Réchauffement de la planète : Vulnérabilité des stocks de poissons face à l’acidification des eaux

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La planète se réchauffe à grande échelle. Les conséquences sur les ressources en eau se ressentent aisément avec pour corollaire la diminution du pH des océans. Ce qui crée de nombreux dommages pour les ressources qui y vivent notamment, le stock de poisson qui en subit de pleins-fouets les affres 

 

Selon les experts, l’acidification de l’océan est la diminution progressive du pH des océans. Il a été estimé que de1751 à 2004, le pH des eaux superficielles des océans a diminué, passant de 8,25 à 8,14. C’est « l’autre problème », induit par l’augmentation des émissions de dioxyde de Carbonne (CO2) d’origine anthropique dans l’atmosphère. En effet, l’océan absorbe naturellement une partie du CO2 de l’atmosphère. Mais l’augmentation de la quantité de ce gaz dans l’air a des conséquences encore méconnues sur les océans, contribuant à leur acidification. L’augmentation du dioxyde de carbone dans l’atmosphère influence plus directement les océans (Sabine et al., 2004). Tel que décrit dans un rapport du comité de recherche scientifique en océanologie de l’Unesco, la combustion d’énergies fossiles libère du dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, ce qui provoque un réchauffement climatique. Mais ce n’est pas le seul effet direct de l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère, puisque celle-ci modifie aussi la chimie des océans. L’océan absorbe le CO2 produit par les activités humaines à raison de 22 millions de tonnes par jour. Il élimine ainsi 30 % du CO2 émis dans l’atmosphère et atténue les effets nocifs de ce gaz dit « à effet de serre » sur le climat. Mais ce précieux service que rend l’océan pourrait bien avoir un coût élevé au plan écologique. Lorsque du CO2 se dissout dans l’eau de mer, il s’y forme de l’acide carbonique. Ce phénomène, qu’on désigne par « acidification de l’océan », a pour effet de diminuer la quantité de carbonate dans le milieu océanique, au détriment de nombre d’organismes marins qui puisent dans des minéraux le carbonate de calcium nécessaire pour former leurs organes solides. L’effet conjugué de l’augmentation de l’acidité de l’eau et de la diminution de la concentration en carbonate a par ailleurs des conséquences sur les fonctions physiologiques de nombreux organismes marins.

 

Impacts sur les stocks de poisson

 

Selon la FAO, certains impacts sur les systèmes marins et aquatiques résultant d’importantes modifications liées aux températures, aux vents et à l’acidification peuvent être prévus “avec un degré de confiance élevé”. A des échelles temporelles courtes – de l’ordre de quelques années – la hausse des températures aura des répercussions sur la physiologie des poissons en raison du transport limité d’oxygène vers les tissus à des températures plus élevées. Cela se traduira par des changements de la répartition des espèces d’eau douce et marines, avec le déplacement de la plupart des aires de répartition des espèces marines en direction des pôles, l’expansion de l’aire des espèces d’eau plus chaude et la contraction de celle des espèces d’eau plus froide. La plupart des animaux aquatiques étant à sang froid, le rythme de leur métabolisme est fortement affecté par les conditions environnementales, en particulier les températures, dont la modification peut avoir un effet important sur les cycles de reproduction du poisson, y compris la vitesse à laquelle celui-ci atteint sa maturité sexuelle, les périodes de ponte et la taille des œufs. Par conséquent, outre les modifications des sites de capture du poisson, il y a de fortes probabilités que le changement climatique altère l’abondance et le “recrutement”, c’est-à-dire les processus du cycle de vie qui marquent l’entrée des poissons juvéniles dans la population adulte fertile et exploitable.

 

Des effets sur la pêche artisanale dans le golfe de Guinée

 

A en croire l’acte du colloque sur le réchauffement climatique et ses conséquences sur la pêche artisanale dans le golfe de Guinée, les océans des tropiques seront moins productifs alors que les océans d’eau froide verront leurs productions augmentées (ceci est déjà observé dans les pêcheries du Golfe de Guinée. Par exemple les pêcheurs de Soumbédioune à Dakar au Sénégal sont aujourd’hui obligés de parcourir de très longues distances – voire jusqu’aux côtes mauritaniennes- pour pouvoir capturer de quantités acceptables de poissons). En effet, certaines espèces de poissons verront leur cycle de vie se modifier. Certaines espèces de planctons se développeront plutôt ce qui va entrainer des discordances entre les premiers stades de vie des poissons et de leurs proies, et par conséquent, des baisses d’abondances de la ressource.  Par ailleurs, les récifs coralliens qui abritent de nombreuses espèces de poissons sont affectés par le blanchiment et la destruction d’une part et par l’interruption de la calcification due à l’acidification des océans d’autre part.  Dans les eaux marines, les évolutions et les évènements climatiques extrêmes augmenteront en fréquence et en intensité avec le plus connu de ces derniers, « le phénomène El niño dans le Pacifique sud ».  Des observations ont déjà été faites sur les changements de répartitions des poissons dus aux variations climatiques, avec généralement une expansion vers les pôles des espèces vivant dans les eaux chaudes et une contraction de celles vivant dans les eaux froides.  Des variations du niveau des cours d’eau qui jouent un rôle important dans le cycle de reproduction des poissons, seront notées, avec la prolifération des plantes aquatiques: réduction des zones de pêche (Lac Tchad, fleuve Nyong, fleuve Niger,…), ainsi que la diminution de la production de poissons et celle de toutes les activités connexes de la pêche (transformation, transport, commercialisation, navigation, etc.)

Les pêches et l’aquaculture peuvent contribuer à l’atténuation et l’adaptation

Les mesures d’adaptation sont bien connues des gestionnaires et des décideurs, mais la volonté politique et l’action font souvent défaut. Pour renforcer la capacité d’adaptation aux effets du changement climatique et en tirer des avantages durables, les gestionnaires de la pêche et de l’aquaculture doivent adopter et appliquer des pratiques optimales telles que celles décrites dans le Code de conduite de la FAO pour une pêche responsable. Ces pratiques doivent être intégrées plus efficacement dans la gestion des bassins hydrographiques, des bassins versants et des zones côtières. Si elle favorise les espèces herbivores, l’aquaculture peut fournir des aliments nutritifs à faible empreinte de carbone. La conchyliculture et l’ostréiculture constituent non seulement une bonne activité rémunératrice, mais elles aident aussi à épurer les eaux côtières, tandis que la culture de plantes aquatiques aide à éliminer les déchets des eaux polluées. Alors qu’il risque de provoquer des baisses des rendements agricoles dans de nombreuses régions du monde, le changement climatique offre de nouvelles possibilités pour l’aquaculture, dans la mesure où un nombre croissant d’espèces sont élevées, où la mer gagne du terrain sur les terres côtières, où un grand nombre de barrages et de bassins réservoirs sont construits dans les bassins hydrographiques pour amortir les variations pluviométriques et où les déchets urbains nécessitent un mode d’élimination plus innovateur. Les pêches et l’aquaculture doivent être prises en compte dans les stratégies nationales d’adaptation au changement climatique. En l’absence de planification prudente, les écosystèmes aquatiques, les pêches et l’aquaculture pourraient pâtir des mesures d’adaptation appliquées par d’autres secteurs, notamment le recours accru aux barrages et à la production d’énergie hydroélectrique dans des lacs de retenue alimentés par des pluies abondantes, la construction de défenses côtières artificielles ou les parcs éoliens marins. Les solutions d’atténuation pour réduire l’empreinte de carbone des pêches et de l’aquaculture nécessiteront des approches innovatrices telles que la récente éligibilité de la conservation des mangroves au programme de financement REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation in Developing Countries), qui montre les possibilités de protection des forêts des bassins versants dans le cadre du programme. D’autres approches à explorer sont notamment l’établissement d’un lien entre le désarmement des navires et les plans de financement de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la mise au point de moyens innovateurs et sûrs de piéger le carbone dans les écosystèmes aquatiques et la mise au point de systèmes de production aquacole à basse émission de carbone. De nombreuses pêcheries et les écosystèmes qui les maintiennent ont été mal gérés et les pertes économiques dues à la surpêche, à la pollution et à la perte d’habitats dépasseraient, selon les estimations, 50 milliards d’USD par an [4]. L’amélioration de la gouvernance, les technologies novatrices et les pratiques plus responsables peuvent permettre de tirer des bénéfices accrus et durables des pêches. Il y a actuellement plus de navires de pêche consommant du carburant fossile en activité qu’il n’en faudrait pour pêcher les ressources halieutiques disponibles de manière efficace. La réduction de la surcapacité de la flotte non seulement aidera à reconstituer les stocks de poisson et à maintenir durablement les captures mondiales, mais peut aussi réduire considérablement les émissions de carbone de ce secteur.

 

Thomas AZANMASSO

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