Marché de friperie de Sèmè Okoun : La désuétude crève l’œil

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Plus de six ans après son inauguration à grand renfort médiatique, le nouveau marché ‘’international’’ de friperie de Sèmè Okoun, dans la commune de Sèmè-Podji, normalement en remplacement de celui de Missèbo, à Cotonou, a vieilli plus que son âge. Et pour cause, maints facteurs concourent à cette obsolescence avérée. Reportage…

 

11h 25 ! Boutiques et paillottes, rangées de façon parallèle, sur un espace très étendu, sans clôture formelle. Dans un état délabré, la plupart de ces bâtisses ne porte ni étiquettes, ni insignes. Certaines ouvertes, d’autres hermétiquement cadenassées. A l’intérieur et devant de celles ouvertes, inondent des balles de friperies, de tout genre. Sur cet emplacement de plusieurs hectares, se font des vas et viens d’hommes et de femmes, dans une ambiance très calme. A l’instar des personnes assises devant les boutiques ouvertes, d’autres font leurs entrées et sorties à moto ou à pied, soit avec des colis de friperies entassées dans des sacs au dos, ou dans des sachets. Un peu plus loin et ce à quelques quinze mètres, s’aperçoit une voie goudronnée, qui n’est rien d’autre que la route inter-états, Bénin-Nigéria. Bienvenue donc au marché international de friperie de Sèmè Okoun, ce samedi 29 juin 2019, où tout parait vide et antique.

 

Malgré son ouverture officielle, à grand renfort médiatique, depuis le 17 novembre 2012, ce centre commercial inauguré pour décongestionner celui de Missèbo, présente toutes les caractéristiques d’un bébé mort-né. « Depuis quatre ans que je suis ici, ça ne vend pas grand-chose. De jour en jour, les voisins délaissent leur emplacement et s’en vont. A part quelques Ibo qui continuent de venir acheter des friperies, même les béninois ne viennent pas », s’alarme dame Antoinette, vendeuse de vestes et jaquettes, en friperie. Si elle s’apitoie de la mévente, d’autres poussent loin le bouchon. C’est le cas d’Ibrahim qui d’accent nigérian, ne comprend pas pourquoi les autorités considèrent l’endroit, comme un marché. Car, pour lui, un marché s’anime, vit et se fréquente. « Vous-même, regardez ! Combien de clients vous voyez par ici ? On nous a jetés dans un endroit isolé en nous promettant que les autres de Missèbo vont rejoindre le site, mais rien. Les boutiques ici sont pour la plupart fermées car, les gens ne vendent pas. Je vends des chaussures, mais je vous assure que depuis le matin, je n’ai encore rien vendu, alors que j’ai loué la boutique et je dois payer à la fin du mois. C’est trop difficile pour nous », jure le vendeur.

Cherté des articles, manque de magasins, d’initiative… ; quelques racines du problème

Plusieurs sont ces causes qui, selon vendeurs et acheteurs de ce marché dit international, déteignent sur son fonctionnement. Pour ce jeune homme béninois venu payer des maillots, les articles sont chers dans ce marché, comparativement à Missèbo. Et selon ses dires, s’il a décidé de venir ici, c’est parce qu’il n’avait pas envie d’aller à Cotonou, vu qu’il a quitté la frontière nigériane. « On dit que nos articles sont coûteux, c’est pourquoi certains préfèrent Missèbo. Même si je comprends ceux qui disent ça, comment allons-nous faire ? Si tout Missèbo avait été vraiment déplacé vers ici, il y aura la concurrence, plus d’affluence, plus de clients et là, on pourra juger. Mais tout le monde est encore là-bas, et nous ici. On ne peut donc pas dire qu’on est cher si tant est que le marché n’est fréquenté, ni occupé », rétorque Ibrahim, le vendeur de chaussures. Au-delà, dame Antoinette revient à la charge et expose le problème manque cruel de magasins de stock des friperies qui selon elle, est le mignon péché commis par ceux qui ont décidé de construire le marché. Dans ses propos, s’il n’y a que de boutiques et non de magasins pour conserver ce qui doit occuper les boutiques, certains grossistes ne viendront pas s’installer sur le site. « Et sans grossistes, nous sommes obligés d’emmener nos articles ici avant de les exposer, ce qui parait insensé et revient cher pour nous et pour les clients aussi », ajoute-t-elle. A sa voisine d’à-côté, également vendeuse de friperie, t’interloquer : « Ils ont construit un marché, ils n’ont pas sécurisé les lieux, aucun commissariat dans la zone, pas de clôture, les boutiques ne sont pas numérotées pour que nos clients ne se perdent pas, l’endroit est isolé, et vous voulez que ça s’anime ? Revenez encore ici dans quelques mois et vous allez constater que l’effectif va encore diminuer. C’est comme ça nous vivons ici et ça ne dit rien à personne », se désole-t-elle dans son français approximatif. En clair, si ce marché vit depuis  2012 dans les archives, le constat prouve qu’il vivote, dans la réalité et risque de disparaitre. Construit à grand frais, sa rune l’enfonce de jour en jour dans l’abime et il se vide de plus en plus de ses contenants et ce, en attendant un éventuel miracle compensateur.

 

Janvier GBEDO (Coll.)  

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