Franck Hantan au sujet de son exposition “Houindotché nan boua” : « Mon atelier est un espace de sérénité… »

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Collection de peintures, sculptures. Installation, performance avec la création nouvelle du  costume princier rythmée dans une scénographie, danse et musique traditionnelles. C’est ce cocktail que l’artiste  Franck Hantan offre à chaque fois qu’il lui est donné l’opportunité d’être au contact de ses admirateurs. Il revient à la faveur de cet entretien sur les tenants et aboutissants de sa carrière et aussi sur sa prochaine exposition.

 

Matin Libre : Quels sont les signes avant-coureur de votre vocation ?

Franck Hantan : Je crois à la vocation lorsqu’elle est un choix. La décision de cette vocation en ce moment  devient une chose vraiment puissante et immense. Elle est  attachée à mon existence, c’est un moteur d’évolution pour moi. J’ai une trajectoire, certes atypique, qui s’est imposée comme une évidence, à force de détermination et de travail. Mon parcours s’apparente à un parcours de guerrier ; c’est un art difficile et exigeant. Les cheminements inattendus de la vie conduisent vers des horizons que je n’espérais  pas embrasser. Poussé par mon univers, tout mon art trouve son essence dans les fondamentaux du Vaudoun.

Quelle conduite créative est la vôtre, installé comme indépendant dans votre atelier dans le Val d’Oise ? 

 

J’invente une mise au monde, des sensations que l’on n’aurait jamais imaginées, sur une toile de jute brute. En tant que Technicien de maintenance informatique, j’associe à mon art les nouvelles technologies pour créer les images vectorielles.  Je sélectionne mes matériaux : tissus, cauris, argile, carton.  Je suis enclin à une gestuelle large pour la relation de l’énergie du corps à l’œuvre. J’ai un besoin intense de palper les matériaux : la colle, la corde. J’explore les propriétés physiques des couleurs tout en définissant mon style avec le toucher de la matière et n’ai de cesse que mes sculptures vibrent d’une étonnante présence, qu’elles sourdent, dans leurs proportions singulières et radicales, puissamment structurées, une sorte de mémoire de l’intériorité. Mon atelier est un espace de sérénité constitué de livres sur les divinités du Panthéon de l’Egypte Antique et l’Afrique. C’est un cadre de vie très simple où tout est en ordre. Je procède par élimination jusqu’à ce que ne reste que l’essentiel. Je préfère contrôler et maîtriser méthodiquement pour ne pas me laisser tenter par quelque conquête trop aventureuse. Je suis d’un naturel perfectionniste et inquiet, méticuleux. « En se contentant de bien faire ce qu’on est sûr de savoir contrôler, on peut aller très loin ».  Je cultive ma passion pour un passage de : « faire de la cuisine à l’Art », car, c’est aussi une espèce de chimie qui engage un travail de la main, de l’intelligence et de l’esprit. Cependant,  je pense qu’il n’y a pas de discours pour conduire le goût, la netteté de lignes incisives, les  formes, l’exubérance des couleurs. Chacun goûte l’art à sa manière et s’interrogera sur la charge émotionnelle déposée dans mes œuvres qui sont d’une portée universelle.

C’est peu de dire, comme on est étonné dans votre atelier !   On voit des images surgir d’une composition inhabituelle, une juxtaposition de plans chromatiques, un rythme dans la mise en espace de la peinture avec votre  jeu de coloriste unique qui fascine.  Est-ce de cette pratique, avec ses outils d’expression, dans votre Histoire des tentures, dont se fait l’écho le bulletin de l’UNESCO en mars 2019, que l’on  s’émerveille   ?

 

Depuis de longues décennies d’activité plastique, cela m’a permis d’ouvrir ma voie à un autre langage entre tradition et innovation et d’élaborer une créativité en perpétuelle renouvellement . En tant que dépositaire de cet art des tentures au sein de ma famille, j’ai pu m’exprimer en toute liberté sur les calculs de découpe et leurs géométrie . Créer toutes les formes que je désire, en très grand format ; créer mes couleurs pour chaque découpe et faire le collage selon un sens de la symétrie de  chacune de ces images qui incorporent aussi, dans mon travail, les qualités des tissus, des objets en bois, en cuir pour perpétuer cette mémoire des rois anciens  pour la mise en valeur, des grands évènements de leurs règnes ou de leurs faits d’armes.

Comment  cherchez- vous  à partager votre passion à d’autres ?

 

J’anime et aime transmettre cette liberté créatrice à d’autres, pour le plaisir de vivre sans inhibitions. N’ayant pas eu de formation spécifique pour enseigner, je m’applique à créer ma propre méthode d’enseignement,  c’est un champ libre d’expérience, il faut réfléchir à l’organisation de l’espace, à la lumière, à la forme, aux couleurs, à la ligne afin d’exercer son œil critique. Ce travail, provient de mes approches multiples des arts, c’est une étape qui me permet ensuite de dialoguer avec chaque personne pour mieux comprendre sa perception de la réalité, dans une véritable quête pour laisser affleurer non pas la perception consciente mais l’inconscient. J’apprécie  les techniques mixtes parce qu’elles font intervenir le hasard, les « accidents ». Et, ces accidents peuvent justement être féconds tant au niveau plastique que pour la connaissance de soi-même.

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Vous piquez notre curiosité avec les caractéristiques de l’iconographie du Bénin ? Est-ce un changement du regard qu’il nous faut opérer avec une disponibilité de l’esprit ? 

 

Mes choix artistiques répondent toujours à mes souhaits personnels, ainsi qu’à mes valeurs de vie.  La construction de ces savoirs date de mon enfance auprès de ma mère artiste teinturière reconnue, et de mes ancêtres HANTAN et ZINFLOU, premiers artistes teinturiers du Royaume. Actuellement, je vis et produis en France, en usant d’images rappelant de nombreux rites dont celui de la gémellité, le mien.  En exil, lorsqu’on quitte la terre de ses ancêtres, on se relie avec son essence première avec la présence de Soi à Soi. Mes récits sur mes expériences thérapeutiques, états comateux, mon beau pays et riche patrimoine, les jeux avec mon chien, la fantaisie imaginative de mon enfance, la plage, mes amis d’enfance déjà en France depuis vingt ans, tout cela émerge selon le vœu profond de ma nature, d’une sensibilité passionnelle, dans le domaine des arts où je développe mon expérience de l’image. Cette faille a instauré une profonde introspection sur la relation que j’entretiens avec le monde, et l’accomplissement de mon être pour rejouer ma destinée ;  j’ai le souci d’analyser les détails de toute chose et je dois garder la maîtrise de mon univers. Cela m’impose certaines pudeurs et distances pour inventer ma nouvelle vie.

 

Selon votre tempérament artistique, « au commencement était l’Action » constitue-t-elle un adage de votre sagesse ?

 

Sans doute la forme d’art pratiqué avec ma mère était une réalité avec laquelle j’étais en confiance, où l’homme peut vivre et agir. Par ailleurs, comme ma culture l’impose, j’ai fait la cérémonie dédiée aux jumeaux. Par conséquent, je suis toujours en quête de ces trames narratives qui m’habitent et qui fondent mon être dans sa plénitude pour créer. Je reconnais que je suis un acharné de travail, ne vivant que pour l’Art. C’est un sacerdoce d’assumer l’héritage de sa culture, il faut témérité et persévérance pour jeter les bases de projets concrets.

Quel est votre vœu dans le présent ? Et si moi, je devais me poser la question Qu’ai-je donc quitté sans même le comprendre ? Qui sommes-nous et qui croyons-nous être ?

 

Je convie le spectateur à un partage fécond. J’engage ma vie pour satisfaire ce désir de l’autre, en tant qu’artiste tout court. Je souhaite que mes œuvres révèlent les énergies de l’esprit et du cœur. Car l’humain a la possibilité de faire une certaine expérience vers le beau et le bien. Il ne faut pas se passer de la reconnaissance de l’humain qui nous entoure. J’invite chacun à trouver l’œuvre qui lui ressemble et d’assumer cette nouvelle harmonie.

Vos œuvres dévoilent chacune leur histoire propre. Elles se parlent et nous parlent, communiquant par l’émotion qu’elles nous procurent. Mais que recèlent leurs  valeurs symboliques ?

 

Ce sont les mêmes idées qui hantent la pensée humaine depuis l’aube des temps; elles ravivent un lien universel entre création et beauté. Ce sont les questions de la vie et de la mort, le statut de l’âme avant et après la conception de l’être, les sujets de l’amour, la fertilité.   Mais, l’expérience de l’image confère avant tout de se laisser aller à nos sens, pour notre plaisir devant la valeur esthétique sensible de chacune d’elle. Ces œuvres nous invitent aussi à rêver, car le rêve restitue à la vie son sens secret tout en ouvrant l’esprit sur l’inconnu.

 

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