les dettes de fonctionnement, les redevances étatiques et autres charges légales d’exploitation. Au plan légal, tout ça est du ressort de ma responsabilité, et je ne veux plus m’accommoder du statu quo.

 

Avez-vous le sentiment que c’est devenu une guéguerre de personnes ?

 

Ça ne devrait pas l’être. En tout cas, j’ai tout fait en ce qui me concerne, pour qu’il n’en soit pas ainsi. J’attache beaucoup de prix à la loyauté dans mes relations, c’est pourquoi j’ai fait en sorte d’appeler, dans la refonte envisagée, quelqu’un qui peut le mieux s’entendre avec Charles ToKo.  A la réunion de Bénin Marina Hôtel que j’ai évoquée, j’ai fait remarquer que quelqu’un s’était proposé de faire reprendre mes parts dans l’affaire par le Président Boni Yayi au nom d’un de ses proches. J’ai jugé que cela ferait déloyal et inamical pour mon principal associé. Dans ma logique, je ne suis mû que par des considérations de bonne logique entrepreneuriale et un esprit de challenge professionnel. Ce fut cette dernière considération qui m’avait motivé en 2005, quand on s’est associé avec le partenaire Océan Fm. Ce n’était pas du tout une logique financière, c’était beaucoup plus pour les fruits prometteurs d’un tandem. Les objectifs n’ont pas été atteints, et j’ai toujours reconnu ma part de responsabilité dans ce qui n’a pas été opérant. Mais à un moment donné, il faut savoir en tirer les conséquences.

 

Mais pourquoi le choix de Sidikou Karimou du groupe de presse Matin Libre pour reprendre vos parts dans l’activité ?

 

La démarche actuelle autour de Urban n’a qu’une logique économique et des visées de modernisation d’une radio. En fait, je n’ai que le souci de mieux staffer le fonctionnement de la radio et de lui ouvrir de meilleures perspectives d’exploitation qui pérennisent les emplois et permettent à la quarantaine de personnes, qui tourne autour au quotidien, de continuer à en vivre. Sidikou Karimou a le positionnement qu’il faut pour permettre d’atteindre ce double objectif de gestion. Il faut rebâtir un modèle à long terme au-delà des intérêts circonstanciers. C’est aussi simple que cela. Aller chercher toute autre explication, relèverait de la spéculation intellectuelle, de la médisance ou de la malveillance.

 

Que proposez-vous pour formaliser sans accrocs les nouvelles mutations engagées ?

 

Ce lundi, j’ai écrit à nouveau à la HAAC. J’ai réintroduit la demande de changement de nom. Ce qui est fait répond, avant tout, à une logique commerciale avec le nouveau partenaire, le groupe Matin Libre. Cela donnera de la cohérence pour faire des packages commerciaux. Quant au reste, il y a la fraternité qui existe entre les différents protagonistes pour résoudre ça.

 

Pour conclure, peut-on dire qu’à titre personnel, vous êtes parti pour vous désengager entièrement de l’exploitation de la radio ?

 

J’ai un attachement particulier pour cette radio. Vous avez mentionné vous-même qu’elle est créée depuis une quinzaine d’années. Si on déduit une quinzaine d’années de mon âge, je me retrouverai à la période des tout premiers grands investissements que j’ai réalisés quand, quelques années après ma sortie de l’université, j’ai créé mon entreprise et que quasiment sac au dos, je sillonnais quelques capitales africaines, souvent sans attaches, pour gagner ma vie. Et j’aime les symboles ; pour ça, je songe à toujours garder une certaine présence. Je vous ai déjà dit que je suis aussi attaché à Parakou. J’étais parti pour y réaliser la toute première télévision privée. En 2010, au bout des différentes phases de présélection et de sélection, j’avais gagné la seule fréquence de télévision mise en compétition à Parakou. Et j’aurais pu être à nouveau l’associé de Charles Toko (rires) qui était allé me proposer en tant qu’émissaire du Président Boni Yayi et d’un shadow cabinet constitué autour de l’ancien chef de l’Etat par Réckya Madougou, Patrick Adjamonsi et Charles lui-même. Alors qu’on était à un an de la présidentielle de 2011, il était question que j’accepte de refondre l’actionnariat de la société destinée à exploiter la future télévision que j’ai dénommée E TV. La présentation de la trame de ce deal m’a quelque peu heurté. Je faisais, à cette époque, partie des communicants du Président Yayi, je ne comprenais pas qu’il ne puisse pas me parler directement de son intérêt pour cette fréquence à Parakou. Pire, suivant le rapport qui m’avait été présenté, c’est que le fon d’Abomey que je suis, qui allait disposer de la seule fréquence de télé à Parakou en cette veille de la présidentielle, était gênant et inconcevable pour certains. La suite, tout le monde la connaît, et c’est du domaine public. Subitement, les fréquences qu’on nous avait attribuées ne furent plus disponibles. D’aucuns y ont vu, par ailleurs, un coup politique, car un pourfendeur du pouvoir à l’époque, Sébastien Ajavon, avait également gagné une fréquence TV. On a été  renforcé dans l’idée de magouilles politico-ethnico-institutionnelles quand, fatalement, après l’élection de 2011, l’Etat a recouvré, comme par magie, les fréquences indisponibles. Une nouvelle Haac, sans aucun respect du principe de la continuité de l’Etat, reprit les dossiers d’attribution de la fréquence et attribua, là encore par enchantement, la fréquence de Parakou à l’homme d’affaires Yaya Adéoti, dont la télé, comble de coïncidences, s’appelle E-Télé, au lieu E-Tv déjà autorisée en 2010.

On avait aussi entendu dire que vous étiez appelé à diriger cette E-Télé.

Rires. Non, ça ne m’intéressait pas. Soit les gens en avaient sur la conscience, soit ils savaient que j’avais fait un beau projet. Dans tous les cas, je ne savais pas d’où venait cette plaisanterie ; mais ce fut dans les colonnes de la rubrique “Confidentiels”, de l’hebdomadaire Jeune Afrique, que je découvris moi-même qu’on voulait m’appeler pour diriger cette télé. Je n’aurais eu aucune envie de gérer ce qu’on m’a pris par un hold-up institutionnel.

Propos recueillis par Mike MAHOUNA

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